Dave, l'éternel retour de l’idole des jeunes

RencontrePour un peu, la lecture de «Ma chienne de vie», biographie canine, autoriserait à donner au chanteur une petite tape flatteuse entre les oreilles. Explications

Image: DR

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Dans le quartier des Armées, 7e arrondissement au strict garde-à-vous architectural à Paris, Dave et son compagnon, Patrick Loiseau, ressemblent à des soldats en permission. A leurs pieds entremêlés, Chance, leur bâtard, remue la queue. Son poil feutré, ses yeux cajou presque aveugles et sa bouille usée de philosophe évoquent «Stray Dog», le surnom donné aux soldats japonais, vaincus et orphelins, dans le vieux classique du cinéaste Akira Kurosawa. Sauf que Dave et Patrick ont réservé un happy end à leur chienne. Ils lui donnent la parole dans une biographie où jappe la brutalité des hommes. L’éternelle idole de la variété gronde.

Pourquoi prendre la voix d’un chien?

Oh, n’y voyez pas de pudeur! Au milieu de la nuit, Sylvie (ndlr: Vartan) en pleine insomnie a soufflé l’idée à Patrick, mon compagnon depuis 45 ans. Là-dessus, la fée (ndlr: Dany Saval, Mme Michel Drucker) nous a raconté l’affreux passé de Chance, notre chienne. Le reste, c’est l’imagination qui brode.

Ma chienne de vie raconte les bêtes qui servent d’appât aux requins. C’est du Zola ou la réalité?

Plutôt du Dickens! Malheureusement, c’est la vérité. J’ai raconté cette horreur à Stéphane (ndlr: Bern) dans une émission télé, j’ai eu des tweets de menaces! Tous les pêcheurs de La Réunion ne pratiquent pas cette monstruosité. Mais il y a trop de chiens et de chats errants sur l’île et cela perdure. De quoi sont capables les hommes! Franz-Olivier Giesbert m’a ouvert les yeux avec son livre, L’animal est une personne, pour nos frères et sœurs les bêtes, toute cette tristesse, cette résignation.

Ne craignez-vous pas de choquer en confondant humains et animaux?

C’est sûr que parfois, je sors des trucs douteux, et je regrette ensuite. Mais là, ce reproche vient souvent de gens qui n’agissent ni pour les humains ni pour les animaux. Et cette… ignorance. Je vois la mode de la fourrure revenir chez les jeunes, avec leurs cols de parkas. En parler, ce n’est pas du chantage émotionnel.

Au point de parler de Chance comme de votre enfant?

Ça nous arrive de l’appeler «bébé». En fait, la réponse est pire. Il y a un problème d’identification totale, d’où ce livre d’ailleurs. Mes parents plaignaient souvent les couples sans enfants. Désormais, il arrive aux homosexuels de ma génération de subir cette pitié. Bon… un animal ne remplace pas un enfant, il comble un vide affectif. Comme les mémères à chien jadis. La grande différence, c’est que l’animal meurt avant ses parents. Nous en sommes au cinquième chien et le chagrin ne passe jamais.

Quel est le secret de votre vieux couple, si rare dans le showbiz?

A l’école primaire, dans ma classe, un enfant sur quatre ou cinq avait des parents divorcés. Désormais, c’est plus d’un tiers. Jean d’Ormesson me rappelait que jadis, les couples mouraient après une quinzaine d’années. Mais comme les gens vivent plus longtemps de nos jours, ils divorcent. Quant à Patrick, j’y vois l’analogie avec la scène: donner pour recevoir. Et surprendre, ne pas se contenter de chanter Du côté de chez Swann. Oh, je pourrais ouvrir une agence matrimoniale avec mes conseils.

C’est-à-dire?

Casser les automatismes, ne pas tirer la gueule le matin, voyager. Nous passons l’hiver en Californie mais avec la maladie de Chance, l’avion est désormais interdit. Elle est traitée par un professeur international, chercheur reconnu parmi les plus grands savants. Nous avons aussi vu un chirurgien à Monsouris, qui opère les hommes et qui a une petite salle pour les animaux. J’ai même vu un médecin japonais qui demande 40 000 euros par traitement. Le prix d’une voiture, je sais. Et ça peut choquer, je m’en rends compte. Mais ces gays qui vont adopter à l’étranger, ça coûte 100 000 euros!

Vous parlez cash tout en gérant votre homosexualité avec élégance.

Les discours revanchards, ce n’est pas le genre de la maison. Je n’ai pas honte de dire ce que je pense. Les gens du Nord, globalement, parlent plus librement que les Latins. C’est pour cela que Descartes m’attriste quand il dit que les hurlements des animaux ne sont que des réflexes mécaniques.

Ne résumez-vous pas un peu vite?

