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Un pianiste chinois atypiqueCheng Zhang sort des sentiers battus avec Bartók

Le discret lauréat du Prix Clara Haskil 2011 impose sa patte acérée dans un magnifique album chez Claves.

Cheng Zhang lors de la session d’enregistrement en novembre 2019 à la salle de musique de La Chaux-de-Fonds.
Cheng Zhang lors de la session d’enregistrement en novembre 2019 à la salle de musique de La Chaux-de-Fonds.
Patrice Schreyer

Une sauvagerie tantôt tapie tantôt jaillissante, une caresse de fauve dont on ne sait jamais si elle ne se transformera pas d’un coup en griffe sanglante: ainsi résonne l’enregistrement de musiques pour piano de Béla Bartók signé par Cheng Zhang chez Claves. Le pianiste chinois né en 1989 y défend en ouverture une très convaincante version de la «Sonate pour deux pianos et percussions» (1937) avec Tomoki Kitamura au piano, Juris Azers et Weiqui Bai aux percussions. Cette équipe inspirée arrive à porter au même niveau la beauté plastique de cette musique de haute couture et le sentiment d’angoisse vitale qui parcourt chaque note.

Seul au clavier, Cheng Zhang arpente ensuite les pages les plus expérimentales de Bartók, comme la «Sonate» et la suite «En plein air» (1926), où abondent les changements de rythmes, les dissonances les plus rudes, sans pour autant jamais abandonner les rives de la tonalité. En final kaléidoscopique figure la transcription de la «Suite de danses» pour orchestre (1923) qui avait popularisé le compositeur hongrois et son talent de folkloriste imaginaire. Au cœur du recueil «En plein air» et de l’album vibre un morceau fascinant. Ce sont les «Bruits nocturnes», qui font entendre tout un bestiaire sauvage et mystérieux, entrelacement de chuchotis et de frôlements, avec dans le lointain, un chant humain nostalgique. «C’est le mage Orphée qui parle, par ce chant rustique aux arbres et aux insectes de minuit», disait Vladimir Jankélévitch de ce passage merveilleusement rendu par Cheng Zhang.

L’anti-Lang Lang

Cheng Zhang, c’est un peu l’«anti-Lang Lang». Un pianiste exagérément modeste et peu sûr de lui, mal à l’aise pour se mettre en avant, et détestant tout ce qui tourne autour de la promotion. Difficile dans ces conditions de bâtir une notoriété répondant aux espoirs suscités. Car en 2011, le pianiste chinois avait obtenu à Vevey le prestigieux Prix Clara Haskil. «Fait atypique, il n’est jamais venu chercher son diplôme, comme s’il ne le méritait pas», se souvient Patrick Peikert, directeur du concours Clara Haskil et du label Claves. Une attitude qui n’est pas sans faire penser à Clara Haskil elle-même!

«Fait atypique, il n’est jamais venu chercher son diplôme, comme s’il ne le méritait pas.»

Patrick Peikert, directeur du concours Clara Haskil et du label Claves

Cheng Zhang exprime ce sentiment dans le livret du disque: «Au cours des deux ou trois années qui ont suivi le prix, j’ai obtenu des engagements pour des concerts du fait même de ce titre de «lauréat». Ce fut une période de ma vie pleine de contradictions. D’un côté, j’étais extrêmement reconnaissant d’avoir ces opportunités, mais d’un autre, j’avais toujours le sentiment qu’on avait invité le «lauréat» et pas moi!» Le Cheng Zhang enregistré il y a un an à la salle de musique de La Chaux-de-Fonds donne au contraire une image très nette de son potentiel.

Pochette de l’album Bartók de Cheng Zhang
Pochette de l’album Bartók de Cheng Zhang
Claves

Bartók: Works for Solo Piano, Sonata for Two Pianos & Percussions
Cheng Zhang, piano
Claves

1 commentaire
    Dall'Aglio Andrée

    Intéressant. Concerts à la TV?