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Déprime dans le monde du footCes clubs vaudois privés de repas de soutien

Le Covid-19 a eu raison de nombreux repas de soutien, reportés voire annulés en 2020. Sur fond de sinistrose, il en résulte un important manque à gagner.

Un repas de soutien en faveur d’un club vaudois de football: une image qu’on ne verra pas en 2020.
Un repas de soutien en faveur d’un club vaudois de football: une image qu’on ne verra pas en 2020.

Dans la vie sociale d’un club, la tradition de l’immanquable repas de soutien représente une étape incontournable. Un moment de convivialité partagée, quelques heures festives à ne manquer pour rien au monde. Partout, mais essentiellement dans les ligues inférieures, c’est l’événement de l’année qui permet de remplir les caisses afin d’équilibrer le budget. En 2020 cependant, des dizaines de clubs vaudois ont dû y renoncer en raison de la crise sanitaire et du protocole qui leur a été imposé.

Lotos, matches aux cartes et revues théâtrales, à l’image de celle du FC Thierrens, ont subi le même sort. Avec pour conséquence un manque à gagner de nature à mettre en péril un équilibre financier déjà souvent précaire, de surcroît aggravé par la crainte de perdre les sponsors habituels, eux aussi victimes de la crise.

Contraire à l’esprit de la fête

«L’esprit d’un repas de soutien, c’est d’abord la fête. Or la fête, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire en termes de distanciation», nous ont ainsi martelé plusieurs dirigeants. À l’exception d’une poignée de chanceux qui ont organisé leur soirée en tout début d’année, les clubs ont dû se résoudre à reporter leur repas, parfois plusieurs fois de suite, avant souvent de tout annuler.

«Il y a la perte financière, mais il y a aussi le rôle social que représente normalement ce type d’événement»

William Rochat, président du FC Genolier-Begnins

C’est le cas du FC Genolier-Begnins qui, déjà privé cet été des 10000 francs que lui assurait sa présence à Paléo (tenue d’un bar), doit composer sans les 15000 francs que lui rapportait son repas de soutien annuel. À son échelle, c’est beaucoup. «Il y a la perte financière, mais il y a aussi le rôle social que représente ce type d’événement, explique William Rochat, son président. Dans un club familial comme le nôtre, certains anciens se retrouvaient lors du repas de soutien. Ne pas pouvoir l’organiser suscite une certaine tristesse dans le village.»

Si ces repas ne sont pas formellement interdits par le canton, le cahier des charges à satisfairenotamment le plan de protection (traçage, port du masque, etc.) – est tellement contraignant que beaucoup préfèrent y renoncer par mesure de précaution, arguant aussi de leurs responsabilités.

Chocolat et appel aux dons

En attendant des jours meilleurs, le système D a permis à certains de limiter la casse. À Saint-Prex, le club local s’est mué en vendeur de boîtes de chocolats (à 50 francs l’unité). Un peu de douceur dans un monde chamboulé. À l’heure du choix, Bernard Brodard n’a pourtant pas tergiversé longtemps. «On doit aussi se montrer responsable, plaide le boss de Marcy. On ne peut pas aller à l’encontre de tout ce qui nous est demandé ces temps-ci. Si c’était pour mettre sur pied un repas de soutien au rabais, non merci. Il faut que la fête soit aussi belle qu’habituellement. Donc mieux valait passer notre tour Mais notre interlocuteur le reconnaît: une certaine pesanteur plane au-dessus des pelouses vaudoises. «Entre frustration, déprime et incertitudes liées à l’avenir, ce n’est pas drôle

Au Sentier, le FC Vallée-de-Joux en a appelé à la générosité locale pour compenser l’annulation de son repas initialement prévu ce 30 octobre par des dons. «On a préféré bâcher. Avec les contraintes du protocole imposées, l’impossibilité à passer de table en table ou de s’agglutiner autour du bar, cela n’aurait plus correspondu à un repas de soutien», relève Bill Muirhead, un boss pointant, par effet ricochet, un autre dégât collatéral. «De plus en plus d’entreprises interdisent à leurs employés de participer à de tels rassemblements

«Les clubs peuvent tenir mais pour combien de temps encore? Si ça ne redémarre pas, cela pourrait vite devenir problématique»

Gilbert Carrard, président de l’Association cantonale vaudoise de football

Président de l’Association cantonale, qui regroupe 130 clubs, Gilbert Carrard s’inquiète des conséquences de tels renvois en série. «On ne fait que reporter des manifestations, se désole le patron du foot vaudois. Aujourd’hui, les clubs peuvent tenir mais pour combien de temps encore? Si ça ne redémarre pas, cela pourrait vite devenir problématique. Le plus inquiétant, c’est l’incertitude.»

Répercutant sur les clubs les subsides reçus du canton (lequel a doublé les subventions versées) afin de soulager leurs finances, l’ACVF a aussitôt décidé d’annuler les cotisations de ses membres pendant dix-huit moisun montant non négligeable de 90000 francs par semestre.

Si une majorité de clubs ont déjà choisi d’annuler ou de reporter leur repas de soutien à 2021, certains résistent. C’est le cas du du FC Villars-le-Terroir, qui a conservé la date du 21 novembre. «En comité, on s’est dit que l’on maintenait notre souper mais on vit au jour le jour, dans un flou croissant», explique Stéphane Pittet, son président.

Des terrains de campagne de 5e ligue à ceux de 1re ligue, l’incertitude concerne aussi la suite de la compétition. «Quand on voit la seconde vague qui menace de nous submerger, on se demande parfois s’il y aura un deuxième tour de championnat.» Des propos que l’on a souvent entendus dans la bouche de nos interlocuteurs. Dans ce scénario catastrophe, un nouvel arrêt des championnats pourrait être fatal à nombre de petits clubs, déjà privés de la manne que représente un repas de soutien.

5 commentaires
    Poglia

    Quand vont ils comprendre que l année est foutue et l'autre s'annonce de même