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La bibliothèque d’une pop starCent livres que David Bowie aimait dévorer

«Bowie. Les livres qui ont changé sa vie», de John O’Connell, cherche dans la littérature ce qui a inspiré les performances avant-gardiste du chanteur.

David Robert Jones en 1966, lorsque le futur David Bowie avait encore pour nom d’artiste Davy Jones. Bienheureux qui saura retrouver le titre du livre qu’il tient dans ses mains.
David Robert Jones en 1966, lorsque le futur David Bowie avait encore pour nom d’artiste Davy Jones. Bienheureux qui saura retrouver le titre du livre qu’il tient dans ses mains.
Getty Images

La légende le transforme en mythe, tandis que la microhistoire, le dur du quotidien, s’éloigne à une vitesse exponentielle. David Bowie est mort il y a quatre ans, les exégèses s’accumulent. Bowie, héros du glam, icône de la pop, grand maquilleur de la chanson rock devant l’éternel, vit désormais aussi bien dans les livres.

En l’occurrence, ils sont au nombre de cent, tous évoqués dans «Bowie. Les livres qui ont changé sa vie», de John O’Connell. Cent, un bon gros chiffre rond pour rappeler combien le musicien anglais, né en 1947, mort en 2016, a été un lecteur assidu. Où l’on retrouve, c’est tout l’intérêt, l’éclectisme extrême des œuvres qui l’intéressaient. Cent titres, ce n’est bien sûr qu’une parcelle de sa bibliothèque. Celle, dit-on, qu’il transportait dans des malles équipées d’étagères, plus de cinq mille volumes à disposition en tout temps, tout lieu.

BD scatologique

Bowie a lu les classiques, pléthore d’Anglo-Saxons – «Gatsby le magnifique» de F. Scott Fitzgerald, «Tandis que j’agonise» de William Faulkner, «La terre vaine» de T.S. Eliot. Des auteurs la mode de son temps également – «L’orange mécanique» d’Anthony Burgess, Yukio Mishima, Kerouac bien sûr que son demi-frère lui avait fait connaître. Quelques francophones traînent dans les bagages, «Madame Bovary» de Flaubert, «L’étranger» de Camus. Des stars de l’occultisme aussi, deux trois choses pas piquées de vers encore, telle que «Viz», revue britannique de BD scatologique. Tout ce que David Robert Jones, de son nom de baptême, avait retenu lui-même pour en faire une liste publiée par le Victoria & Albert Museum de Londres, à l’occasion d’une expo royale consacrée à l’extraterrestre Ziggy et ses nombreux avatars successifs. C’était en 2013, trois ans avant sa disparition.

Écrire sur les livres qu’un type très connu appréciait, cela fait-il un bon livre? On voit bien le souci, le côté collection pour amateur obsédé par les détails. Ou l’effet éditorial façon «listical» – intérêt proche de zéro. Et si les ouvrages ne sont pas trop connus des lecteurs, car écrits dans une autre langue, pour un autre public, dans une autre aire culturelle? Dans ce cas, c’est soit le risque de s’y perdre parce qu’on ne sait pas de quoi ça parle, soit la possibilité de sortir de son pré carré pour découvrir autre chose. Ce qui est tout de même plus emballant.

«Bowie s’est inspiré de «ces trucs modernes d’avant-garde» […] comme un bulletin d’humeur, une malle de déguisements dans laquelle il pouvait se servir à sa guise.»

John O’Connell, auteur de «Bowie. Les livres qui ont changé sa vie.»

Mais John O’Connell vise juste. Et l’écrivain anglais, journaliste à ses heures, de plonger dans le Bowie lecteur pour en retirer une présentation captivante, remettant chaque titre dans son contexte littéraire, indiquant chaque influence sur l’œuvre du musicien.

D’audace et d’extravagance

Ce livre fait mouche. Parce qu’il est informé, c’est la moindre. Érudit, c’est un plus. Avec esprit, encore mieux. Tant et si bien qu’on souhaiterait lire d’autres choses de John O’Connell. Ce «I Told You I Was Ill. Advendtures in Hypocondria», en 2005, donne fichtre envie. «Je vous ai dit que j’étais malade», paraphrasant l’épitaphe de Groucho Marx, voilà qui suggère un humour ravageur. Mais «Bowie. Les Livres qui ont changé sa vie» constitue cependant son premier livre traduit en français, d’une édition originale parue en anglais en 2019, «Bowie’s Books. The Hundred Literary Heroes Who Changed His Life». «Cent héros littéraires qui ont changé sa vie» sonne tout de même plus chic et choc que le titre en français.

Cent livres de Bowie. L’envie se manifeste d’y rester encore, ainsi invité presque en voyeur dans l’intimité d’un autre lecteur. Qui savait parfaitement jouer de son statut. Cet intrigant Bowie qui, écrit l’auteur, «s’est inspiré de ces «trucs modernes d’avant-garde» non pas pour lutter en faveur de la paix dans le monde ou contre le capitalisme mais plutôt comme un bulletin d’humeur, une malle de déguisements dans laquelle il pouvait se servir à sa guise». John O’Connell de sonder patiemment, minutieusement, ces artistes et auteurs que le chanteur anglais «admirait pour leur audace et l’extravagance de leur sens du spectacle». Autant d’influences qui l’ont mené vers «une nouvelle forme érudite de performance pop». Démonstration littéralement réussie.

«Bowie, Les livres qui ont changé sa vie», par John O’Connel, Presses de la Cité, 376 p.

2 commentaires
    Quentin Tartino

    Je suis Rolling Stones avant tout, mais Bowie reste une référence plus qu'essentielle pour moi, tout comme Lou Reed par exemple.

    Merci pour cet article.

    Cet article montre une fois de plus que Bowie (comme bien d'autres), innovant au possible, et anglais, avait une culture qui dépassait au centuple la seule culture musicale de certains.

    Longue vie à lui, même après ce que l'on sait.