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Art contemporain et musiqueChahuté par la pandémie, le festival Baz’Art se transforme en livre

Privés de scène en juin, 37 artistes de tout poil ont réalisé chacun une page de cet ouvrage éclectique et drolatique, comme la manifestation.

Baz’Art, le livre. Où l’on découvre sur une double page cette acrylique d’un bleu saisissant, signée par le groupe rock Grey Lips.
Baz’Art, le livre. Où l’on découvre sur une double page cette acrylique d’un bleu saisissant, signée par le groupe rock Grey Lips.
GREY LIPS

Baz’Art n’a pas eu lieu cette année. Baz’Art, édition 2020 – la onzième – existe cependant. Pas sous sa forme habituelle, visible d’ordinaire au mois de juin, fabuleux bric-à-brac de concerts, performances et installations sur les pavés de la rue Lissignol, dans les immeubles, les appartements et les cours intérieures. Le Covid-19 a contraint les organisatrices à procéder autrement. Baz’Art, pour une fois, prend la forme d’un livre: 108 pages, 37 artistes se chargeant chacun d’amener une ou deux illustrations. En résulte ce beau travail, esthétique, éclectique et drolatique, comme la manifestation in situ.

C’est au printemps dernier que l’idée a saisi Simone Aubert et son acolyte programmatrice, Claire Mayet. Que faire de tous ces invités qui resteraient sur le carreau, comment ne pas laisser filer tant de promesses créatrices? Et que faire de la subvention qu’octroie chaque année la Ville? Il y eut un temps pour s’imaginer ici les artistes jouant aux fenêtres, non plus de Lissignol mais chez eux, partout dans le canton. Ou alors des interventions sur les panneaux publicitaires de la Cité, sur les colonnes Morris… Pourquoi pas un festival en ligne, sur le web? Déjà fait ailleurs, déjà vu. «Et puis en juin, les gens auraient envie de quitter leurs écrans pour sortir au soleil.» Dans ce cas! «Un livre, ce n’est pas compliqué à faire. Et ça reste. Faute d’avoir un lieu, Baz’Art se matérialise.»

«Bisou dans le cou»

Petit format cartonné, couverture brute, pour titre «Baz’Art, 11ème édition 2020». Simple en apparence. On guigne la tranche: ici, déjà, se manifeste l’art du grand bazar culturel, chaque exemplaire (il y en a 400) ayant écopé d’une phrase extraite de l’œuvre réalisée par l’artiste conceptuel Hadrien Dussoix. Comme celle-ci: «Et moi qui suis là comme». Moins abscons, mais très drôle à notre avis, quelques pépites d’humour alternatif émaillent l’ouvrage au fil des pages. Tel ce roman-photo expliquant, par le menu, comment transformer une saucisse en masque sanitaire. Le «masque porcin», une invention du duo contrebasse et poésie Mam’zelle Glume Rouge, alias Christophe Ryser et Stéphane Augsburger, musiciens bien connus de la place.

Des rockers, des folkeux, des chanteurs, le projet les réunit en nombre. Qu’ils donnent dans l’électronique étrange, ainsi de Chien mon ami, ou des vibrations sonores autrement expérimentales, ou de Roland Bucher. Sur papier, ledit Bucher a illustré l’ensemble des branchements nécessaires pour produire sa musique. Capture d’écran virant à l’abstraction. Tandis que d’autres, à l’instar de Matthieu Hardouin, du groupe rock Grey Lips, ont opté pour un tableau figuratif aux acryliques d’un bleu profond. Tous musiciens à écouter sur une compilation de 25 titres, disponible sur BandCamp. En attendant, qui sait, un futur vinyle. Quant au livre, il est disponible pour une bouchée de pain chez les disquaires et libraires indépendants. Certes, non, pas de quoi enrichir les artistes, admet Simone Aubert. Mais «un bisou dans le cou» pour se faire du bien, ça, oui.

«Baz’Art, 11ème édition 2020», divers auteurs. 108 p.