Les soldats «inconnus» russes se sont fait un nom

Huitième de finaleLa Russie a éliminé l’Espagne aux penalties, dans un match qui a valu plus pour son incertitude que par le jeu.

Décriés avant ce Mondial, les Russes ont réussi l’impossible exploit en éliminant l’Espagne.

Décriés avant ce Mondial, les Russes ont réussi l’impossible exploit en éliminant l’Espagne. Image: AP

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Ils avaient promis de mourir sur le terrain. De tenir jusqu’à la dernière once de forces. De puiser dans ce quelque chose d’inexplicable que les héros se découvrent au plus fort des affrontements. La bande à Cherchesov a tenu parole, parfois au garde à vous, fier étendard d’une nation qui jusqu’au Mondial l’avait snobée au profit de Messi et de Ronaldo. Dimanche, les stars internationales sont retournées à la maison. Les soldats «inconnus», eux, se sont offert des noms pour l’histoire, quoi qu’il arrive ces prochains jours.

Ils avaient promis de mourir sur le terrain, ils en sortent plus vivants que jamais. Sur le champ de bataille du stade Loujniki à Moscou, la dépouille se nomme Espagne, vaincue 4 à 3 aux tirs au but dans une ambiance indescriptible. Après 120 minutes de jeu, le score était de 1 à 1. Par contre, en matière de courage et de détermination, décuplés par les hurlements de 78 011 personnes proches de la crise cardiaque, il avait déjà basculé du côté de la sélection russe.

Après l’Allemagne, le Portugal et l’Argentine, c’est un autre ténor du football mondial qui retourne à la maison, sans vraiment comprendre ce qui lui arrive. En effet, la sélection de Fernando Hierro avait tout pour assurer une prolongation de carrière internationale à Andres Iniesta. Mais la «Roja» n’a pas osé. Elle a joué petite main. Un manque d’audace qui a causé sa perte.

Si ce huitième de finale a valu pour son suspense final, il faut aussi admettre qu’il a été d’une pauvreté incroyable. Avec d’un côté une Espagne qui a confisqué le ballon – plus de 1000 passes! – et de l’autre une Russie qui avait un plan: courir, défendre et, si l’occasion se présentait, contrer. Du haut de la tribune, le dessin tactique était aussi monotone que les passages de droite à gauche, puis de gauche à droite de Busquets et ses potes. Et si l’on voulait prendre une image, on pourrait le présenter comme une glace à la vanille conique – les Russes jouaient en blanc –, nappée d’un coulis de fraises trop sucré. Rarement, les deux ingrédients se sont mélangés pour donner de la saveur à cette confrontation. Lorsque l’Espagne a pris l’avantage par un but contre son camp de Serguey Ignashevich, pressé par Sergio Ramos à la 12e minute, l’assistance a pensé à tort que le spectacle serait au rendez-vous. Mais l’égalisation sur penalty – main de Piqué – d’Artem Dzyuba à la 42e a ramené tout le monde au point de départ.

Finalement, c’est à la loterie des tirs au but que la qualification s’est jouée. Après le match, Fernando Hierro, déçu, affirmera que «c’est le football». Son homologue russe utilisera exactement les mêmes termes. Sauf que Stanislav Cherchesov, l’œil malicieux du gars qui a réussi son coup, s’était préparé à jouer à la roulette. La Russie n’était pas favorite. Mais son plan incluait un tel épilogue. Il ne l’avait d’ailleurs pas caché dans les heures précédant la rencontre. Le magicien savait que son équipe ne verrait pas le ballon, comme beaucoup lorsque l’Espagne est en face. Mais il était aussi persuadé qu’avec de la patience et un groupe qui adhère à ses idées, l’impossible était réalisable.

Un vrai destin

Dimanche, à Moscou, la sélection russe s’est offert un vrai destin. Ses supporters ont, eux, obtenu le droit d’envahir le centre-ville à leur manière, sans devoir imiter Brésiliens ou Argentins. En matinée, sur le chemin du stade olympique, la vodka arrosait déjà les soupes géorgiennes plus ou moins épicées, histoire de marquer un jour particulier. En soirée, elle a continué à couler pour bénir ce moment d’histoire sportive. Et ce n’est peut-être pas fini. Car, comme le relevaient les médias en amont de l’exploit, la Sbornaja n’a jamais perdu en juillet dans un tournoi international. Chaque détail compte, lorsque l’on bâtit un mythe.

Créé: 01.07.2018, 22h29

Espagne - Russie 1-2 ap (1-1, 1-1)

Moscou (stade Loujniki), 78 011 spectateurs.
Arbitre: M. Kuipers (NED).
Buts: 11e Ignashevich (c.s.c.) 1-0, 41e Dzyuba (penalty) 1-1.
Tirs au but:
Iniesta (1-0), Smolov (1-1), Piqué (2-1), Ignashevich (2-2), Koke (manqué, 2-2), Golovin (2-3), Ramos (3-3), Cheryshev (3-4), Aspas (manqué, 3-4).

Espagne: De Gea; Nacho Fernández (70e Carvajal), Piqué, S. Ramos, Alba; Marco Asensio (104e Rodrigo), Koke, Busquets, Isco, D. Silva (67e Iniesta), Costa (80e Aspas).

Russie: Akinfeev; Mario Fernandes, Kutepov, Ignashevich, Koudriachov, Zhirkov (46e Granat), Samedov (61e Cheryshev); Kuzyaev (97e Erokhin), Zobnin; Golovin, Dzyuba (65e Smolov).
Avertissements: 40e Piqué,54e Kutepov, 71e Zobnin.

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