AboCoupe du monde féminine de footballL’équipe d’Espagne, d’un putsch raté à la finale du Mondial
La sélection espagnole défiera l’Angleterre dimanche à Sydney pour obtenir son premier titre mondial chez les femmes. Son parcours en Coupe du monde cache une lutte intestine et un sélectionneur détesté par certaines joueuses.

Le masque de la sélection espagnole est tombé, l’espace de quelques secondes à Auckland. L’équipe vient de composter son ticket pour jouer la finale de la Coupe du monde, en battant la Suède dans sa demi-finale (2-1). Une première dans l’histoire de la Roja féminine. Les joueuses s’étreignent, les larmes coulent sur les joues.
Un homme, Jorge Vilda, exulte seul sur le terrain. Malgré l’effusion et les célébrations qui l’entourent, personne ne calcule l’entraîneur, ni le félicite. Le sélectionneur de l’Espagne déambule sur le terrain et la scène semble durer des heures. À ce moment-là, le technicien ressemble à ce camarade choisi en dernier lors du cours de gym à l’école.
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Les stars de l’équipe d’Espagne ne le soutiennent plus, elles composent avec. Les discours d’unité affichés en public ne trompent personne au pays. Le putsch manqué est toujours dans les esprits aux quatre coins de la Péninsule. Tantôt bourreau, tantôt victime, Jorge Vilda divise des Asturies en Andalousie en passant par Madrid et Barcelone. Le potentiel triomphe mondial de la sélection, dimanche contre l’Angleterre, a déjà un goût amer. «Je ne suis pas heureux que l’Espagne ait du succès», explique Marc Andrès, journaliste spécialiste du Barça féminin, dans le podcast Wrighty’s House. «J’ai l’impression que le méchant l’emporte.»
«Une partie des personnes se réjouit d’une victoire pour le pays. Les autres pensent aux joueuses restées à la maison», observe une ancienne joueuse espagnole. Contactée par le «Matin Dimanche», cette dernière souhaite demeurer anonyme, tant le sujet provoque le malaise dans le milieu.
Parmi les bannies, on peut citer Mapi Léon, Patri Guijarro ou Clàudia Pina. Les trois Catalanes auraient dû porter le maillot de la sélection espagnole plutôt que celui du FC Barcelone cet été. Ni câlin avec les kangourous, ni écharpes en laine pour affronter l’hiver océanien, les photos récentes les montrent bien à Barcelone, à se plier à la traditionnelle préparation d’avant-saison.
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Le conflit
Pour comprendre l’absence de ces joueuses clés, il faut rembobiner le film. Euro 2022: la prometteuse équipe d’Espagne échoue en quarts de finale face à l’Angleterre. La défaite sert d’électrochoc, l’équipe réclame davantage de professionnalisme à leur fédération. «Elles se plaignent de toujours réaliser les mêmes exercices, de ne pas avoir un encadrement à la hauteur de leur potentiel», résume notre source anonyme qui connaît plusieurs joueuses personnellement.
Ancienne internationale espagnole chez les juniors, la Servettienne Paula Serrano a suivi l’affaire avec intérêt. Sans se prononcer sur les infrastructures et les entraîneurs du pays, la milieu de terrain trouve la démarche légitime. «Je pense que lorsque l’on fait notre travail, que l’on obtient des résultats, on est en droit de demander des choses. Cela va des deux côtés.»
La fédération espagnole entend les reproches de ses joueuses, mais n’obtempère pas à leurs souhaits. En octobre dernier, Jorge Vilda est maintenu à son poste. Le message est clair: «Acceptez cette décision et conservez votre place dans la sélection, ou partez.»
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Une lettre commune, signée par 15 membres de l’équipe, a ensuite atterri sur le bureau du président de la fédération, Luis Rubiales. «L’environnement de la sélection nationale compromet leur santé physique et émotionnelle.» Elles ne souhaitent plus être sélectionnées, tant que les conditions ne s’améliorent pas.
La colère monte d’un cran, les instances espagnoles s’offusquent publiquement d’un tel putsch, tandis que les joueuses regrettent que leurs dirigeants se mettent en scène. Deux camps se créent. D’un côté, la fédération et le sélectionneur. De l’autre, 15 rebelles qui sont soutenues ouvertement par trois autres stars. Dont la double Ballon d’or, Alexia Putellas, et la capitaine Irène Paredes.
