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AboDivorce ou séparation conflictuels
Comment protéger les enfants quand leurs parents se déchirent

Lorsque les parents se déchirent, l’enfant est souvent aux prises avec un conflit de loyauté.
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Comment s’assurer du bien-être de l’enfant dont les parents se séparent? Et comment les professionnels accompagnent les familles séparées dans le canton? Une étude, présentée au public le mois dernier, s’est intéressée à ces périodes de transition pour l’enfant qui doit adopter un nouveau foyer monoparental et/ou recomposé. Soutenu par la HES-SO et le Canton de Vaud, le projet est conduit par le Centre de recherche interdisciplinaire sur les parcours de vie et de vulnérabilité (LIVES), basé à l’Université de Lausanne. 

Que disent les chiffres? En terres vaudoises, près d’un couple sur deux divorce, contre un peu moins de 40% au niveau national. Quant au dernier rapport sur les familles de l’Office fédéral de la statistique datant de 2021, il estime que la grande majorité des enfants vit avec ses deux parents (famille dite traditionnelle), alors que 13% d’entre eux vivent dans un ménage monoparental et 6% dans une famille recomposée.

Une trentaine de prestataires de services et de parents ont ainsi été questionnés. Au cœur de la réflexion: la place que les professionnels accordent aux relations qu’entretient l’enfant avec les membres de sa famille, en particulier avec son parent non gardien et ses éventuels beaux-parents. Interview de Gentiane Schwarzer coauteure de l’étude.

Quel est le constat principal de vos recherches?

Les professionnels tendent à valoriser l’image de la famille traditionnelle. La figure maternelle est, elle, considérée comme plus importante pour le bien-être de l’enfant au détriment du père. D’ailleurs, c’est souvent la mère qui obtient la garde des enfants. Si elle montre des difficultés dans sa tâche, différentes prestations sont mises en place pour l’aider.

En revanche, si le papa connaît les mêmes complications en tant que parent non gardien, il y aura très peu de mesures pour le soutenir et, ainsi, aider à maintenir le lien avec l’enfant. Lors de questionnements sur ses compétences parentales, on aura même tendance à choisir des mesures très radicales, comme limiter le droit de visite. Or les résultats de la recherche en sciences sociales sur le bien-être de l’enfant démontrent que c’est bien la qualité du lien avec les deux parents qui compte, voire son attachement à des figures parentales plus élargies.

«Dans les pays nordiques, les professionnels prennent bien davantage en compte la famille dans sa globalité.»

Gentiane Schwarzer, chargée de recherche au Centre LIVES, basé à l’Université de Lausanne

Comment expliquez-vous ces différentes perceptions des figures parentales?

En Suisse, la famille est considérée comme faisant partie de la sphère privée. Par conséquent, l’État s’implique peu dans la politique familiale, qui reste très genrée. Cette image traditionnelle se retrouve encore trop souvent dans les pratiques des juges, des médiateurs, des psychologues, de tous les professionnels qui gravitent autour de l’enfant.

Les familles recomposées, elles, sont confrontées à de nombreuses difficultés, notamment à cause d’une faible reconnaissance du parent social malgré son rôle éducatif important. Il est rarement consulté par la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) ou lors d’un travail de coparentalité. Sur les quatorze institutions que nous avons interrogées, seules deux accompagnent spécifiquement les familles recomposées. Dans les pays nordiques, les professionnels prennent bien davantage en compte la famille dans sa globalité.

«Ces familles se voient renvoyées d’une institution à une autre sans qu’on leur propose de solution. Et le temps passe, et le temps n’est pas le même pour un adulte que pour un enfant.»

Gentiane Schwarzer, chargée de recherche au Centre LIVES, basé à l’Université de Lausanne

Quelles conséquences négatives peuvent provoquer ces pratiques?

La figure paternelle tendant à être minimisée, il y a un manque de garde-fous efficaces pour assurer la régularité des contacts entre l’enfant et le parent non gardien. Pourtant, un droit de visite non régulier, voire interrompu, peut être la conséquence du conflit parental plutôt que de doutes fondés concernant les compétences parentales. Si les difficultés des parents à s’entendre concernant leur enfant ne sont pas accompagnées par les professionnels, les conflits parentaux risquent de se péjorer.

Il arrive par ailleurs qu’un parent exerce de la violence sur la famille au point où l’enfant risque de couper le lien avec l’autre parent, car sa perception est influencée. Ces situations d’aliénation parentale sont sous-évaluées par les professionnels (lire encadré). Ces familles se voient renvoyées d’une institution à une autre sans qu’on leur propose de solution. Et le temps passe, et le temps n’est pas le même pour un adulte que pour un enfant.

Gentiane Schwarzer est coauteure de l’étude sur la vulnérabilité des liens familiaux et les prestations des professionnels en cas de divorce ou de séparation.

Votre étude veut tirer la sonnette d’alarme, pourquoi?

Les risques de fragilisation et de rupture des liens familiaux à la suite d’une séparation parentale sont un enjeu de santé publique. Par conséquent, cette question doit devenir un objet prioritaire de la politique publique.

Si l’attachement qu’a créé un enfant avec diverses figures parentales est mis à mal, ça peut fortement affecter l’enfant et son identité. On parle donc de santé mentale.

Un climat d’insécurité affective est pourtant un indicateur de la maltraitance, reconnu par les services de protection de l’enfance. Il faut davantage de mesures pour assurer la continuité du lien entre l’enfant et ses figures d’attachement, une meilleure sensibilisation pour détecter au plus vite les situations parentales à hauts conflits, comme le propose déjà le centre de consultation Les Boréales, au CHUV, ainsi qu’un meilleur travail en réseau des professionnels. L’intérêt de l’enfant doit être au centre de toutes les priorités.

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