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AboLe futur du commerce en ligne?
Cette camionnette sans chauffeur pourrait livrer vos courses

Lara Amini, cofondatrice la start-up Loxo, se tient devant son véhicule de livraison autonome, mardi, à Ebikon (LU).
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À Ebikon (LU), un drôle de véhicule attire les regards et fait dégainer les portables. Ses phares circulaires, comme deux grands yeux fixés sur la route, et sa carrosserie tout en rondeur lui donnent des airs de gentil robot. Il n’en est pas moins une prouesse technologique destinée à révolutionner la mobilité autonome.

Loxo Alpha, c’est son nom, est une camionnette électrique de livraison sans chauffeur. Entièrement développée et fabriquée en Suisse, elle s’est lancée sur la voie publique le 8 février dernier. Une première suisse. «Et même européenne!» s’enthousiasme Lara Amini. Responsable du développement commercial, elle est une des trois fondatrices de la start-up Loxo. Ce trio d’ingénieurs, dont deux diplômés de la Haute École d’ingénierie et d’architecture de Fribourg, s’est spécialisé dans le champ de la sécurité des véhicules autonomes. Il avait évalué le projet de navette fribourgeoise, qui s’est terminé en 2020 sur un bilan mitigé. «C’est lors de cette expérience qu’est née notre envie de concevoir notre propre véhicule», raconte Lara Amini.

«À ce jour, il n’y a eu aucun incident.»

Lara Amini, cofondatrice de Loxo

À la différence d’autres projets du genre menés en Suisse, le Loxo ne transporte pas des personnes, mais des marchandises. Et contrairement aux tests fribourgeois et valaisans, il n’y a pas d’accompagnateur de bord pour s’assurer du bon déroulement du trajet. Il n’y aurait de toute manière pas la place.

Phase pilote

Mardi dernier, près d’un mois après son lancement, la camionnette s’apprête à prendre la route pour la dix-neuvième fois. Le parcours sera le même que les autres jours: elle acheminera des courses d’une filiale Migros d’Ebikon au siège de Schindler. Du lundi au vendredi, les collaborateurs et collaboratrices du fabricant d’ascenseur peuvent passer commander en ligne jusqu’à 13 h pour une livraison le même jour, entre 16 h et 18 h. Le projet pilote doit durer six mois.

Un collaborateur de Migros commence à charger les commissions dans la fourgonnette intelligente. Celle-ci a été conçue pour contenir jusqu’à 64 cabas, mais elle n’en accueille aujourd’hui que deux. «L’ampleur des commandes varie, mais nous préférons de toute manière limiter leur nombre pendant cette phase expérimentale», dit Lara Amini.

Vision à 360 degrés

«Driving.» Le message apparaît sur un écran situé sur la face du Loxo. Le véhicule se met en marche sur un tronçon limité à 30 km/h. Pas plus de 500 mètres le séparent de sa destination, mais les obstacles potentiels abondent. Il y a ce rond-point qui se dresse sur son chemin, ce passage pour piétons et, évidemment, d’autres utilisateurs de la route. Comment fait-il pour arriver à bon port en une pièce, sans mettre autrui en danger? Grâce à une combinaison de caméras, de radars ou de lidars qui lui permettent de détecter personnes et objets dans un champ de vision de 360 degrés. En cas de risque, un arrêt d’urgence est immédiatement déclenché.

Andreas Herter, employé chez Schindler, vient chercher sa commande en sortant du bureau.

«À ce jour, il n’y a eu aucun incident», affirme Lara Amini. Pour veiller à ce que cela reste ainsi, une personne formée ne lâche jamais le véhicule du regard et peut intervenir à tout moment. Cette tâche est assurée par Noviv, une filiale d’AMAG, selon un cahier des charges évolutif. Lors de la première phase du projet, un spécialiste a piloté la camionnette à distance. Aujourd’hui, cela ne se fait en général que sur une partie du tronçon. Lors de la troisième et dernière étape, la conduite sera automatisée sur la totalité du parcours. Mais quelqu’un continuera de surveiller à distance les allers-retours du véhicule. «L’autonomie totale n’existe pas encore. Il faudra probablement attendre une dizaine d’années avant de faire l’impasse sur toute surveillance humaine» explique Lara Amini.

Facile d’usage?

Sur les coups de 16 h, le Loxo arrive à destination sans avoir rencontré de problème. Andreas Herter, un employé de Schindler, s’en approche, tapote un code sur un écran disposé sur le flanc du véhicule. Un compartiment latéral s’ouvre pour dévoiler un sac de commission. «C’est vraiment facile et très pratique», lance le collaborateur. Plutôt que d’aller jusqu’à la Migros, celui qui avoue être un peu paresseux n’a qu’à faire quelques mètres en sortant du bureau pour retirer ses courses avant de prendre sa voiture et de rentrer chez lui. S’il est ravi du service offert en périphérie lucernoise, il n’est pas certain de voir les véhicules de livraison autonomes se généraliser dans les centres urbains.

Dès que toutes les commandes ont été retirées, ou à 18 h au plus tard, le Loxo retourne dans le garage de l’entreprise Schindler.

C’est pourtant bien le projet de Loxo, dont les ambitions se nourrissent de l’importance toujours croissante de l’e-commerce. L’entreprise veut faire circuler ses camionnettes autonomes dans les villes, dans les quartiers d’habitation, jusque devant votre porte, comme cela se fait déjà sous forme expérimentale aux États-Unis. Migros, pour sa part, a déclaré pouvoir s’imaginer «facilement que le service de livraison sans chauffeur complétera un jour sa flotte de transport existante».

Pour quel coût? Loxo ne donne pas de chiffre, mais le magazine du TCS a estimé à environ 150’000 francs le prix du véhicule, entretien et surveillance compris. Selon Lara Amini, plusieurs clients potentiels se sont manifestés en Suisse, y compris en Suisse romande, et en Europe.