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Court métrage
Comment éviter que la laine suisse parte en fumée?

Les Posses-Dessous,  le 22 mars 2023.  Martine Gerber,  fondatrice et présidente de l'association  La Filature de l'Avançon, tond ses moutons, ici Myrtille,  à l'aide d'un ciseau.    24HEURES/Chantal Dervey
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En Suisse, 70% de la laine produite par les moutons est jetée. Elle est presque devenue un «sous-produit», relève Jean-Luc Moulin, ancien professeur à l’école valaisanne d’agriculture. Ce spécialiste de la filière ovine est l’un des intervenants du film documentaire de Marion Police et Hugo Cousino.

Ce couple de journalistes établis à Sion est parti sur les traces de celles et ceux qui tentent d’inverser la tendance en valorisant cette matière première. Deux ans de travail qui ont débouché sur «La toison dort».

«À travers ce film, nous avons voulu montrer qu’il y a de véritables enjeux autour de la laine. Il présente quatre initiatives pour valoriser cette matière, en soulignant la créativité des éleveurs ou artisans et les difficultés qu’ils rencontrent», relève Hugo Cousino. Son court métrage (26 minutes) a été sélectionné pour le Festival du Film Vert (2 mars au 14 avril en France et en Suisse) et sera à découvrir en avant-première le 27 février au cinéma Grain d’Sel de Bex.

Plus écologique que le synthétique

Chaque année en Suisse, environ 700 tonnes de laine ne sont pas utilisées après la tonte. Elles doivent être ensuite brûlées à plus de 300 degrés pour être éliminées. Une dépense d’énergie qui peut être facilement évitée, selon Martine Gerber. «Il est primordial de valoriser tout ce que les bêtes peuvent nous offrir», souligne cette paysanne bio, fondatrice de l'association de la Filature de l'Avançon au-dessus de Bex. Elle est l’une des six protagonistes (éleveurs et éleveuses, fileuse et tisseuse) dont le travail est mis en lumière.

«À l’heure où les agriculteurs vivent sous perfusion, il est absurde de devoir jeter une partie de ce que nous produisons.»

Martine Gerber, fileuse

«Le bétail occupe une place particulière dans l’agriculture, car il pollue beaucoup. Mais il faut également avoir en tête que la laine est un matériau plus écologique que le synthétique et pas uniquement pour la fabrication des habits. C’est aussi le cas pour l’isolation des bâtiments, poursuit celle qui est également députée Verte au Grand Conseil vaudois. À l’heure où les agriculteurs vivent sous perfusion, il est absurde de devoir jeter une partie de ce que nous produisons.»

Un prix qui a chuté

Autre élément qui joue un rôle: il n’y a jamais eu de réelle filière mécanisée de valorisation de la laine en Suisse. «Le seul lieu de récolte de la laine brute destinée à être transformée à l’étranger était la centrale lainière suisse qui a fermé ses portes en 2010 quand elle s’est vue privée des subventions fédérales», détaille Martine Gerber.

En raison de la concurrence étrangère, moins chère, puis avec l’arrivée des matériaux synthétiques, la laine suisse a aussi perdu de son attractivité aux yeux du marché. «Sa valeur a chuté de 10 francs à moins de 1 franc le kilo en trente ans. La fermeture de cette centrale suisse a précipité la chute du secteur, poursuit la fileuse. Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est développer pour la première fois une véritable chaîne de transformation en Suisse, avec des outils de production, en circuit court, pour que les éleveurs puissent valoriser l’entier de leur laine et qu’elle retrouve un intérêt marchand.»

«Aujourd’hui, la laine qui n’est pas jetée est lavée en Belgique, puis transformée en Allemagne, avant d’être revendue comme isolation à base de laine suisse dans notre pays. Tant que l’État ne nous accordera pas d’aide pour valoriser cette matière, il ne se passera malheureusement rien», déplore encore l’élue écologiste.

Au-delà de la laine

L’objectif de «La toison dort» est de faire prendre conscience de la complexité que représente la transformation de la laine. Son réalisateur Hugo Cousino espère que son documentaire permettra d’élargir la réflexion sur les enjeux économiques et écologiques: «Finalement, l’exemple de la laine peut être utilisé comme une parabole de notre manière générale de produire et de consommer. Il est important qu’il y ait une prise de conscience à ce niveau.»