AboPrésidentielle américaineCondamnation de Donald Trump: un tournant dans la campagne?
Après la première condamnation d’un ancien président des États-Unis au pénal, jeudi 30 mai, les anti-Trump restent focalisés sur une victoire dans les urnes.

«C’est le moment de danser dans les rues du monde entier!». Devant le tribunal de Manhattan, Bill Christeson exulte en ce jeudi 30 mai. Venu de Washington, ce militant, connu pour brandir des pancartes «coupable» derrière des proches de Donald Trump quand ils sont filmés ou photographiés, se félicite de la condamnation du milliardaire par un jury populaire dans l’affaire des paiements cachés à la star du X, Stormy Daniels, pour taire une relation extra-conjugale présumée avant la présidentielle de 2016. Mais Bill apporte aussitôt un bémol à ses propos: «après la fête, il faudra voter car on ne va pas se débarrasser de lui comme ça».
Cet avis reflète celui d’autres militants anti-Trump rencontrés après l’annonce du verdict, dans le petit parc où opposants et partisans de l’ancien locataire de la Maison-Blanche ont pris l’habitude de se rassembler pendant le procès. Certes, la joie était de mise, mais celle-ci s’accompagnait d’une certaine lucidité: le verdict historique pourrait ne pas changer grand-chose à la campagne pour la présidentielle du 5 novembre.
Impact dans les sondages?
En effet, les sondages montrent que, de toutes les affaires dans lesquelles Donald Trump est inculpé (gestion des documents confidentiels de la Maison-Blanche, subversion électorale à Washington et en Géorgie), ce procès était considéré comme le moins sérieux aux yeux de l’opinion. Non diffusé à la télévision et reposant sur des falsifications d’obscurs documents comptables, il était également peu accessible du grand public.
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Début mai, 20% des électeurs de Donald Trump ont indiqué, dans un sondage ABC News-Ipsos, qu’ils pourraient réviser leur choix en cas de condamnation de leur champion, mais rien ne dit qu’ils s’exécuteront. D’autres enquêtes ont trouvé qu’un petit nombre d’indécis et d’indépendants, deux groupes clés, seraient moins enclins à voter pour le Républicain en cas de culpabilité, respectivement 17% et 11%. Bien que cela soit assez pour faire la différence dans un scrutin qui se jouera à quelques dizaines de milliers de voix dans six États bascules, la campagne reste longue et incertaine.
«Une honte»
Raul Rivera, lui, ne retirera pas de sitôt la casquette rouge «Make America Great Again» qu’il portait devant le tribunal, jeudi. «Ce qui s’est passé ici est une honte, une injustice», affirme-t-il. Et de s’en prendre au procureur démocrate Alvin Bragg, chargé de l’accusation, ainsi qu’aux douze jurés – des habitants de Manhattan, un arrondissement new-yorkais qui a largement voté pour Joe Biden en 2020. «Si l’un d’eux avait dit que Trump était innocent, il n’aurait pas pu sortir de chez lui, dans cette ville, sans se faire agresser!»
«Pour être honnête, je suis sceptique que Biden sera réélu», admet Dimitri Kavadis, un travailleur social de 28 ans, rencontré devant le tribunal avec un drapeau ukrainien sur le dos. «Les Américains sont retranchés dans leurs opinions. La polarisation est telle qu’il va être difficile de les faire changer d’avis».
Une chose est sûre: ce verdict offre une nouvelle arme au camp Biden au moment où la base du président sortant de 81 ans montre des signes de démobilisation en raison de la guerre à Gaza et de son âge. Le Démocrate et ses soutiens auront désormais à cœur de marteler que Donald Trump est un «convicted felon» («criminel condamné»), qui risque la prison. Une réalité qu’il répétera certainement pendant leur premier débat télévisé, le 27 juin, sur la chaîne d’information, CNN, afin de créer un sursaut parmi ses électeurs de 2020 et les indécis. «Il n’y a qu’une seule manière de faire en sorte que Donald Trump ne s’approche pas du Bureau ovale: aller aux urnes», a écrit Joe Biden dans un message de levée de fonds posté sur les réseaux sociaux dans la foulée du verdict.
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Bloc des ténors conservateurs
Hasard du calendrier, la peine de l’ex-homme d’affaires doit être annoncée le 11 juillet par le juge Juan Merchan, qui a supervisé le procès. Soit quatre jours avant l’ouverture de la Convention nationale républicaine, le grand raout du parti… où Donald Trump doit être formellement investi candidat à la Maison-Blanche. Le moment promet d’être irréel! Il risque la prison, mais pourrait être mis en liberté surveillée ou détenu à domicile car il n’a pas de condamnations criminelles antérieures.
Loin de se désolidariser, les ténors du Grand Old Party (GOP) ont fait bloc derrière lui après le verdict. «C’est un jour honteux dans l’histoire américaine», a déclaré le «speaker» (président de la Chambre des Représentants) Mike Johnson, évoquant l’ «instrumentalisation de la justice» par les Démocrates pour «réduire leurs opposants politiques au silence». Visiblement marqué au sortir de la salle d’audience, Donald Trump fera certainement appel de la décision, ce qui pourrait reporter l’exécution d’une éventuelle peine à après l’élection. «Le vrai verdict, a-t-il dit, sera rendu le 5 novembre par le peuple». Le soir même, il se posait en «prisonnier politique» dans un courriel de campagne.
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