AboBiennale de VeveyCome «Together» à Images
Le festival des arts visuels veveysan a ouvert samedi. Après la pluie du matin, l’œil a rayonné. Reportage.

Où donner de la tête? C’est la première question qui taraude le visiteur d’Images Vevey à chacune de ses éditions, et celle de 2022 ne fait pas exception. Cinquante propositions attendent l’amateur d’arts visuels dans la ville et si certaines se présentent groupées – dans des lieux parfois tapis dans une arrière-cour ou dans une halle retirée – d’autres, plus isolées, sont disséminées un peu à l’écart.
Cela fait partie du jeu proposé tous les deux ans par la biennale et l’on reconnaît cette année les chasseurs d’art à leur prospectus jaunâtre, guide indispensable en ce qu’il comporte un plan très pratique pour se repérer.
Pour ceux qui arrivaient samedi par la gare, éblouis par le soleil après les orages matinaux, la première vision, immanquable, est celle qui recouvre la façade de l’immeuble BCV, la cathédrale de Milan tout en verticalité de Thomas Struth avec, à ses pieds, des touristes.
Une image en miroir de l’expérience de celui ou celle qui s’apprête à effectuer ce pèlerinage des arts visuels, mais aussi une bonne manière d’introduire le thème de cette édition, «Together – La vie ensemble», en mêlant une figure d’admiration et de religion.
Mais foin de solennité et, en ramenant son regard au sol, on célébrait sur panneaux les retrouvailles avec une personnalité bien connue des amateurs de photographie, Martin Parr. Dans «Déjà View», le facétieux Britannique a accepté de dédoubler ses clichés avec ceux de The Anonymous Project. À chaque paire, il faut scruter: laquelle est celle de Parr, laquelle est tirée d’archives sans nom d’auteur? Le défi n’est pas trop difficile mais la proximité formelle et de sujets de certaines paires demeure troublante.

Ensuite, il fallait se perdre un peu dans la chasse au trésor d’Images. À la place Scanavin, Rachel Lopez apportait son lot de couleurs avec les selfies que la journaliste du «Hindustan Times» réalise dans les taxis de Mumbai de façon que l’on aperçoive toujours le plafond des véhicules empruntés, toujours décorés de mille manières, que ce soit par des décorations géométriques ou des motifs plus burlesques.
Samedi, la jeune femme était postée près de ses œuvres et n’hésitait pas à aborder le passant pour expliquer sa démarche, distribuer de petites vignettes de l’une de ses images et assurer qu’il était rare de trouver à Mumbai des taxis non décorés de la sorte – «peut-être un sur cinq», estimait-elle.
Dans le registre des couleurs et des clins d’œil, les «Breakfasts» d’Anastasia Samoylova, à l’Alimentarium, allument l’histoire de la photographie à l’heure du petit-déjeuner, en adjoignant à des photos historiques des fraises et des cafés, quand d’autres sites évoquaient des thèmes plus sombres.
La guerre, avec les verres perforés d’impacts de balles des images de l’Ukrainienne Gera Artemova, ou les évocations surréalistes de l’ère soviétique de Boris Mikhailov. Mais aussi la manipulation politique avec le travail de Daniel Mayrit qui joue avec les slogans et l’imagerie d’un populisme triomphant, l’Espagnol se transformant en candidat-dictateur post-Trump, même si on le croisait très détendu au milieu de ses gadgets de fausse campagne.

Impossible de répertorier toutes les opportunités visuelles installées à Vevey, mais les noms connus ou attendus tenaient leurs promesses. Au Théâtre Oriental, Ryoji Ikeda transporte dans une autre dimension par ses flashs tirés au cordeau et ses vrombissements pilotés par les données.
À l’église Sainte-Claire, les portraits de détenues de Bettina Rheims fouillaient magnifiquement l’humanité de ces femmes perdues pour la société. Les reproductions sur verre de stèles d’artistes fameux d’Olivier Suter fascinaient, mais leur réalisme comportait quelques dangers pour les œuvres: les visiteurs marchaient trop souvent sur celles au sol, croyant probablement se trouver dans un vrai cimetière au Musée Jenisch…

Parmi les propositions impressionnantes, l’écran géant de Matthias Brunner et son remix de films anciens sur une musique d’Arvo Pärt se pose en pièce de choix à la Serrurerie. Malgré son ampleur dans la Salle del Castillo, le «Santa Barbara» de Diana Markosian peinait pourtant un peu à happer l’attention.
À moins d’y consacrer une pleine journée, une seule visite n’est pas suffisante pour épuiser les potentialités de cette édition d’Images Vevey, surtout si l’on souhaite se plonger plus longuement dans l’un ou l’autre de ses volets. Après les discours officiels, où Nicolas Bideau, directeur de Présence suisse, se distinguait par un dynamisme histrionesque qui semblait inspiré par Daniel Mayrit, on se promettait donc d’y revenir.
Vevey et La Tour-de-Peilz, divers lieux, jusqu’au 25 sept. Gratuit. www.images.ch
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