Coigny s’affiche en classique du léché

PhotographieLe Musée historique de Lausanne revient sur le travail du photographe, enfant de la région qui a célébré les nus sur la palette de ses gris. Rencontre.

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Le cinéaste Billy Wilder l’a conduit chez David Hockney, par Sunset Boulevard, en lui indiquant les endroits où Marilyn Monroe lui avait fait des crises de nerfs. Sa série pour les chaises Vitra a conduit le photographe Christian Coigny à rencontrer des dizaines de stars. «Je me souviens d’un jour où j’en ai fait quatre à New York, je passais du maire de la ville à Lou Reed, qui est venu en limousine alors qu’il était à deux blocs…» Il évoque encore Lauren Bacall, Audrey Hepburn, mais si cet enfant de la région lausannoise revient s’afficher sur les cimaises d’une institution de la ville – plus de vingt ans après l’exposition de sa série Vitra à l’Elysée, – c’est pour présenter ses facettes plus personnelles.

Invité au Musée historique par son directeur, un Laurent Golay qui rêvait de cette lubie depuis longtemps, le photographe de 69 ans présente les recherches esthétiques qui l’ont occupé depuis une bonne vingtaine d’années. «Les codes commerciaux ne m’ont pas pesé. Au contraire, j’ai pu les influencer par ma touche personnelle. C’est rare, j’ai eu de la chance.» Il a tenu à ce qu’un petit espace rappelle ce volet de son activité, en déployant des images dont certains se souviendront, que ce soit pour Chopard ou le Béjart Ballet. Ses couvertures de magazines flirtaient avec le glamour ultra bright. «Je n’ai pas le grain de folie des années 1980 – si je l’avais, je le refuserais.»

Très à cheval sur l’alliance entre acte photographique et sélection ultérieure, Christian Coigny manifeste son intransigeance. «Une photo extraordinaire que je n’ai pas voulue, je la jette. C’est ma rigueur protestante: surtout ne pas se faire plaisir.» On peut en douter car, même si l’exposition elle-même ouvre sur son formalisme assez strict, décliné sur la palette de gris de celui qui n’a jamais travaillé autrement que sur pellicule argentique, elle déborde de sensualité maîtrisée. Le Vaudois revendique son «cocktail d’influences», citant ses maîtres – Irving Penn, Jeanloup Sieff, Guy Bourdin – avec Helmut Newton et Richard Avedon en complément.

Les femmes, dénudées avec exactitude jusque dans leurs contorsions, tiennent une place centrale chez cet épris de classicisme qui cherche toujours «l’image au-delà de la mode». Le nu a ses faveurs et le lui rend bien. Il serait même un hommage constant à sa mère. «Ma mère était une femme sublime et érotique. C’est le ferment des désirs. Je ne veux pas faire du Freud, mais c’est évident.» Son intérêt pour la sculpture (la pierre, le gris) le mène parfois à l’abstraction. Il aime aussi les lignes – «elles me rassurent, je suis tellement bordélique» – et salue Richard Serra, Piet Mondrian. La peinture le fascine et une séance de pose de sa mère chez le peintre Bosshard sur la Riviera obsède ses souvenirs. «Je devais avoir 4-5 ans. La serviette de bain de mon nu à Saint-Saphorin est un clin d’œil.»

Le photographe aurait pu faire le choix d’une carrière internationale, mais prisait trop le Léman pour le quitter lâchement. «J’ai parfois courtisé Paris comme une femme très belle à laquelle on finit par renoncer. La lutte entre photographes y est terrible. A Lausanne, je pouvais faire déplacer une locomotive par les CFF pour un projet personnel.» Le train de ses photos est de retour et c’est un voyage en première classe qui pourrait vous surprendre.

Lausanne, Musée historique Jusqu’au dimanche 28 juin Rens.: 021 315 41 01 www.lausanne.ch/mhl (24 heures)

Créé: 05.03.2015, 20h21

L'ouvrage

Christian Coigny
Christian Coigny (préface de Christophe Gallaz)
Ed. Ides et Calendes, 216 p.

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