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Une autre histoireCe que la machine à écrire n’avait pas encore dit

Les institutions s’associent pour croiser les regards sur cette invention du XIXe siècle. Le Musée d’Yverdon et région ainsi que le CACY vernissent leurs expositions samedi 10 octobre en attendant celles de la Maison d’Ailleurs et de la Bibliothèque.

Yannick Lambelet inscrit son récit entre un univers fantastique et sa ville natale, Yverdon, avec la machine à écrire dans un rôle invisible mais fondamental.
Yannick Lambelet inscrit son récit entre un univers fantastique et sa ville natale, Yverdon, avec la machine à écrire dans un rôle invisible mais fondamental.
CACY/Claude Cortinovis

Quand il en parle, passionné – et c’est peu de le dire –, son débit n’a rien à envier au rythme fou de Jerry Lewis devant sa machine à écrire invisible! Mais celles que Sébastien Mettraux, commissaire des expositions «Rock me Baby» a dénichées, chinées, poursuivies sur les sites d’enchères en ligne «parfois pour une petite quarantaine de francs!» n’ont rien de fictif.

Ces Hermès Baby qui s’exposent au Musée d’Yverdon et région, avec leur clavier thaï, russe, hébraïque dans un tour du monde inédit permettant d’entrer dans le vif du sujet et de retracer les bons et loyaux services de ce modèle mini, en ont vu des retours de chariots et des changements de ruban! Elles ont vécu un bout d’histoire après avoir contribué à forger celle de la cité industrielle et ce qu’elle est aujourd’hui encore.

«D’anciens employés nous ont raconté qu’il fallait très souvent réparer la Baby de Françoise Sagan, tellement elle l’utilisait»

Sébastien Mettraux, plasticien et curateur des expositions
Sébastien Mettraux, ici dans son exposition en 2017 à la gare de Vallorbe où il habite, est à l’origine du projet «Rock me baby»
Sébastien Mettraux, ici dans son exposition en 2017 à la gare de Vallorbe où il habite, est à l’origine du projet «Rock me baby»
Jean-Paul Guinnard

Ces poids plumes, entre 3,5 et 4 kilos sur la balance, en ont aussi écrites, campagnes publicitaires à l’appui. Dont cette série de trois affiches destinée au marché espagnol dans les années 70. Un autre temps. Celui où l’écolière devient jeune femme avant de connaître l’apogée: la rencontre de son homme! Et la machine à écrire est là. Toujours. Compagne de vie et notamment des écrivains.

«D’anciens employés nous ont raconté qu’il fallait très souvent réparer la Baby de Françoise Sagan, tellement elle l’utilisait, et qu’un autre auteur en aurait commandé des dizaines, de peur d’être en manque s’il rencontrait un problème», raconte Sébastien Mettraux, pour le coup intarissable machine à histoires. Il sait encore que si… on envoie un mot dactylographié à Tom Hanks, l’acteur américain est susceptible de répondre plus facilement.

Carcasse, savoir ou motif

Mais là où l’objet star de l’automne muséal d’Yverdon-les-Bains marque une page blanche, c’est au CACY, Centre d’art contemporain de la ville. Forcément décontextualisée et, surtout, «dé-historicisée», la machine à écrire perd sa couleur vert tilleul pour en reprendre d’autres. Carcasse détournée. Faire-valoir. Motif. Savoir. Ou même prétexte ténu à une puissante fantaisie avec Yannick Lambelet.

Natif d’Yverdon, formé à l’Écal, l’artiste s’est saisi des cimaises du CACY comme un graffeur. Couleurs pop, traits hyperfiguratifs, atmosphère transgressive, il hybride le virtuel – l’univers de «Resident Evil», un jeu vidéo tendance survival horror – et le tangible, la place Pestalozzi, le Collège Léon-Michaud, un locatif… ou l’Yverdon de son enfance. Le rapport avec la machine à écrire? Il tient dans la faculté d’imprimer des souvenirs, des images, les accros de «Resident Evil» sauvegardent leur progression dans le jeu sur une Royal 10, bécane américaine, en récoltant des rubans d’encre.

Miriam Laura Leonardi avec «I» 2017. Une sculpture métal, cuivre et acrylique qui met le visiteur dans l’ambiance dès l’accueil.
Miriam Laura Leonardi avec «I» 2017. Une sculpture métal, cuivre et acrylique qui met le visiteur dans l’ambiance dès l’accueil.
DR

Une véritable inspiration artistique

Les précédents sont célèbres, l’histoire de l’art ne s’étant pas privée du potentiel évocateur de l’engin! Marcel Duchamp a fait un ready-made d’une housse de machine à écrire, et Markus Raetz l’a utilisée pour un autoportrait dactylographié. Une renommée qui déborde encore sur le neuvième art, avec Gaston Lagaffe se servant de sa machine comme d’un lance-fléchettes ou dans le septième dans «The Typewriter» (à voir sur Netflix) où la mécanique est hantée. Fou de cette diversité, Sébastien Mettraux est sur son terrain, les arts, mais par contre pas dans ses œuvres transcendant le patrimoine industriel du Nord vaudois. Le plasticien ne s’expose pas, il expose les autres au CACY dans une sorte de fable sur un objet.

On part… et on revient toujours à la machine à écrire. Certains, dans la tradition née au XIXe siècle de l’art dactylographié, l’utilisent comme un outil graphique, un catalyseur de poésie visuelle. Le Vaudois Frédéric Clot s’y inscrit avec un écho très contemporain livrant une cartographie dissolue de la trace informatique. Un saut dans le vide? Une impossible maîtrise? Alors que l’Américaine Allyson Strafella se sert de sa machine, customisée comme d’un métier à tisser pour égrainer ses empreintes abstraites. La machine produit aussi des mots. Qu’elle dénonce la censure avec le Marocain Mounir Fatmi ou qu’implacable avec le Biennois Martin Gut, elle inscrive des promesses non tenues dans l’éternité.

Yverdon-les-Bains, CACY
Jusqu’au 23 décembre
du me au di (12 h-18 h)
www.cacy.ch

Musée d’Yverdon et région
Jusqu’au 24 avril
du ma au di (11 h-18 h)
www.musee-yverdon-région.ch

Maison d’Ailleurs
Du 13 novembre au 24 oct 2021
du ma au di (11 h-18 h)
www.ailleurs.ch

Bibliothèque publique et scolaire
Du 31 janvier au 24 avril 2021
www.bibliotheque.yverdon.ch

2 commentaires
    Mendrisiotto

    Et oui, mais paillard s'est laissé avoir comme des grands, combien de chômage dans cette entreprise qui a du fermer ses portes, tout dans le tiroir, rien dans la tête