Andrea Camilleri cuisinera les abrutis depuis l’au-delà

LittératureLe patron du commissaire Montalbano fait la sieste pour l’éternité depuis hier. Hommage.

Andrea Camilleri, chef de file du polar transalpin contemporain, au réalisme ancré dans un esprit régional.

Andrea Camilleri, chef de file du polar transalpin contemporain, au réalisme ancré dans un esprit régional. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dans sa dernière livraison, «La pyramide de boue», Andrea Camilleri s’emballait pour les macaronis «’ncasciata» de sa bonne Angelina, à base de caciocavallo, pecorino, aubergines, viande hachée et œuf dur. L’écrivain, qui s’est éteint à 93 ans mercredi à Rome, savait tenir au corps avec des polars cuisinés. En apparence, si Andrea Camilleri avait baptisé son commissaire Salvo Montalbano en hommage à son confrère espagnol Manuel Vázquez Montalbán, cette force de la nature creusait une veine plus gaillarde et fantaisiste. Déjà par l’usage d’un patois arc-bouté entre l’italien officiel, le dialecte de sa ville natale de Porto Empedocle et l’italien «sicilianisé».

«Comme le disait Pirandello, déclarait-il, la langue italienne exprime le concept, tandis que le dialecte, c’est le sentiment.» De quoi torturer Serge Quadruppani dans ses traductions. De toute façon, les aficionados du flic épicurien finissaient toujours par s’y perdre, les enquêtes de Montalbano étant gérées par plusieurs éditeurs français. L’intéressé s’excusait de ces zigzags chronologiques dans une préface. Lui qui dictait ses textes trois heures par jour avouait se lasser. «Quand je n’en peux plus de Montalbano, je donne un vieux manuscrit à mon éditeur. Après tout, Sherlock Holmes aussi a dû récupérer. Mais là, le commissaire est vraiment au bout du rouleau.»

C’était en 2012, et beaucoup d’enquêtes suivraient. Car sous la nonchalance truculente, ce ténor du réalisme robuste n’aura cessé de dénoncer mafia, corruption, crise migratoire, fascisme etc. Vigata, où règne Montalbano, n’existe pas. Par contre, des façades des commerces à la statue du «Nené», le nom Vigata figure partout dans Porto Empedocle. À la réflexion, c’est mieux qu’une rue Andrea Camilleri posthume.

Créé: 17.07.2019, 16h00

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...