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L’invitéCombien faudra-t-il encore d’abus sexuels avant de légiférer?

Pierre-Yves Rodondi souhaite que thérapeutes complémentaires et guérisseurs soient soumis à une autorisation de pratique.

Régulièrement, la presse relate des procès de thérapeutes complémentaires ou guérisseurs jugés pour abus sexuels. N’étant pas considérés comme pratiquant une profession de santé, ils échappent, dans la plupart des cantons suisses, aux contrôles de santé publique. Pire, certains ont même commis leurs abus en étant remboursés par les assurances complémentaires, et le restent après leur condamnation.

La population a droit à une protection puisque le guérisseur ou thérapeute va souvent toucher le corps de sa patiente ou de son patient, ou partager des éléments intimes de sa vie. Le guérisseur jugé actuellement à Lausanne ne s’expose qu’à de potentielles sanctions pénales, et ceci pour autant que les faits soient portés à la connaissance des autorités de poursuite pénale.

«Pour une victime, la démarche est difficile: honte, fragilité, manque de preuves tangibles, emprise de l’abuseur…»

Pour une victime, la démarche est difficile: honte, fragilité, manque de preuves tangibles, emprise de l’abuseur… Il existe donc certainement des cas d’abus qui ne sont pas jugés, faute d’avoir pu être dénoncés pénalement. Il n’est pas non plus possible d’enquêter sur le plan disciplinaire comme on le ferait pour un médecin, physiothérapeute, ostéopathe ou une autre profession médicale, faute de base légale spécifique applicable aux thérapeutes complémentaires.

Vu le nombre important de thérapeutes exerçant en Suisse, il y a pourtant un intérêt public prépondérant à ce que l’État protège la population de ce type de dérive. Les cas d’abus nuisent à l’ensemble des thérapeutes, dont la majorité fait un excellent travail.

Une autorisation de pratique, comme pour les autres professions de santé, permettrait de définir non seulement une éthique et des devoirs professionnels, mais surtout la possibilité de procédures disciplinaires qui pourraient être dirigées contre l’abuseur parallèlement à la procédure pénale. Celles-ci auraient un effet préventif important, en étant assorties d’un arsenal de sanctions de différents niveaux, notamment l’amende ou l’interdiction de pratique, voire la communication à l’assurance maladie concernée, sous réserve des limites que pose la loi sur la protection des données.

Cantons mal équipés

Le Canton de Vaud a décidé en 2017 de ne pas réglementer les thérapeutes complémentaires, malgré les recommandations d’un rapport publié en 2015. Le dossier est donc reparti aux oubliettes, jusqu’au dépôt d’une motion de la députée Rebecca Joly en mars 2019 pour réglementer la pratique de la médecine complémentaire.

Les autres cantons romands sont, à l’heure actuelle, tout autant mal équipés pour réglementer ces thérapeutes, à l’exemple du registre genevois, dont l’inutilité est notoire. En raison de la loi sur le marché intérieur, une coordination au niveau des différents cantons est nécessaire.

Mettre en œuvre rapidement les réglementations adéquates pour prévenir de nouveaux abus sexuels devrait être la leçon tirée sur le plan politique de ce procès, et permettre ainsi d’éviter de nouvelles victimes.