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Les mois passent, le conflit s’enlise. «Un mois avant la Coupe du monde, la séparation est encore visible. Que ce soit du côté de Madrid ou de Barcelone, c’est un désastre», glisse encore l’ancienne joueuse anonyme, déplorant un débat houleux en Espagne.
La solidarité des dissidentes s’est effritée devant l’enjeu sportif. Sur les 15 putschistes, seulement trois ont mis leurs revendications de côté pour rejoindre la sélection de Jorge Vilda au Mondial 2023. Ona Batlle (Manchester United) et les Barcelonaise Aitana Bonmati et Mariona Caldentey vivent ainsi l’épopée océanienne. Leur coéquipière en club, Mapi Leon, y a renoncé. «Ce n’est pas une décision à prendre à la légère, a-t-elle raconté au quotidien «El Mundo Deportivo» à la fin du mois de mai, avant la sélection. J’ai des valeurs et des convictions. Je ne peux pas retourner dans l’équipe d’Espagne actuellement.»
Solidarité
C’est donc une Roja largement remaniée qui est présente en Nouvelle-Zélande. «Les nouvelles joueuses de l’équipe et le staff vont dans la bonne direction», résume Joan Barcala, l’entraîneur espagnol de Servette Chênois. Dans cette Coupe du monde, la phase de groupe n’est qu’une formalité, avec des victoires contre le Costa Rica (3-0), la Zambie (5-0) et une défaite surprise sans conséquence contre le Japon (0-4). L’Espagne s’offre ensuite la Suisse en huitièmes de finale (5-1), puis les Pays-Bas (2-1) et la Suède (2-1) pour accéder à la finale.
Le parcours impressionne, d’autant plus qu’il survient moins d’une année après cette crise majeure. «La situation était un peu étrange avant le Mondial, mais les joueuses restent professionnelles. Même si elles ont des opinions différentes , elles font partie d’une équipe et le résultat est là», observe Paula Serrano. Son entraîneur ajoute: «Il y a un vivier de talent impressionnant, tant au niveau des joueuses que des entraîneurs. La réalité, c’est que l’Espagne parvient à être compétitive sans cinq ou six de ses meilleurs éléments.»
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Quand bien même la sélection n’apprécierait toujours pas Jorge Vilda, elle gagne. «La solidarité d’un groupe permet de garder sa motivation et de continuer à travailler», explique Cécile Homberg. La psychologue du sport romande s’est déjà penchée sur la question du conflit entre un entraîneur et son équipe, à un tout autre niveau. «Le défi consiste à créer un objectif commun allant dans le sens de l’entraîneur.» De remporter la Coupe du monde, par exemple.
Sur les réseaux, la fédération espagnole survend cet esprit d’unité. Le putsch n’a pas été complètement vain dans les coulisses puisque les joueuses ont obtenu quelques améliorations. L’équipe compte pour la première fois sur la présence d’un nutritionniste et d’un psychologue. Les familles accompagnent les joueuses en Nouvelle-Zélande et en Australie, grâce à une nouvelle politique pour mieux équilibrer vie professionnelle et vie privée.
Irene Paredes apprécie. La capitaine passe du temps avec sa femme Lucia et son fiston Mateo, qui soufflera bientôt ses deux bougies. «Quand un enfant est si jeune, vous avez besoin de lui, et il a besoin de vous», estime la capitaine dans une capsule vidéo réalisée par la FIFA.
En quête d’adoubement
Dimanche à l’Australia Stadium, Jorge Vilda mènera son groupe au plus important des rendez-vous: la finale de la Coupe du monde de football (RTS 2 à 12h, heure suisse). Soulever le plus beau des trophées lui permettrait-il d’être pardonné, voire adoubé? «Si l’Espagne gagne, ce sera positif pour le pays et le développement du football féminin. C’est cela qui compte», résume Malena Ortiz, qui a joué pendant deux années au Real Madrid, avant de rejoindre Servette Chênois.
«Si l’Espagne gagne, ce sera positif pour le pays et le développement du football féminin. C’est cela qui compte.»
«C’est la meilleure équipe du monde à l’heure actuelle», justifie Jose Barcala, sans prendre position pour l’un ou l’autre camp. Avec des rookies et sans certains piliers, l’équipe impressionne déjà. Qu’est-ce que cela aurait donné avec une équipe qui a le sentiment d’être en pleine possession de ses moyens?
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