Sans doute. Tiens, je me souviens qu’à Amsterdam, dans ma rue, il y avait une statue que, longtemps, j’ai prise pour une dame. Sur le socle était marqué «Cogito ergo sum». C’était notre penseur, je citais ce type sans savoir que c’était Descartes! Comme dans Le matin des magiciens, quand Louis Pauwels et Jacques Bergier décrivent ces rats qui grignotent la Bible sans avoir aucune idée de ce qu’ils mangent! Cela m’apprend l’indulgence. Comme quand je suis arrivé en France, dans les années 60, sur un rafiot, je faisais la manche pour remplir le réservoir et acheter des pommes de terre. Et je hurlais quand j’entendais chanter faux à la radio. Puis j’ai appris qu’une erreur est si vite arrivée.

N’avez-vous pas créé le statut du «has been de vieille noblesse»?

Tout s’oublie si vite. Après avoir été «out», les journalistes me demandaient parfois comment j’expliquais ma longévité. Comme si je n’avais jamais disparu, moi qui ne passais plus que dans les émissions Que sont-ils devenus? Ces vaches maigres, je ne les ai jamais cachées, je trouve même ça très biblique. Quand ça ne marchait pas, et c’est long, croyez-moi, j’ai eu le temps d’analyser. Mon insuccès vient d’abord des changements générationnels. J’ai une amie qui était folle de Patrick Bruel. Du jour au lendemain, elle a pris Freddie Mercury pour idole. Elle rêvait que son père devienne gay! Mignon, hein? Puis, la voix peut lasser. Heureusement, il y a aussi ces éternels revirements, voyez le kitsch qui redevient tendance. C’est in, c’est out. Moi, je me considère comme un vieux beatnik, j’adore depuis toujours Sur la route, de Jack Kerouac.

Avez-vous peur de la mort?

J’ai perdu tant d’amis depuis l’arrivée du sida. Je me sens un peu comme ces militaires qui rentrent après avoir perdu la guerre. Donc peur de la mort, non. (24 heures)

Créé: 20.02.2016, 16h20

Biographie

1944 Wouter Otto Levenbach naît à Amsterdam; son père, prof d’anglais, l’initie à la guitare, sa mère est danseuse classique.

1965 Part en barque sur les canaux jusqu’à Marseille, avec 1000 florins en poche.

1968 Eddie Barclay le prend sous son aile à Saint-Tropez; 3e à l’Eurovision en 1969.

1974 Le 45 tours Vanina , écrit par son compagnon, Patrick Loiseau, tire à 1 million d’exemplaires. Suivent une série de tubes, Du côté de chez Swan, Dansez maintenant, Lettre à Elise, Est-ce par hasard, etc.

1980 «Traversée d’un très joli désert».

1994 Une compilation le relance. Affiche son couple avec Patrick Loiseau.

1996 Pub fromagère «Dave aime les dames».

2001 Commente l’Eurovision, première collaboration avec la télé. Ainsi de Domino Day avec Denis Brogniart et Flavie Flament où son autodérision fait mouche.

2003 Soit dit en passant… mes années paillettes, bio «trash» où il ne cache rien des coulisses du show-biz, de ses triomphes populaires ou de sa pénurie de fans.

2010 Concert à l’Olympia; juré dans La France a un incroyable talent jusqu’en 2014.

2014 Du côté de chez Dave sur France 3; tournée Rendez-vous avec les stars.

2016 En concert le 30 avril au Théâtre du Léman, à Genève; publie Ma chienne de vie, avec Patrick Loiseau, chez Robert Laffont.

Au vif du sujet

J’aime… «L’odeur du goudron et des moteurs, car c’est le voyage. Quand j’étais petit, à Amsterdam, j’allais au port et les bateaux sentaient ce goudron. Dans ma tête, j’ai toujours identifié ce parfum à l’ailleurs, à la ligne d’horizon. D’ailleurs, j’ai une très forte mémoire olfactive. Manger une pêche ou une prune me propulse tout de suite dans les années 50. Je revois mes grands-parents, leur pauvre minuscule jardin de banlieue, et moi dans le tableau, un gamin de 5 ans. C’est quand même des souvenirs! Ah, et puis ces bouquets de jacinthes…»

Je n’aime pas… «Ces gens qui vous voyant de retour de vacances, prennent un malin plaisir à vous faire remarquer que vous n’avez pas bronzé. Quelle bêtise! Ça relève presque de la méchanceté ordinaire.»

J’aime… «Faire du pain au romarin quand je suis dans ma maison dans le Vaucluse. Ces arômes de thym, de lavande, tout Marcel Pagnol, quoi! Ils symbolisent les paradis imaginaires. Manger, faire l’amour, ça vous invente un nirvana dans la tête.»

Je n’aime pas… «Passer pour un animateur télé reconverti, je suis un chanteur et rien d’autre.»

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