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Inquiétudes pour les places d’apprentissage«Covid ou pas, c’est notre devoir de former la relève»

L’État de Vaud a pris des mesures pour soutenir les patrons d’entreprises formant des apprentis, et compte prolonger le délai pour en embaucher. Face à la crise économique, il s’agit de garder le cap. Témoignages.

Le 25 mai dernier, les conseillers d’État Philippe Leuba et Cesla Amarelle ont présenté, avec Georges Zünd, directeur de la FVE, les mesures de soutien aux entreprises formatrices.
Le 25 mai dernier, les conseillers d’État Philippe Leuba et Cesla Amarelle ont présenté, avec Georges Zünd, directeur de la FVE, les mesures de soutien aux entreprises formatrices.
ARC Jean-Bernard Sieber

La crise économique fait-elle peser un péril immédiat sur les places d’apprentissages? La question préoccupe les autorités fédérales et cantonales. À Berne, le ministre Guy Parmelin a annoncé fin mai que les entreprises bénéficiant du chômage partiel auraient cette année le droit d’engager des apprentis. Quelques jours plus tôt, le Conseil d’État vaudois y est allé de son incitation à embaucher. Seize millions de francs, tirés du fonds de lutte contre le chômage, serviront à payer la moitié du salaire des apprentis de 1re année, dès la rentrée d’août. En outre, ceux de 2e et 3e années qui auront subi un licenciement économique pourront retrouver plus facilement de l’embauche, car le Canton prendra aussi à charge la moitié de leur salaire.

Pour de nombreux patrons – ceux que 24 heures a rencontrés en témoignent –, ce coup de pouce est appréciable, mais pas décisif dans le choix d’embaucher des apprentis malgré les incertitudes sur l’avenir. «L’élément le plus marquant de cette politique, c’est l’aide pour réengager les juniors dont l’entreprise est confrontée à la faillite», confirme Georges Zünd, le directeur de la Fédération vaudoise des entrepreneurs. «Car la moitié d’un salaire d’apprenti 1ère année, ce n’est de toute façon pas énorme. Mais ça reste bon à prendre. Les signaux sont positifs, on garde espoir.»

Chiffres rassurants

Il n’est d’ailleurs pas certain qu’un effondrement des engagements cet été soit à redouter. Cette semaine, la task-force «Perspectives Apprentissage 2020» mise sur pied par la Confédération a communiqué des chiffres consolidés. Ils sont plutôt rassurants.

Sur le plan national, le nombre de contrats d’apprentissage signés baisse de 4% seulement. Une moyenne que les cantons les plus touchés par le Covid-19, tels Vaud, Genève ou le Tessin, tirent naturellement vers le bas. Eux enregistrent une diminution de l’ordre de 25% par rapport au mois de mai 2019. Mais il pourrait ne s’agir que d’un simple retard.

«La bourse des places d’apprentissage ne montre pas de baisse par rapport à la même date l’année passée: 1500 places sont disponibles.»

Lionel Éperon, directeur général de l’enseignement post-obligatoire.

«C’est ce qu’on espère, commente Lionel Éperon, chef de la Direction générale de l’enseignement post-obligatoire. Les écoles ont fermé pendant deux mois, il n’y a pas eu de stages en entreprise, moins de contacts, de démarchage. Mais la bourse des places d’apprentissage que tient l’État ne montre pas de baisse par rapport à la même date l’année passée: 1500 places sont disponibles. L’offre reste donc stable. C’est sur la demande qu’il y a des doutes.»

Embaucher jusqu’à mi-novembre

Pour prendre acte de ce calendrier chamboulé, l’État compte cette année étendre jusqu’au 15 novembre la possibilité de signer un contrat d’apprentissage, annonce Lionel Éperon. Le délai officiel est d’ordinaire fixé à fin septembre, avec dans les faits des dérogations possibles jusqu’à mi-octobre. Ce qui pose un autre problème: le retard pris sur les cours. Lionel Éperon: «Chaque jeune qui a un projet professionnel attesté par un orientateur professionnel mais qui n’a pas de contrat pourra tout de même suivre les cours jusqu’en novembre, et bénéficiera d’une mesure de coaching pour l’aider à trouver une place d’apprentissage

Ces deux mesures ne tombent pas du ciel; elles sont recommandées par la Conférence suisse des offices de la formation professionnelle (CSFP). Le Conseil d’État devrait encore en prendre d’autres, qui ne peuvent pas encore être communiquées.

Bon nombre d’entreprises formatrices, elles, rêvent d’un soutien plus pérenne des collectivités publiques. Par exemple, en donnant à leur statut plus de poids lorsqu’elles soumissionnent à un marché public.