Boris Vian grave toujours son sillon

ExpositionLa Fondation Michalski plonge dans les archives du prince de Saint-Germain-des-Prés. Paroles d’un fan et expert, «le mammifère omnivore» Philippe Meyer

Ingénieur du son aiguisé, entre autres talents, le militant Boris Vian entend partager ses admirations.Ici, en 1948, à 28 ans.

Ingénieur du son aiguisé, entre autres talents, le militant Boris Vian entend partager ses admirations.Ici, en 1948, à 28 ans. Image: MAX OTTONI/COLLECTION PATRICK VIAN/DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

A 70 ans, expert patenté de la variété française, «mammifère omnivore» autoproclamé, Philippe Meyer reste un garnement émerveillé par Boris Vian. «Son 33 cm trônait dans notre maison de vacances de l’Aveyron. Les parents râlaient car avec les cousins, nous ne passions que ça. Évidemment, «On n’est pas là pour se faire engueuler» (1955), ça nous bottait! Et puis, sa voix, rien d’un atout pourtant, me parlait.» Alors que la Fondation Michalski expose les archives, parfois inédites, du fonds Boris Vian, le chroniqueur propose une causerie musicale, «La prochaine fois je vous chanterai Boris Vian».

Comment Boris Vian, cosmopolite et multiple, s’intégrait-il à son époque?
Ni Brel, Ferré ou Brassens, Vian, c’est encore autre. Il ouvre une fenêtre d’air frais à une société qui ne voyage pas, donne la majorité à 21 ans. Et ça me casse les pieds de le voir réduit à une figure contestataire! De son vivant, son côté «à côté» est perçu comme pure fantaisie, ironie caustique, marginalité légère. Le lire au collège exposait à une bonne punition, pas au renvoi.

Chaque génération ne découvre-t-elle pas «son» Vian?
À cause de l’héritage immense d’un homme insaisissable par ses propres choix disparates, heureux ou pas d’ailleurs. Vers 1980 par exemple, un engouement pour son œuvre littéraire se marque en milieu scolaire. Les profs d’ailleurs, en voulant le mettre au programme, lui rendent un mauvais service de «l’institutionnaliser». De nos jours, son rôle dans la diffusion d’autres musiciens, la politique des maisons de disques, commence à être mis en lumière. Pas que pour le jazz, il y aussi le rock’n’roll.

Qui serait «le vrai Boris Vian», titre d’une expo jadis à Genève?
«Les vrais Boris» m’aurait semblé meilleur! Pour ses facettes, jusqu’au Boris repoussoir, déprécié, fauché, que les pataphysiciens subventionnent. Ou l’écrivain Gallimard jamais né, que son éditeur déteste à l’image de Jean Paulhan dans un comité de lecture alors aussi intimidant que l’Académie française. Ou le Vian qui se trompe dans les règles de composition musicale élémentaire, traîne sa longue figure livide, sa voix blanche. Anecdote, c’est alors qu’en coulisses rôde un type encore plus laid, Serge Gainsbourg qui dira: «J’ai essayé de le continuer, si je me suis lancé dans l’ordinaire de la chanson, c’est pour lui!» Par chance, au milieu de ces horreurs, il y a sa deuxième épouse.

Cette Zurichoise, Ursula Kübler, le foudroie, dit-il, «cheveux coupés au sécateur, manteau vert cacatoès, visage en triangle d’Euclide».
Ils se sont aimés comme dans les romans, elle si belle, une danseuse, lui tragique dans la mort précoce, à 39 ans. Elle l’aide à tenir le coup jusqu’au bout. Je me méfie de la psychologie de bazar mais je suis persuadé que le génie de Vian, cette manière de ne jamais s’attarder aux conformismes, vient justement de sa fragilité physique qui le pousse à tout essayer.

Une enfance dans le Paris bourgeois bohème n’a-t-elle pas joué aussi?
Ah non, Vian ne grandit pas avec de ces bobos qui s’excusent de gagner de l’argent en donnant dans l’art. Bien sûr, la famille Vian a le tragédien Jean Rostand pour voisin, puis le violoniste Menuhin, jouit de quartiers confortables jusqu’à la crise et la ruine de 1929. Mais plus que cet environnement, sa personnalité se fonde à mon avis sur sa faible santé.

Expliquerait-elle ses «curiosités à 360 degrés», comme vous dites?
L’urgence d’explorer, oui. Car lui doute, se heurte souvent à ses propres incohérences mais ne peut s’empêcher de foncer, même dans le mur. Rien ne le rebute.

Des vingt-sept pseudonymes de Boris Vian, lequel préférez-vous?
Aucun, je retiens son humour noir. Tiens, il meurt en 1959. On l’enterre à Ville-d’Avray d’Avray. Les Pompes Funèbres sont en grève. Il aurait rigolé. Ses potes sont obligés de porter son cercueil en terre.

Créé: 18.06.2018, 09h55

Articles en relation

Après les écrivains, la Fondation Jan Michalski accueille un festival

Montricher Bibliotopia est le nouveau salon littéraire à la campagne, dès vendredi. Plus...

Les Brizzi swinguent avec Boris Vian

Roman graphique Après avoir exploré Céline, les jumeaux surdoués s’entichent d’un galopin de Saint-Germain-des-Prés. De quoi passer «Un automne à Pékin» mais pas en Chine. Plus...

Une expo comme une écume de jours si riche

A Montricher, Nicole Bertolt, directrice du fonds Boris Vian, caresse un 78 tours: «Ce «Chloé», de Duke Ellington, Boris le passait en boucle, pas une raie. Il aiguisait lui-même l’aiguille du pick-up.» Elle veille désormais sur l’appartement parisien, derrière le Moulin Rouge, où l’artiste vit de 1953 à 1959, couvé par Ursula. «À sa mort, «l’Urs» a eu le talent de ne pas se prendre pour Boris Vian.» Rue des Ravissantes, Brel, Truffaut, Brassens et autres visiteurs, se pressent, relayés désormais par des Bifgo et Oli, Disiz La Peste, etc. «Le lieu, loin du mausolée, garde l’âme joyeuse. Je travaille sur sa table, je bois mon café dans sa tasse. Nous fonctionnons sur les droits d’auteur, «la promo Vian» comme disait Ursula, son grand amour. Leur lien, si fort, demeurait. Quand elle s’écorchait le pouce sur un mur, elle râlait: «Boris, tu as laissé un clou!» Plus de 10 000 documents ont émergé, une fine écume en est exposée. De quoi donner envie de filer à Montmartre, Cité Véron «Nous y avons une harmonie rare, c’est vrai.» Voir le cas de la maison Gainsbourg, rue de Verneuil, qui se délabre. «Charlotte a espéré en vain des fonds publics. À New York désormais, elle a légué le lieu à ses enfants. À eux de s’en occuper un jour. C’était trop émotionnel pour elle». C. LE
www.borisvian.org

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.