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Route lyrique
Confusion des genres en mode rigolade

Dans la version de Gilles Rico, «L’île de Tulipatan» se déroule dans une dictature d’opérette misant sur le recyclage.
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Dans l’archipel des opérettes d’Offenbach, l’Opéra de Lausanne explore cet été «L’île de Tulipatan», une farce qui s’amuse des identités sexuelles flottantes. Et qui vagabondera jusqu’au 8 juillet dans une série de ports vaudois et valaisans, de Vallorbe à Martigny (lire encadré). Par cette opération de décentralisation lancée en 2010, l’Opéra de Lausanne souhaite aller tous les deux ans à la rencontre d’un public plus large, dans de petites et grandes localités. Et aussi offrir des opportunités d’insertion professionnelle à des jeunes artistes fraîchement diplômés. La première a eu lieu vendredi 9 juin dans un Théâtre du Jorat bien rempli.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’Offenbach est au menu, toujours léger, de la Route lyrique. «Monsieur Choufleuri» et «Croquefer» constituaient déjà le programme en 2012. La nouvelle production s’inscrit dans le même esprit d’opéra bouffe en un acte, sans l’ambition des «grandes» opérettes comme «Orphée aux enfers» (à revoir à l’Opéra de Lausanne en décembre prochain). Lorsqu’il crée «L’île de Tulipatan» en 1868 aux Bouffes Parisiens, Jacques Offenbach est au sommet de son art, sans pour autant faire de ce titre un chef-d’œuvre inoubliable.

Rien ne va plus sur l’île de Tulipatan, où règne le colérique Cacatois XXII. Le duc se désole des manières efféminées de son fils, le prince Alexis, tandis que le grand sénéchal Octogène Romboïdal trouve un air de «garçon manqué» à sa fille Hermosa. On devine facilement l’épilogue: les deux enfants se plaisent et finiront par se marier, mais au prix de tonitruantes révélations sur leur véritable sexe.

Dans ce genre d’exercice, tout tient dans la mise en scène. Très à l’aise dans le registre burlesque – souvenez-vous de «L’auberge du cheval blanc» –, Gilles Rico a la bonne idée de ne pas tomber dans le cliché de l’île déserte, avec sable fin et cocotiers. Son royaume décrépi de Tulipatan héberge une microsociété installée dans un bric-à-brac de valises et d’objets de récupération (décors cocasses de Philippine Ordinaire) qui entretient le souvenir d’un faste passé avec des habits aussi démodés qu’élimés (hilarants costumes de Violaine Thiel).

Danses frénétiques

La réduction pour petit ensemble dominé par les vents renforce le côté peau de chagrin de ce royaume crispé dans ses conventions. La baguette de Léonard Ganvert a encore quelques représentations pour gagner en cohésion avec les solistes et les faire articuler davantage certaines tirades. Si les dialogues tirent un peu en longueur, toutes les pièces musicales sont agrémentées de chorégraphies frénétiques signées Jean-Philippe Guilois, animant autant les nobles chanteurs que leurs serviteurs (excellent quatuor de danseurs).

La distribution donne les pleins pouvoirs à un dictateur fat (hilarant Rémi Ortéga), multipliant les petites humiliations envers son pitoyable sénéchal (Guillaume Paire), lequel étouffe sous le joug de son envahissante épouse, Théodorine (irrésistible Laure-Catherine Beyers). L’Hermosa de Hoël Troadec est bien plus drôle quand elle se croit fille qu’en se révélant garçon. À l’opposé, Emma Delannoy jouant Alexis se révèle peu à l’aise en travesti, mais rayonne en femme libérée.