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Santé des mainsCe que racontent vos ongles

Taches, stries, fragilité… comment interpréter les signes que nous envoient nos ongles? Dermatologue, spécialiste de cette partie du corps, Sophie Goettmann leur consacre un ouvrage.

Des ongles fragilisés peuvent indiquer diverses pathologies (troubles neurologiques ou problèmes vasculaires, entre autres) ou une carence en fer.
Des ongles fragilisés peuvent indiquer diverses pathologies (troubles neurologiques ou problèmes vasculaires, entre autres) ou une carence en fer.
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Anodins? Pas tant que ça! S’il est vrai qu’on pense rarement à ses ongles sauf lorsqu’il faut les couper ou les vernir, cette mystérieuse partie de notre corps à la fois inerte et en perpétuelle croissance cache une petite usine dont la dermatologue Sophie Goettmann, qui dirige la consultation de pathologie unguéale à l’hôpital Bichat de Paris, révèle le fonctionnement dans un livre paru récemment.

«Dans la vie courante, l’ongle évoque cette plaque dure qui se trouve au bout de nos doigts et de nos orteils, mais nous, médecins, parlons d’appareil unguéal, qui comprend plusieurs choses. Il y a la matrice, sous le repli qui se termine par la lunule, le croissant blanc à la base de l’ongle. Il y a aussi le lit de l’ongle, cette partie rose que vous pouvez distinguer à travers l’ongle. Mais aussi les chairs tout autour qui comprennent les replis latéraux, le repli qui se termine sur l’ongle par la cuticule ainsi que la pulpe tout au bout.»

L’ongle, c’est tout cela. Un monde en soi.

À quoi sert-il?

L’ongle protège et embellit, mais ce n’est pas tout, comme le rappelle Sophie Goettmann. «Il ne faut pas négliger son rôle dans la préhension fine. Si vous n’aviez pas d’ongles, il vous serait difficile de saisir de petits objets ou de réaliser des gestes comme le boutonnage, le laçage. Les pulpes sont très sensibles, mais le fait de posséder juste derrière elles une plaque dure pour maintenir la chair augmente la sensibilité du bout des doigts.» Ajoutons encore que l’ongle sert à se gratter et qu’il peut constituer une arme, puisqu’il nous permet aussi de griffer.

Pourquoi est-il si dur?

L’ongle est composé de kératine, autrement dit de protéines fibreuses. La disposition de ces fibres, perpendiculaire au sens de pousse de l’ongle, est responsable de sa rigidité. Mais sa teneur en eau, qui oscille normalement entre 16 à 18%, joue également un rôle, lui offrant tout de même une certaine souplesse. Car, comme le relève Sophie Goettmann, «un ongle résistant, n’est pas forcément un ongle dur et sec. Pour pouvoir plier un peu, il doit posséder une certaine élasticité.»

«Un ongle résistant, n’est pas forcément un ongle dur et sec»

Sophie Goettmann, dermatologue

À quelle vitesse pousse-t-il?

L’ongle pousse d’environ trois millimètres par mois au niveau des doigts et d’un millimètre par mois au niveau des orteils. Mais ce rythme n’est pas uniforme. Il change, par exemple, au cours de la vie. En effet, plus on vieillit, plus la pousse ralentit.

Plus il y a de sang qui arrive au niveau de l’ongle, plus il y a d’oxygène et plus l’ongle pousse vite.»

Sophie Goettmann, dermatologue

D’autres éléments, comme la température de l’air, peuvent aussi avoir une influence. Plus rapide quand il fait chaud, la pousse des ongles l’est aussi sur les doigts les plus longs comme le majeur et l’index, et de manière générale sur la main dominante. «On pense que cela est lié à la vascularisation, explique la dermatologue. Plus il y a de sang qui arrive au niveau de l’ongle, plus il y a d’oxygène et plus l’ongle pousse vite.»

Que disent les taches blanches?

Contrairement à une croyance populaire, les taches blanches qui apparaissent sur les ongles n’ont rien à voir avec un manque ou une fuite de calcium. Elles correspondent à un problème survenu lors de la formation de la kératine. «De la même manière que vous perdez tous les jours des cellules de votre peau, vous perdez les cellules sans vie de la couche cornée que constitue l’ongle, explique Sophie Goettmann. Cette couche cornée est faite de kératine qui se trouve à l’intérieur de cellules plates et sans vie ayant perdu leur noyau. Quand la kératinisation ne se fait pas bien, ces cellules conservent leur noyau, ce qui les rend opaques à la lumière.»

«Des mycoses peuvent donner des taches blanches, du psoriasis également.»

Sophie Goettmann, dermatologue

De petits traumatismes sont en général à l’origine de ces défauts de fabrication qui deviennent visibles quelques semaines plus tard. «Cela se produit aussi lorsque, dans le cadre d’une manucure, on appuie très fort avec un bâtonnet sur la cuticule. On voit ensuite apparaître une ligne en arc de cercle de la même forme que la cuticule, qui correspond à un traumatisme de la matrice.»

Mais des taches blanches sur l’ongle peuvent être associées à d’autres choses, des maladies notamment: «Des mycoses peuvent donner des taches blanches, du psoriasis également. Une chimiothérapie peut aussi favoriser leur apparition. Des maladies très différentes peuvent se manifester pratiquement par les mêmes signes. C’est un véritable challenge pour le médecin, concède Sophie Goettmann. Si vos taches sont très diffuses, de grande taille, nombreuses et permanentes, il faut consulter.»

D’où viennent les stries longitudinales?

Elles sont souvent d’origine physiologique. Les stries longitudinales apparaissent alors plus fréquemment à partir de 45 ou 50 ans, mais le phénomène est très variable selon les individus. «On en voit également chez des personnes jeunes», note Sophie Goettmann.

