Conchita Wurst, bien plus qu'un battement de (faux) cils

La rencontreDans son autobiographie, la diva barbue raconte son parcours avec simplicité et surtout sans revendications.

La diva barbue l'an dernier sur la scène du Crazy Horse.

La diva barbue l'an dernier sur la scène du Crazy Horse. Image: DR

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Paris, fin juin. Des classes d’étudiants venues de toute l’Europe visitent la capitale française avant de partir en vacances. Pas loin des Tuileries, l’une d’entre elles est agglutinée devant une très belle façade et les jeunes crient à l’unisson «Conchita! Conchita!» tout en essayant de voler une photo à travers la fenêtre grâce à leurs perches à selfies. Pas de doute, on est bien arrivés à proximité de l’Hôtel Regina, excellent choix pour celle qui a toujours rêvé d’être une queen.

Lovée dans un canapé de velours rouge, Conchita Wurst lisse sa perruque avant de tendre une main très fine (comme ses traits et sa silhouette d’ailleurs) parée de nombreuses bagues. Surprise, elle rit en répondant à un bonjour dans sa langue maternelle, l’allemand, avant de poursuivre dans un anglais très bien maîtrisé.

Chaleureuse, elle dévoile en permanence son sourire étincelant, parfaitement mis en valeur par son écrin de barbe, qui semble dessinée tellement elle est taillée avec précision. «Les hommes sont toujours si impressionnés alors qu’en fait c’est juste quelques coups de ciseaux réguliers. Je peins déjà l’entier de mon visage – un trait d’eye-liner parfait est bien plus difficile à réussir que la superposition de mes trois paires de faux cils – alors je ne vais quand même pas laisser ma barbe en friche!»

Très vite, on oublie qu’on a en face de soi un garçon travesti en fille, connu jusqu’en Australie. On se retrouve rapidement à parler maquillage et fringues comme avec une vieille copine, mais aussi à être impressionnée par la modestie et l’intelligence d’une personne très à l’aise avec elle-même. «Quand j’ai créé Conchita Wurst (ndlr: ce nom incroyable vient de l’expression «Das ist mir Wurst», qui signifie «Ça m’est égal», et de Conchita, qui, pour les amis de Tom, est le parfait prénom pour une bombe latino. Ils ignoraient que c’est aussi un qualificatif du sexe féminin!), j’ai fait comme tous les autres artistes de drag: je lui ai inventé un CV plein de détails.

C’était une Colombienne extravagante qui a grandi en Allemagne, mariée à un artiste burlesque parisien… Ces drag-queens ultra-excentriques, drôles et langues de vipère jusqu’à la caricature ont commencé à m’irriter. La fofolle latina, ce n’était tout simplement pas moi. J’ai gardé le look, mais je sais qui je suis quand je suis Conchita et qui je suis quand je suis Tom. Nous partageons le même cœur et les mêmes opinions. Nous sommes en fait la même personne.»

Deux personnages qui partagent aussi le même corps, mais, selon Conchita, Tom est quelqu’un de timide et d’ennuyeux qui adore se goinfrer de pizzas. Alors comment garder cette taille de guêpe? «Je crois que je ne vais pas te le dire, tout se passait si bien jusqu’à maintenant. Tu te disais même que nous pourrions être amies… Et là je t’avoue que je peux manger n’importe quoi sans prendre un gramme. Normalement, tu dois te mettre à me détester, non? (Elle tape des mains en éclatant de rire avant d’enchaîner.) Bon, alors, montre-moi ce que tu as acheté dans les boutiques parisiennes!»

Pas question, on est là pour parler de son livre. «Je n’ai pas assez d’ego pour avoir moi-même décidé d’écrire mon autobiographie, mais à force d’insister, cet éditeur autrichien a fini par me faire céder! Je suis heureuse de constater que de plus en plus de journalistes comprennent que ce n’est pas un récit tragique truffé de revendications. D’accord, grandir en Haute-Autriche quand on est homosexuel n’était pas tous les jours facile, mais bon, l’adolescence est aussi un calvaire en soi, non? La plupart des histoires des LGBT (ndlr: lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) se ressemblent et la mienne n’est de loin pas la plus affreuse…»

N’est-ce pas difficile de soudain se voir propulsée ambassadrice d’un mouvement? «Attention, je ne suis ni ambassadrice ni porte-parole de quoi que ce soit. La seule personne que je représente, c’est moi. Le problème, c’est que les gens projettent leurs attentes sur moi, alors que j’ai déjà bien assez de travail avec les miennes. Je suis incapable de regarder une de mes performances en disant que c’était bien. Pourtant la perfection existe, regarde Beyoncé!»

La diva barbue admire les chanteuses à voix, mais a-t-elle d’autres idoles? «Non, moi je suis comme une éponge: je m’intéresse à tout et à chacun avec un but très égoïste: acquérir leur savoir et l’utiliser pour moi. Tom profite donc de la célébrité de Conchita pour avoir accès à une foule de gens incroyables. Et Conchita peut utiliser Tom pour se balader incognito dans la rue. Pratique, non?» (24 heures)

Créé: 05.07.2015, 12h05

Biographie

1988 Thomas – Tom – Neuwirth voit le jour le 6 novembre à Gmunden (A). Il a un frère, Andreas. Ses parents sont hôteliers en Haute-Autriche.
2002 A 14 ans, Tom part suivre une école de mode à Graz.
2005 Découverte du milieu burlesque à Vienne. Il participe à une émission de télé-réalité, «Starmania», en 2006 puis entre l’année suivante dans le boys band Jetzt Anders! Sa voix de contre ténor lui ouvre la porte des cabarets.
2011 Première apparition publique de Conchita Wurst.
2014 Le 10 mai, elle remporte le concours de l’Eurovision avec «Rise Like a Phoenix.» Dans la foulée, elle défile pour Jean Paul Gaultier, chante au Parlement européen le 8 octobre au nom de la tolérance et du respect des différences sexuelles. En novembre, elle succède à Dita Von Teese ou Noémie Lenoir en guest star sur la scène du Crazy Horse à Paris.
2015 Juste avant d’animer le concours de l’Eurovision à Vienne, la belle barbue sort son autobiographie «Moi, Conchita, Rien ne nous arrêtera» (Ed. Archipel) suivi de son tout premier album, «Conchita».

Etats d’âme

Ce que j’aime: «Ma vie! L’humain a tendance à s’inquiéter quand tout est trop beau. Mais si ma bulle éclate, ce ne serait pas si grave. Mes parents, mes amis et moi sommes tous vivants et en bonne santé, alors qu’est-ce qui pourrait bien arriver? Rien!»

Ce que je n’aime pas: «Le manque de ponctualité et donc de respect.»

La dernière chose qui m’a émue: «L’une des facettes merveilleuses de ce métier est le voyage. Récemment, j’ai vu le dôme de Milan pour la première fois et j’ai été totalement émerveillée. D’abord, c’est simplement magnifique, mais ensuite je ne peux m’empêcher de penser aux hommes qui l’on construit, avec les moyens de l’époque. C’est si impressionnant!»

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