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L’invitéCes divulgations d’identité qui font mal

Daniel Cornu décrit les conditions permettant à un média de mentionner le nom d’une personne associée à l’actualité.

L’une des pratiques journalistiques les plus discutées tient à la divulgation publique du nom de personnes associées à l’actualité, sans que la mention ne s’en impose. La protection de l’identité compte parmi les aspects sensibles du métier, avec la question centrale de la recherche de la vérité et le devoir d’entendre avant publication quiconque fait l’objet de reproches graves.

La déontologie journalistique s’est tôt préoccupée du respect de la personne. La question de l’identification n’a pas manqué de s’inscrire parmi les aspects divers d’une telle protection. Elle a fait l’objet d’une disposition particulière lorsque le Conseil suisse de la presse a décidé en 2000 d’ajouter à la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes des directives largement inspirées par l’état de sa propre jurisprudence.

«Un lien doit exister entre l’information d’actualité et la fonction de la personne ou les causes de sa notoriété»

Lors de son introduction, la disposition concernait l’identité de personnes mêlées de près ou de loin à des affaires judiciaires. Les dommages sont évidents sur ce registre, capables d’attenter à la présomption d’innocence et de blesser des proches.

L’expérience a incité le Conseil de la presse à étendre à chacun, en toute occurrence, la protection de sa vie privée. Des exceptions sont certes admises. Par exemple, lorsque la personne exerce un mandat politique ou une fonction dirigeante étatique ou sociale, ou encore qu’elle jouit d’une grande notoriété.

Condition d’une divulgation de l’identité, un lien doit cependant exister entre l’information d’actualité et la fonction de la personne ou les causes de sa notoriété. L’identification peut aussi se justifier par un intérêt public prépondérant. Le cœur de la directive est clair: «Dans les cas où l’intérêt de protéger la vie privée l’emporte sur l’intérêt public à une identification, les journalistes ne publient ni le nom, ni d’autres indications qui permettent l’identification d’une personne par des tiers n’appartenant pas à l’entourage familial, social ou professionnel, et qui donc sont informés exclusivement par les médias.»

Débat dans les rédactions

Son application n’est pas exempte de questionnements et d’incertitudes. La décision de divulguer une identité fait souvent débat dans les rédactions. Entre les médias, ce n’est pas forcément l’unanimité. Les pays latins limitrophes sont notoirement moins restrictifs, ce qui crée des interférences dans les régions frontalières. Les moteurs de recherche numériques sont de plus en plus performants dès lors qu’il s’agit d’identifier quelqu’un à partir d’indices apparemment peu bavards.

La retenue des médias ne suffit pas à décourager ici ou là une curiosité malsaine, pas plus qu’elle n’empêche la malveillance couvant dans une partie de l’entourage de la personne. Les médias assument une responsabilité sociale indéniable. Il est tentant de leur faire porter le chapeau à tout propos.

6 commentaires
    Pierre-François Culand

    Moi ce qui me choque toujours, c’est qu’on laisse encore s’exprimer ici les lecteurs sous pseudonyme ou sous un faux nom.

    Si la protection de la personnalité exige en effet, et c’est une bonne chose, qu’on protège scrupuleusement l’identité de ceux qui défraient l’actualité de manière négative et dont les vicissitudes ou problèmes avec la justice sont révélés au public par les médias, en revanche tolérer l’anonymat de ceux qui s’expriment librement dans une tribune publique est la porte ouverte aux excès et outrances auxquelles les réseaux sociaux nous ont malheureusement habitués. Et il n’est pas rare qu’on doive le déplorer ici également.

    Celui qui veut profiter de l’audience d’un média pour exposer publiquement des idées ou accusations doit le faire en assumant courageusement celles-ci par sa signature. Sinon il n’est qu’un corbeau.

    Sous couvert d’anonymat, nombreux sont ceux qui se permettent des propos outranciers sans retenue qu’ils n’oseraient pas à visage découvert ou en face de ceux qu’ils dénoncent ou raillent.

    Puisque vous êtes (encore quelques jours) le médiateur de Tamedia, Monsieur Cornu, pourriez-vous nous expliquer ce qui justifie cette politique regrettable et dangereuse ?

    Et par ailleurs, peut-on savoir qui vous remplacera dans vos fonctions ?

    Il est essentiel à mes yeux que subsiste un organe à qui transmettre nos interrogations, remarques, réclamations ou incompréhensions relatives aux relations entre vos médias et les lecteurs.