Au 20ème Siècle, à Morges, le temps s’arrête

L'Esprit des lieuxUn esprit convivial flotte entre les murs de ce bistrot familial.

Le tenancier Nicolas Sautebin (au centre) est à la fois derrière le comptoir mais aussi aux fourneaux, où il prépare des plats typiquement vaudois, de la terrine maison à la saucisse aux choux, sans oublier les mets traditionnels de brasserie.

Le tenancier Nicolas Sautebin (au centre) est à la fois derrière le comptoir mais aussi aux fourneaux, où il prépare des plats typiquement vaudois, de la terrine maison à la saucisse aux choux, sans oublier les mets traditionnels de brasserie. Image: Vanessa Cardoso

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Ici, le temps s’est arrêté». Ces quelques mots inscrits sur une pancarte à l’entrée reflètent d’emblée l’atmosphère qui enveloppe la Pinte Au 20ème Siècle, à Morges. «C’est l’élément le plus important du bistrot, affirme Nicolas Sautebin, tenancier des lieux depuis près de dix ans. On ne sait pas de quoi demain sera fait, donc on vient ici pour avoir le temps.»

Entre les murs du restaurant familial, c’est un esprit convivial qui est conservé depuis 1850. Les clients se connaissent, échangent brièvement deux mots ou prennent le temps de s’asseoir autour d’une bouteille de chasselas pour refaire le monde. Dans ce lieu meublé simplement, il est difficile de détacher son regard des murs où se côtoient d’innombrables tableaux, citations humoristiques, portraits de célébrités et anciennes photos de la ville. «Chaque image a son histoire, explique Nicolas Sautebin. Il y a notamment des tableaux de Paul-André Perret (alias André Paul), décédé récemment, qui était un type merveilleux et qui avait réussi à saisir l’esprit du lieu.»

Au 20ème Siècle, nul besoin de se fixer un rendez-vous; on est assuré de voir au moins une tête connue. À commencer par Nicolas Sautebin lui-même, qui avec son humeur joviale, sa cuisine soignée et ses connaissances quasi encyclopédiques de la culture vaudoise, est parvenu à pérenniser l’esprit authentique de sa pinte. «Ah tiens, voilà l’autre pénible!» lance-t-il en rigolant, tandis que Charles Henri Golaz franchit la porte d’entrée. «C’est une véritable institution, affirme ce dernier. Et on s’y trouve avec un tenancier érudit de première!»

C’est également l’un des rares endroits de Morges où l’on peut encore découvrir des saveurs typiquement vaudoises. À la cuisine située à l’étage, c’est le tenancier qui est aux fourneaux et réalise la tête marbrée ou la terrine maison. «Ce sont des plats que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, soulève un client amateur de langue de bœuf aux câpres. C’est dommage que cela disparaisse.»

La saucisse aux choux est bien évidemment mise à l’honneur, au même titre que la fondue ou les mets traditionnels de brasserie, descendus par les serveuses le long de l’étroit escalier qui relie la cuisine au restaurant.

L’authentique bistrot a aussi été le théâtre de moments mémorables. «Lors d’une soirée, nous avons reconnu Michel Bühler qui était installé pas loin avec José Barrensé-Dias, se rappelle Charles Henri Golaz. Nous avons alors chanté ensemble des chansons de Jean Villard. Ce genre de moments ne s’improvisent pas.» Michel Bühler dira d’ailleurs du 20ème Siècle qu’on s’y sent «comme dans une chanson de Gilles».

Un autre habitué, anciennement ouvrier à Bière, se souvient d’une anecdote survenue au début des années 1950. Lors d’un hiver particulièrement rigoureux, le BAM avait été mis hors d’usage à cause d’importantes chutes de neige. Bloqués par les mètres de poudre qui avaient recouvert Morges, les clients du bistrot n’avaient pas eu d’autre choix que d’y crécher, avant l’arrivée de l’armée qui avait été mobilisée pour déblayer la ville.

En quelques heures seulement, c’est tout un pan de l’histoire morgienne qui défile entre les murs de l’institution. Avec l’arrivée notamment de Jacqueline Burnand, célèbre comédienne de la seconde moitié du siècle passé et épouse du journaliste Pierre Pittet, alias Pijac. C’est pourquoi l’on pourrait craindre que ce lieu emblématique mette un point final à son histoire. Et pourtant, si la fin du bail est prévue pour le 30 juin prochain, le propriétaire du lieu ne semble pas prêt à abandonner l’idée d’une pinte vaudoise et n’accordera à Nicolas Sautebin l’autorisation de partir que lorsqu’il sera parvenu à se dénicher un successeur. «Il faudra quelqu’un qui ait le coffre pour travailler seize heures par jour, connaisse bien la culture de notre canton et surtout aime les gens, affirme le septuagénaire en souriant. Tenir un bistrot, c’est entrer en religion.» (24 heures)

Créé: 05.01.2019, 10h17

Pinte Au 20ème Siècle,
passage de la Couronne 5, Morges.
Tél. 021 801 27 00.

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