Catastrophe «effleurée»Un énorme rocher s’écrase au pied du pont de l’A9
L’éboulement qui s’est produit vendredi matin à Corsier a fait dévaler d’énormes blocs de pierre massifs au bord du pont de l’A9. Si les dégâts s’avèrent «limités», il faudra plusieurs semaines pour stabiliser le site.

«Une chance énorme, immense…» Alors que le lent et long cordon lumineux des voitures s’étirait au-dessus de leur tête, les géologues et responsables des autorités ne cachaient pas leur ébahissement en constatant l’ampleur de la «trouée».
L’événement, considéré comme «exceptionnel», s’est produit au chemin du Champ de Ban, qui passe sous l’autoroute et monte, juste après le musée Chaplin’s World. «J’emprunte ce chemin tous les jours pour aller travailler plus haut, alors je voulais voir ça», témoigne ce cycliste. «Vraiment impressionnant, mais voilà, ça peut arriver», lâche-t-il, sans manquer de penser que sa fille, qui allait à la crèche là-haut, l’a aussi souvent emprunté.
Sur place, Renaud Chantry, le géologue du bureau d’ingénieurs CSD, mandaté par l’Office fédéral des routes pour évaluer les dégâts, admet n’avoir jamais vu un une chute de blocs d’un tel volume. L’«arrachement» est survenu au sommet d’une colline boisée qui surplombe un vignoble et l’autoroute A9.
Un glissement de terrain de plusieurs centaines de mètres cubes a entraîné la chute de plusieurs rochers massifs dans la pente. En tête de la coulée, un énorme bloc erratique de 50 à 60 m3 a «effleuré» un pilier du pont, qu’il a sérieusement marqué, avant de se planter profondément, à quelques mètres de la colonne de béton.

L’éboulement n’a toutefois fait aucune victime, et n’a pas touché d’habitations. «D’une roche extrêmement dure, de forme carrée et stable, ce rocher ne s’est pas fragmenté, comme habituellement dans ce genre d’éboulement», relève Renaud Chantry. Selon lui, ce sinistre naturel a pu être causé par les conditions de réchauffement, de redoux actuel, combiné aux pluies de novembre et décembre.
«Les précipitations ont entraîné une saturation du terrain et se sont infiltrées jusque dans toutes ses fissures, le rendant particulièrement instable». Mais, paradoxalement, ce contexte a aussi constitué une chance. Avec un terrain aussi meuble, mou même, le rocher s’y est enfoncé tout au long de sa chute, parfois jusqu’à un mètre de profondeur, au lieu de rebondir. Sans cela, il aurait pu causer des dégâts beaucoup plus importants. En outre, comme le dit en souriant le géologue, «le dévers était dans le bon sens», et de se montrer impressionné d’observer le rocher presque intact, sans éclat, là où il s’est posé.
Les autres pierres se sont, elles, arrêtées dans la vigne au-dessus. La priorité pour les experts a d’abord été de s’assurer de la sécurité du pont, et, parallèlement, de fermer le secteur à la circulation. Deux maisons se trouvent en bordure du chemin. Les deux familles qui les occupent n’auront pas à être relogées.

«Elles pourront rester dans leur habitation ce week-end, indique David Ferrari, du Bureau technique intercommunal de Corsier. Elles pourront utiliser un sentier pédestre situé plus haut». Le périmètre ayant été jugé sûr, les enfants qui étaient à l’école au moment de l’événement ont d’ailleurs pu rentrer par ce chemin.
Les experts ont déjà pu évaluer l’étendue des dommages, et démarrer un plan en cinq étapes. La première, commencée en urgence, a été la sécurité du pont de l’autoroute, puis la mise en place d’un monitoring, notamment aérien, de la zone. Il s’agira ensuite de retirer les blocs et les matériaux de l’éboulement, puis de stabiliser tout le site. Des travaux estimés entre six et huit semaines. Des solutions devraient aussi être trouvées pour l’accès au chemin et à la circulation jusqu’au musée.
Le site faisait l’objet d’études en cours et il était répertorié dans les zones à risques, s’agissant des terrains bordant les routes nationales. D’après les géologues sur place, certains «petits» endroits, pris séparément, pouvaient être considérés comme dangereux, mais l’événement survenu dans son ensemble est ainsi «assez exceptionnel». Une surprise pour tous. «Nous n’aurions jamais pu imaginer ça», lâche Arianne Rouge, la syndique de Corsier.
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.


















