Sur la piste d’une pionnière oubliéeCéline Zufferey se fait des films
Dans l’explosif «Nitrate», la Valaisanne traque Alice Guy. Une cinéaste qui lui brûle entre les doigts tant elle filma la neige.

Depuis quelques décennies, Alice Guy (1873-1968) montre ponctuellement sa drôle de bobine. La Française, ancienne sténodactylo puis monteuse chez Léon Gaumont et amie des frères Lumière, pose en première réalisatrice dans l’histoire du cinéma. Mais comme le remarque la romancière Céline Zufferey, la pionnière était «trop occupée à inventer, à fixer la fiction sur pellicule, pour élaborer sa légende».
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À quelque sept cents films, courts ou longs, dont une centaine seulement a été retrouvée, cette passionnée aurait pu ajouter le riche scénario de sa vie, romanesque en diable. Mais la dame brune préféra bourlinguer avec ses fantasmes de pellicule. La bougeotte semble inscrite dans les gènes de cette fille de commerçants voyageurs, la demoiselle passant de Carouge, résidence de ses grands-parents, à Santiago du Chili, fief des librairies de ses parents, atterrissant en pension à Paris.

Malgré la publication de ses «Mémoires», de plusieurs essais et même d’une récente excellente biographie graphique de Catel chez Casterman, une légère opacité persiste autour du personnage. Comme si le mystère ne demandait qu’à s’épaissir avec une œuvre dispersée aux quatre coins du monde… Fouillant dans les cinémathèques, les caves de collectionneurs et même les roulottes de forains, Céline Zufferey s’en fait un film. Son titre, «Nitrate», en indique la nature hautement inflammable et poissonneuse, l’écrivaine se trouvant presque intoxiquée par son sujet.
«Désireuse de «réparer l’histoire» comme une tricoteuse un trou dans une chaussette, elle tourne autour d’un métrage précis, daté de 1900, «Bataille de boules de neige».
Désireuse de «réparer l’histoire» comme une tricoteuse un trou dans une chaussette, elle tourne autour d’un métrage précis, daté de 1900, «Bataille de boules de neige». Alice Guy a été empêchée de terminer cette évocation du Mont-Blanc pour cause de mariage. Au fil de sa quête, la narratrice et alter ego – sans doute baptisée Constance pour son opiniâtreté malgré la tentation de rêverie – se rend compte que le virus a touché avec autant de force d’autres fous de cinéphilie. Eux aussi se mettent à imaginer, racontant leurs hallucinations, les croisant avec la réalité. Tout un cinéma.
Après un premier roman remarqué, «Sauver les meubles», la Valaisanne établie à Lyon, 32 ans, confirme avec éclat la puissance de son style. Pour cerner «l’écriture du mouvement», Céline Zufferey perfectionne l’art du travelling littéraire avec une fluidité rare. De quoi se réjouir de son prochain film.
«Nitrate»
Céline Zufferey
Ed. Gallimard, 202 p.

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