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Apprentissage sous Covid-19«Certains après-midi, nous n’avons eu que deux clients»

Marion Pitteloud est en 1re année de CFC de coiffeuse à Aubonne. Heureuse de pouvoir se rendre encore au travail et à l’école, elle raconte ses journées chamboulées.

Marion Pitteloud, apprentie de 16 ans, travaille dans un salon de coiffure à Aubonne.
Marion Pitteloud, apprentie de 16 ans, travaille dans un salon de coiffure à Aubonne.
Patrick Martin

Marion Pitteloud, 16 ans, a choisi d’embrasser la carrière de coiffeuse pour l’aspect humain du métier. «On est dans le contact, un peu les «psys» de nos clients», sourit-elle. Elle le vérifie depuis le début de son apprentissage dans un salon d’Aubonne, au mois d’août 2020: l’adolescente d’Essertines-sur-Rolle entend parler à longueur de journée du Covid. «Tout ce qu’on me confie est négatif, c’est une atmosphère déprimante.»

Maison-travail-école

Malgré cela, et le port du masque difficile car continu, Marion Pitteloud se dit chanceuse. «Je peux encore me rendre au travail et à l’école en présentiel. D’autres ne voient personne.» Elle avoue toutefois que cette routine maison-travail-maison-école – elle se force à ne fréquenter personne pour ne pas risquer de contaminer un client – lui pèse sur le moral et provoque une «tristesse intérieure». Au travail, la clientèle a fondu; il y a ceux qui espacent leurs rendez-vous, ceux qui découvrent que leurs racines ne les dérangent finalement pas tant que ça ou encore les personnes vulnérables qui ont peur de se rendre sur place. «Certains jours d’octobre et de novembre, on a eu des après-midi avec deux clients.»

Dans ces conditions, l’apprentissage est difficile. «Dans ce métier, on apprend beaucoup en visualisant. Je peux bien observer ce que fait ma patronne, mais sur moins de personnes. Et elle a aussi plus de temps pour être derrière moi, ça, c’est bien.» Heureusement, il y a les têtes à coiffer et quelques modèles sur lesquelles s’exercer, et les cours à réviser.

«Si le Conseil fédéral décide de fermer les salons ou, encore pire, les écoles, je ne m’en sortirai pas.»

Marion Pitteloud, apprentie en 1re année de CFC de coiffure

«J’ai peur pour mon avenir, que ma patronne ne puisse pas me garder après ma formation. Et puis je sais que j’ai des lacunes, à cause du confinement du printemps. J’ai des amies qui n’ont pas trouvé de place d’apprentissage à cause de ça. Ma collègue de 3e année craint aussi pour ses examens pratiques finaux: l’année passée, ceux de 2e n’ont pas eu lieu.» Chaque mercredi, Marion Pitteloud tremble. «Si le Conseil fédéral décide de fermer les salons ou, encore pire, les écoles, je ne m’en sortirai pas.»