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Remaniement en FranceCastex, le choix du prince

En nommant un inconnu à Matignon, Emmanuel Macron déjoue les pronostics et écarte le populaire et encombrant Édouard Philippe.

La France a une expression pour désigner ses hauts fonctionnaires, issus de l’ENA et occupant les plus hautes fonctions des cabinets de la République: «de grands serviteurs de l’État». Au service d’un ministère, d’une agence gouvernementale ou d’une mission présidentielle. Dénués en principe de toute ambition politique, puisque dévoués à l’intérêt public. L’expression semble avoir été inventée pour Jean Castex, nouveau premier ministre au CV impeccable et au profil rassurant. Il a géré la stratégie de déconfinement de la France, avec suffisamment d’efficacité pour se voir promu, et assez de discrétion pour gagner le casting de Matignon.

Car aux yeux d’Emmanuel Macron, Jean Castex a surtout le mérite de ne pas lui faire d’ombre. Le président aurait pu choisir un poids lourd politique centriste pour redynamiser sa fin de quinquennat. Ou une figure de l’écologie pour tenir compte du résultat des municipales. Une femme, 28 ans après Édith Cresson, pour afficher son audace. Il aurait enfin pu garder Édouard Philippe, nouvelle victime de la fameuse «malédiction de Matignon», qui fait du premier ministre le fusible du président. Malgré sa large victoire au Havre, lors du second tour des municipales, et malgré une cote de popularité en hausse durant la crise sanitaire et économique.

Emmanuel Macron a préféré congédier un éventuel concurrent pour la présidentielle de 2022, et confier les clés de Matignon à l’obscur maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Jean Castex aura la tâche ingrate de gérer la fin du quinquennat en limitant la casse sociale et économique de l’après-Covid. Un serviteur de l’État qui devra redresser le pays, sans prendre goût au pouvoir et sans donner l’impression d’êtreavant toutle serviteur du président.