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Loin des clameurs du stade, Oleg meurt dans une geôle sibérienne

Il s’appelle Oleg Sentsov. Son nom ne vous dit peut-être rien. C’est pourtant celui que l’histoire pourrait retenir de ce Mondial de football en Russie. Il ne joue pas au ballon. Je ne sais même pas s’il aurait aimé suivre cette compétition à la télévision. De toute façon, il ne peut pas regarder les retransmissions. Il n’en a pas les moyens et sans doute, pas la force.

Oleg Sentsov a pourtant choisi cette période de Coupe du monde pour faire entendre sa voix en entamant une grève de la faim dès la mi-mai dans sa prison en Russie. Aujourd’hui, la vie de ce cinéaste ukrainien est en danger. Il boit 3,5 litres d’eau par jour, se fait faire des injections de glucose, d’aminoacides et de vitamines via un goutte-à-goutte. Dans le camp de prisonnier de la colonie sibérienne de «L’ours blanc», au-delà du cercle polaire, loin des clameurs des supporters, il meurt à petit feu dans le silence arctique.

En 1981, les dix prisonniers de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) en grève de la faim que Margaret Thatcher a laissés mourir, sont tous décédés entre le 46e et 71e jour. Pour toute une génération, le nom de Bobby Sands est resté dans les mémoires. Tandis qu’une tache de sang indélébile venait souiller les tailleurs impeccables de la cheffe du gouvernement britannique.

Oleg Sentsov vivait en Crimée. En février 2014, des Russes en armes et sans uniforme, ont pris position dans la péninsule ukrainienne. Le 16 mars, l’organisation d’un vote par référendum débouchait sur le rattachement de la Crimée à la Russie tandis que la guerre embrasait l’est de l’Ukraine. Oleg Sentsov, lui, a refusé de prendre la nationalité russe. Depuis, Moscou lui refuse la nationalité ukrainienne puisqu’il est russe à leurs yeux.

En mai, Sentsov était arrêté et condamné un an plus tard à 20 ans de prison pour terrorisme dans un procès qualifié de «stalinien» par l’ONG Amnesty International, sur la foi d’aveux obtenus sous la torture d’un des trois hommes arrêtés le même jour. Les services russes accusent le cinéaste d’avoir participé à la préparation d’un attentat visant à abattre une statue de Lénine. Lors des interrogatoires, Oleg affirme avoir lui-même été torturé. Le troisième homme a refusé de parler.

La Française Christiane Taubira, ex-garde des Sceaux, dénonçait dans une formule aux échos littéraires, le «châtiment sans crime» d’Oleg Sentsov. Le cinéaste dissident a toujours refusé de demander la grâce à un président qui n’est pas le sien. Et les autorités russes ont refusé de l’inclure dans un éventuel échange de prisonniers avec Kiev, puisqu’ils lui refusent la nationalité ukrainienne. Oleg Sentsov demande «la libération des prisonniers politiques ukrainiens détenus sur le sol de la Fédération de Russie». L’échange de prisonniers était d’ailleurs prévu dans les accords de Minsk.

Le Conseil de l’Europe, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et 35 autres pays, des écrivains comme Stephen King, Russel Banks ou Marie Darieussecq, les cinéastes Ken Loach ou Wim Wenders ont demandé sa libération. Une pétition en ligne le demande aussi.

Alors que l’équipe russe de football accède contre toute attente aux quarts de finale, alors que le Kremlin a veillé à ce que cette Coupe du monde donne une bonne image de la Russie, le sort funeste d’Oleg Sentsov vient perturber les plans de Vladimir Poutine. Comme Margaret Thatcher, il pourrait faire l’indifférent. Mais si Oleg meurt, il en porterait la responsabilité. Comme la Dame de fer après la mort de Bobby Sands.

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