Catherine Frot chante la diva des casseroles
Dans «Marguerite», la tragi-comédienne s'époumone. Irrésistible.
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Catherine Frot réapparaît sur les écrans comme si elle ne les avait jamais quittés. Trois ans ont passé pourtant. «J'avais besoin de me poser, puis le théâtre m'a rattrapée avec Oh les beaux jours, de Samuel Beckett. J'attendais Marguerite, au montage financier difficile.» La Parisienne, la presque soixantaine rugissante, se réfugie volontiers sous un masque timide. Celle qui jadis interpréta une Yoyo à collier de chien mémorable, dans Un air de famille, se tient à distance respectable et oppose aux fureurs médiatiques un silence buté.
«Il faut savoir disparaître. Ce métier tient tellement compte de l'image, du visage. Il se décompose en grandes traversées qui ne correspondent pas toujours avec votre vie privée. Moi, après avoir beaucoup donné, je veux oser m'éclipser. Croyez-moi, il y a du bon dans le silence.» Difficile de voir en elle une actrice indocile, aux caprices de prima donna, comme s'«encolérait» Pascal Thomas, le cinéaste avec qui elle tourna La dilettante ou une trilogie Agatha Christie. «Je prends en charge mes personnages, voilà tout. Cela dépend de l'univers du réalisateur, de sa puissance.» Une moue de petite fille sage glisse. «Mais, cette fois, je me suis abandonnée.»
Dans le film de Xavier Giannoli, la revoilà donc bourgeoise excentrique, son répertoire de prédilection. Elle y vocalise en bousillant aigus, octaves et tout ce qui dépasse d'une délicieuse partition haut perchée dans les folles années 20. Les impulsions artistiques se bousculent, joyeuse et vaine euphorie entre Joséphine Baker à plumes et bananes, Art déco, tailleurs Coco Chanel, Revue Nègre jazzy et… cette Marguerite inventée sur le modèle de Florence Foster Jenkins, cantatrice à l'atroce falsetto. «Je tenais à chanter, mais je m'y serais cassé la voix. Une jeune femme me doublait en direct. Ce plateau, quelle cacophonie, je ne vous le cache pas!» Prompte à dédramatiser d'un rire discret, la comédienne insuffle pourtant dans Marguerite la tragédie des artistes ratés. Les sarcasmes se coincent dans la gorge, laissant à contempler les désastres magnifiques des astres désolés.
Pourquoi donner à cette diva un accent «mélancomique»?
Ce film travaille sur une cascade d'ambiguïtés, d'équivoques. Que pense-t-elle vraiment, personne ne le sait. Elle me semble innocente, insensée. Elle explose, totalement sincère dans ses velléités, dans ce répertoire du «ça doit être vrai». Puis cette ambiguïté rebondit sur le pouvoir de l'argent face aux artistes. Ses protégés surréalistes la flattent, la confortent dans la beauté du «divinement faux».
Et le doute rayonne, comme une pierre provoque des ronds dans l'eau.
Exactement. Car vient alors une autre incertitude: qui détient la vérité esthétique? Les gens se bouchaient les oreilles en découvrant les dissonances de Bela Bartók, ils fermaient les yeux devant le cubisme de Picasso. Ça pose une légende, puis le temps passe sur les révolutions, amène d'autres écritures. Bon… elle, c'est de l'art brut, un instinct primal puissant!
La croyez-vous dupe?
La musique reste un art abstrait. L'autre jour, le ténor Roberto Alagna disait qu'après trente ans de carrière il commençait seulement à percevoir réellement sa voix. Or, dans les années 20, nous sommes au début des enregistrements sur microsillon. D'ailleurs, Marguerite mourra de s'entendre.
Son nom évoque l'irrésistible muse des Marx Brothers. Y avez-vous pensé?
Franchement non, même si je m'en souviens dans Une nuit à l'opéra, La soupe aux canards (ndlr: Groucho surnommait cette riche veuve «la cinquième sœur des Marx», insultée, courtisée dans sept de leurs films). Mais, loin d'une diva burlesque, d'une Castafiore ridicule, je la voyais en cantatrice baroque, grandiose et romancée. C'était plus périlleux, mais l'inconfort porte ses fruits. Quand c'est facile, il y a toujours un truc.
Le film ne bavarde pas, quasi muet hormis le chant. Est-ce plus gratifiant de jouer sur des expressions?
Le texte, j'y vois plutôt une affaire de théâtre face à de «vraies» gens. Pensez à Shakespeare, à Molière! Tandis que le cinéma vous met en morceaux et réserve des plaisirs plus diffus. Et puis j'ai commencé par quinze ans de théâtre, très jeune, je garde le besoin de ce lien. Chaque soir, vous vous sentez progresser dans l'instant. Beckett, par exemple, j'ai vraiment saisi sa cruauté comique plus tard. D'ailleurs, avec cette tragédie métaphysique, le public part parfois en fous rires. Jacqueline Maillan devait jouer ce rôle, vous savez.
Quelles sont vos héroïnes?
J'aime déceler chez des femmes a priori communes la noblesse insoupçonnée.
Comédie (Fr., 127', 12/16). ***
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