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AboVivre avec la variole du singe
«C’est surtout moralement que ça a été difficile»

Pour Luca Avallone, tout a commencé par une forte fatigue et un mal de tête persistants. Quand des boutons sont apparus sur son corps, il n’a eu aucun doute: il avait attrapé la variole du singe.
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Nous rencontrons Luca Avallone dans un parc lausannois. Le Vaudois de 28 ans est en semi-isolement. Il doit fuir les lieux fermés et couvrir ses lésions cutanées avec des vêtements pour éviter toute contamination. «L’isolement, pour la variole du singe, c’est dix jours minimum. Mais il faut surtout que les pustules sèchent et tombent pour ne plus être contagieux. Et de nouvelles viennent d’apparaître…»

Son cas n’est pas sévère (lire encadré). «Depuis le diagnostic, je n’ai plus de symptôme grippal. Les lésions grattent et démangent mais ça ne fait pas mal. C’est surtout moralement que ça a été difficile.»

Tout a commencé il y a trois semaines. Une fatigue diffuse survient, accompagnée d’un mal de tête. «Ça a duré deux semaines. C’était léger et stable mais toujours présent.»

«J’étais très angoissé. Un ami qui l’a attrapé a eu des douleurs si fortes qu’il a été mis sous morphine…»

Luca Avallone

Bientôt, les symptômes flambent: pression dans la tête, vertiges, douleurs aux articulations… Le jeune homme se rend aux urgences où il fait une batterie de tests. Il repart avec du Dafalgan et un diagnostic vague: «maladie due à un virus». Luca Avallone n’est pas rassuré; il craint déjà la variole du singe, qui sévit principalement dans sa communauté HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes). Le lendemain, il sent des picotements dans l’anus. Chez Profa, où il consulte, les professionnels ne se montrent pas inquiets.

Les boutons s’enchaînent

Le soir même, l’affaire prend un autre tour: il repère un bouton entre ses fesses, au-dessus de l’anus. «Une heure plus tard, j’en vois un autre sur mon prépuce. Pour moi, ça ne fait plus de doute: c’est bien la variole du singe.» Il se rend au Service des maladies infectieuses du CHUV. «Là, ça a été direct l’alerte. C’était évident pour eux que j’avais la maladie. J’étais très angoissé. Un ami qui l’a attrapée a eu des douleurs si fortes qu’il a été mis sous morphine… Je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer et les médecins non plus. Est-ce que j’aurai des douleurs? Mes lésions vont-elles s’aggraver? Depuis quand je suis contagieux? C’était un peu le flou artistique.»

Le frottis effectué au CHUV sur les pustules confirme le diagnostic. En deux jours, cinq lésions cutanées apparaissent sur son corps.

L’angoisse est d’autant plus forte que le Vaudois vient de commencer un nouveau travail. «Je me demandais si j’avais transmis la maladie au job.» Il exclut rapidement la possibilité d’avoir contaminé un partenaire sexuel puisqu’il n’a pas eu de rapports depuis plusieurs semaines. «Je ne l’ai pas transmise, mais c’est évident qu’un mec me l’a passée.»

«Il y a toute une stigmatisation autour de cette maladie: le côté sexualité sale et débridée en mode: «tu l’as bien cherché, c’est ta faute.»

Luca Avallone

Un épisode l’a particulièrement choqué. «Tout à coup, l’Office du médecin cantonal dit qu’il faut annoncer mon diagnostic au travail. Sans mon accord. C’est d’une telle violence… Ça m’a anéanti. Je viens de commencer ce job. Comment les gens vont réagir? Ça te «out», en fait (ndlr: révéler l’homosexualité de quelqu’un). J’ai pensé à tous les gays qui, contrairement à moi, le cachent. Et puis il y a toute une stigmatisation autour de cette maladie (lire encadré): le côté sexualité sale et débridée en mode: «tu l’as bien cherché, c’est ta faute». Sur le moment, je me sentais fautif, je me disais que j’avais fait quelque chose de mal.»

Le fantôme du VIH

Le lendemain, le Canton change radicalement de discours: «On me dit que le risque de transmission au travail est pratiquement inexistant et que rien ne justifie donc une annonce.»

Pour Luca Avallone, comme bien d’autres homosexuels (lire encadré), l’épidémie de variole du singe rappelle tristement les années sida. «Le traumatisme du VIH subsiste dans la communauté HSH. La stigmatisation revient avec la variole du singe: «cette maladie, c’est à cause de toi et de ta sexualité». Pour moi, c’est donc surtout moralement que ça a été difficile. Le Covid touchait un peu tout le monde; là on se sent seul et on se dit: qu’est-ce que j’ai fait de mal?» Rien, finit-il par comprendre après avoir été rassuré par les professionnels. «En plus, c’est évident que je serais vacciné si le vaccin était disponible.»

Depuis le 21 mai, 471 cas de variole du singe ont été déclarés en Suisse.

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