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L’invitéeLe Covid-19 met à nu notre système de sécurité sociale

Latha Heiniger se penche sur l’aide à apporter aux membres les plus vulnérables de notre société.

La Confédération débloque 40 milliards pour l’économie et la Chaîne du Bonheur récole 28 millions de dons privés pour les familles précarisées. La juxtaposition de ces chiffres interpelle et met en exergue une des fragilités de notre système social.

N’oublions pas que la tâche d’aider les plus démunis est l’une de celles que nous confions à l’État par le biais du système de sécurité sociale. Je m’attendais donc à ce que les mesures prises par nos autorités dans le contexte du Covid-19 couvrent l’ensemble des besoins, allant de l’entreprise à la personne la plus désemparée, y compris celle reléguée en zone grise de notre système social. Par exemple, les personnes, au bénéficie de permis de séjour ou non, qui vivotent grâce à des emplois précaires ne peuvent pas toujours bénéficier de l’aide sociale. Les organisations caritatives tirent la sonnette d’alarme.

«Il faut nous préparer à ne laisser personne sur le bas-côté»

Le décalage entre les chiffres précités crée un sentiment d’injustice. Toutefois, à y regarder de plus près, il serait erroné de comparer de manière brute ces deux montants sans comprendre les mécanismes sur lesquels repose notre système de solidarité et de sécurité sociale. Nous devons l’existence de ce système à la générosité. Y faire recours en temps de crise semble donc tout naturel.

Nos premières institutions sociales (Paternelle, colonies de vacances, services sociaux organisés par l’État, etc.) sont nées de ce mouvement. Puis le système social évolue vers une reprise par les pouvoirs publics pour tendre à en garantir l’universalité. La solidarité par le don, quant à elle, se déplace au sein de niches de problématiques sociales non couvertes par l’État ou lors de catastrophes naturelles ou humaines.

S’ajoute à cela le principe du don et du contre-don (Marcel Mauss): le besoin pour chaque individu de redonner un peu de ce qu’il a reçu afin de créer son appartenance à la société. Ainsi, donner 50 francs à la Chaîne du Bonheur pour les familles précarisées dans le contexte du Covid-19 est ressenti comme un acte de solidarité plus concret que 40 milliards, dont une partie provient certes de nos impôts, mais dont la gestion nous échappe totalement.

Ne pas oublier les plus vulnérables

Si les ressources de notre État permettent de sortir, du jour au lendemain, des milliards pour éviter la faillite de notre système, comment peut-il oublier d’y intégrer les plus vulnérables? Un grand nombre de personnes qui surnagent en temps normaux mais boivent la tasse en situation de crise sont heureusement sauvées, non pas par notre système de sécurité sociale, mais grâce à la générosité des dons privés.

Nous voici au cœur de la faille de notre système, mis en exergue par le Covid-19, et dont il nous faut prendre toute la mesure, ainsi que celle du chemin qu’il nous reste encore à parcourir. Il semble que les crises sanitaires, mais aussi climatiques vont ébranler nos modes de vie et de penser. Il faut donc nous préparer à ne laisser personne sur le bas-côté.