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Deschamps guide, la France déroule

Bien sûr qu’on aimerait voir les Bleus plus entreprenants. Mais la fin justifie les moyens. Et ils sont en finale.

Didier Deschamps, ici avec Samuel Umtiti, le buteur de la demi-finale contre la Belgique, fait corps avec son équipe.
Didier Deschamps, ici avec Samuel Umtiti, le buteur de la demi-finale contre la Belgique, fait corps avec son équipe.
REUTERS

Les chats ne font pas des chiens. Quand Didier Deschamps reprend les rênes d’une équipe de France qui avait sérieusement besoin d’un patron en 2012, la FFF compte davantage sur ses qualités d’organisateur et de gestionnaire que sur son improbable art du dribble ou du contre-pied. Son équipe sera à son image: solide, imperturbable, construite pour faire face et pour durer. «DD», c’est l’art de la gagne, c’est un pragmatisme au service du résultat.

C’est pour cela qu’au lendemain de ce France - Belgique qui a propulsé les Bleus en finale d’un Mondial pour la troisième fois (après 2006 et le sacre de 1998), s’il faut saluer la performance d’équipe, il est possible de s’interroger sur la manière.

Le portier des Diables rouges n’a ainsi pas été courtois avec la France: «Un but sur coup franc contre l’Uruguay, un but sur corner contre nous, c’est dommage, mais c’est le foot. Les équipes jouent sur leurs forces, nous c’est le foot, eux c’est de défendre et de mener des contres avec Mbappé qui est très rapide. C’est dommage.» C’est injuste aussi. L’art et la manière sont toujours difficile à réunir, mais résumer la France de Deschamps à ce seul tropisme défensif est réducteur.

Le feu dans les pieds

On ne va pas dire que la prestation des Bleus a été flamboyante. Non, après le premier déboulé de Mbappé dans les premières secondes, tout s’est éteint: le calcul a pris le dessus et c’est tout le paradoxe tricolore qui déchire la planète foot. Voilà une équipe de France qui a le feu dans les pieds, avec Mbappé donc, mais aussi Griezmann, Dembélé ou Fékir, mais qui s’organise pour le contenir, presque pour interdire l’embrasement ou alors en ne le circonscrivant qu’à certaines situations clairement identifiées. La patte de Deschamps est là: dans ce calcul qui peut frustrer, mais dont le résultat donne immuablement raison au sélectionneur.

Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire et «DD» s’accommodera avec son petit sourire des critiques. Le souci de l’esthétisme n’a jamais été une priorité pour lui, déjà quand il était joueur il laissait ça à ses illustres coéquipiers, Zidane en tête. En revanche, avec l’efficacité pour étendard, il rallie tout le monde à ses principes. On aurait aimé que Deschamps ose s’appuyer vraiment sur le formidable potentiel de ses attaquants. Il a osé le pari inverse: les convaincre de sacrifier leurs envies de liberté sur l’autel du schéma ciselé. Puisque le talent est présent, il saura bien s’exprimer tôt ou tard, inutile de prendre des risques en amont.

Pierre angulaire de la rigueur

«DD» n’a pas la mémoire courte. Il a été la pierre angulaire de la rigueur de cette France de Jacquet, en 1998, championne du monde. Déjà à l’époque, un seul attaquant: Guivarc’h, qui ne marque pas, comme Giroud aujourd’hui. Deux martyrs placés plus pour faire obstacle que pour faire miracle. Le reste est à l’avenant, tout est minutieusement calculé, travaillé, validé. Et quand il y a un grain de sable, un Hazard inspiré mais si seul qui fait le dépit de Pavard, alors Deschamps corrige aussitôt pour que Pogba vienne en soutien, ou pour que Mbappé pense davantage au pas de retrait qu’à la fuite en avant.

Non, ce n’est pas forcément très beau à voir. Ou alors c’est beau dans la précision du mécanisme. Et puis, «et puis il y a Frida, qui est belle comme un soleil», chantait Brel. La Frida de cette France, c’est son bonheur de jouer, quand elle peut contrer et se projeter, quand la bride est lâchée. Alors cela va vite, très vite. C’est enfin beau, très beau. Tellement qu’on aimerait voir ça plus souvent. D’où la frustration. Mais Didier Deschamps sourit: il est en finale. Et il va tout prévoir, avec la plus grande minutie, encore une fois. Avec sa réussite légendaire, et son professionnalisme. Pas assez joueuse, trop défensive, sa France? Si elle soulève le trophée dimanche, cela n’aura aucune espèce d’importance. Et ça aussi Didier Deschamps l’a prévu.

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