Les stries peuvent aussi accompagner certaines pathologies dont les plus fréquentes sont le psoriasis et le lichen. Comment distinguer les unes des autres? «Les stries physiologiques sont en général peu nombreuses, souvent discontinues et ne s’accompagnent en principe pas d’un amincissement de l’ongle, sauf si vous tentez de les faire disparaître à la lime, ce qui est tout à fait déconseillé, insiste la dermatologue. Un ongle mesure autour de 0,5 millimètre d’épaisseur à peine, au niveau des doigts, alors si vous le poncez, il va se fissurer et vous allez finir par ne plus en avoir du tout.»

Faut-il avoir peur des lignes noires?

Des traits courts et foncés au bout d’un ongle trahissent en général la présence de sang sous la surface. «Le lit de l’ongle, cette partie rose que l’on voit à travers la couche cornée, est une peau spéciale, striée, avec de petits canaux verticaux, précise Sophie Goettmann. S’il se produit un saignement de faible abondance sous l’ongle, le sang va se placer dans ces canaux et apparaître sous la forme d’une ligne.»

Un petit choc au bout du doigt peut en être à l’origine. Mais ces petits saignements sont également symptomatiques de certaines maladies, telles que le psoriasis ou le lupus. Quand la ligne noire est continue, qu’elle s’étend de la cuticule au bord de l’ongle, il s’agit alors en général du signe d’une pigmentation produite par la matrice de l’ongle, comme si une tache d’encre s’était déposée sur un rouleau d’imprimerie et s’étire.

La majorité des bandes noires ne sont pas graves, elles peuvent être induites par le frottement ou des traumatismes, mais toute ligne noire qui évolue, s’élargit et qui finit par abîmer l’ongle doit absolument amener à consulter, prévient la dermatologue. Il peut s’agir d’un mélanome.

Qu’est-ce qui le fragilise?

La fragilité de l’ongle est en partie génétique, mais elle résulte aussi d’autres facteurs, au premier rang desquels l’eau et l’humidité. «L’ongle est perméable à l’eau, rappelle Sophie Goettmann. Elle y entre et en sort. Ces mouvements désorganisent la kératine et fragilisent toute l’architecture de l’ongle.» Mais celui-ci, comme on l’a vu, doit contenir entre 16 et 18% d’eau, car privé totalement d’humidité, il devient cassant.

«L’ongle est perméable à l’eau. Elle y entre et en sort.

Sophie Goettmann, dermatologue

Une carence en fer, courante chez les femmes, peut, elle aussi, fragiliser les ongles, rappelle la spécialiste. De même qu’un certain nombre de maladies (troubles neurologiques ou de la thyroïde, problèmes vasculaires, pathologies de la peau, etc.), les chimiothérapies et certains médicaments.

Comment avoir de beaux ongles?

Il existe toutes sortes de produits à appliquer sur les ongles pour les renforcer. Comme le rappelle Sophie Goettmann, «dès que vous ajoutez une couche sur vos ongles, cela le renforce, à commencer par un vernis». Mais attention, le résultat est provisoire, car l’ongle continue à pousser.

«Protéger l’ongle de l’eau, de l’humidité et des traumatismes pendant six mois, avec éventuellement un traitement local et un bilan en fer. Si la situation ne s’améliore pas, alors on peut se poser la question d’un traitement systémique.»

Sophie Goettmann, dermatologue

Peut-on modifier réellement sa constitution? Il existe une molécule qui a montré une certaine efficacité dans ce domaine: la biotine. Certains préconisent de manger des aliments riches en biotine, tels que le blanc d’œuf ou les céréales. Sophie Goettmann, elle, préconise plutôt un régime varié et surtout pas trop pauvre en protéines, car l’ongle est fait de protéines!

De la biotine en compléments alimentaires? «Je commence par une prise en charge locale: protéger l’ongle de l’eau, de l’humidité et des traumatismes pendant six mois, avec éventuellement un traitement local et un bilan en fer. Si la situation ne s’améliore pas, alors on peut se poser la question d’un traitement systémique.»

Faut-il se méfier des cosmétiques?

Recouvrir ses ongles de vernis? Oui, mais pas en permanence, à entendre Sophie Goettmann, qui recommande de laisser l’ongle «respirer» au moins deux jours sur sept, sans quoi il risque de se dessécher, de peler, laissant apparaître des traces blanches dues à la desquamation de sa couche superficielle.

De leur côté, les dissolvants, qui tendent à dessécher l’ongle et à irriter la peau qui l’entoure, ne devraient pas être utilisés plus d’une fois par semaine. Quant aux faux ongles, la dermatologue ne les rejette pas en bloc: «Ce ne sont pas forcément les produits eux-mêmes qui posent problème, mais plutôt la façon de les appliquer et de les retirer.»

«Ce ne sont pas forcément les produits eux-mêmes qui posent problème, mais plutôt la façon de les appliquer et de les retirer.»

Sophie Goettmann, dermatologue

Elle pointe la néfaste manie de repousser les cuticules et de poncer les ongles, mais aussi le manque de précautions prises avec certains liquides monomères utilisés pour le modelage des ongles, très allergisants, qui ne doivent pas entrer en contact avec la peau. «Avec les kits à utiliser soi-même, on a vu les allergies augmenter», prévient-elle.

À lire: «Vos ongles, tout un monde…», Dr Sophie Goettmann, Actes Sud, 336 p.

2 commentaires
    r-r335

    Rien sur le rongement des ongles ou des peaux entourant l'ongle ? C'était pourtant nécessaire ici, non?