De la mort d’un sexe à la mort tout court

PhotographieOlivier G. Fatton, auteur d’un livre sur sa défunte amie Coco, expose une série à La Chambre Noire, à Lausanne.

La transsexuelle Coco dans la série «Les démons», vingt imitations de patients psychiatriques.

La transsexuelle Coco dans la série «Les démons», vingt imitations de patients psychiatriques. Image: OLIVIER G. FATTON

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En 1991, la mouvance LGBT est à peine balbutiante, mais, en Suisse, un documentaire frappe les esprits en révélant le destin d’Eve-Claudine Lorétan. Dans son film pour la télévision, «Traum Frau Coco», Paul Riniker y retraçait le changement de sexe récent de celui qui était né Marc-Patric Lorétan en 1969, à Thoune. La première figure médiatique transgenre du pays était née…

«Un ami m’en avait parlé, je l’ai contactée. Elle a facilement été convaincue», se souvient le réalisateur. «Sans être militante, je crois qu’elle pensait que cela pourrait aider à éclairer des situations mal connues. Elle a eu un droit de regard sur le montage et le film a été accueilli avec beaucoup de bienveillance par le public.»

Célébrité rapide

«Ce documentaire a fait beaucoup de bruit», se souvient Olivier Georges Fatton. «Il a rendu Coco connue un peu partout en Suisse.» Le photographe, alors son compagnon, n’a pas eu la même perception sur cette accession à la lumière qui a rendu son amie célèbre dans le pays du jour au lendemain. L’acceptation des transidentitaires n’allait déjà pas de soi et le phénomène suscitait parfois l’indignation.

«Après son opération, nous étions partis à la campagne pour sa convalescence. On a dû partir de l’hôtel, les gens la repoussaient.» De son regard épris, il reste les photographies, nombreuses, contrastées, d’une Coco aussi bien intime qu’adepte de la mode ou de la performance artistique – on peut la voir suspendue par des courroies à l’Usine de Genève ou le corps peint lors d’une Nuit de la photo au Musée de l’Élysée, à Lausanne.

Elles viennent d’être réunies dans un livre des Éditions Patrick Frey, sobrement intitulé «Coco», que le photographe vernit vendredi à La Chambre Noire. La librairie lausannoise profite de l’occasion pour présenter la série «Les démons». «Coco travaillait dans un asile psychiatrique. Certains patients l’impressionnaient au point qu’elle les mimait après le travail. C’est devenu inquiétant, j’avais l’impression qu’elle perdait la boule.»

Excédé, son amoureux de photographe a une idée qui s’avère payante. Il organise une session où Coco enfile une chemise blanche à l’envers en guise de tunique d’hôpital et, à chaque personnage qu’elle mime, il prépare un dessin au fusain pour servir de fond au portrait. «J’utilisais la technique de l’open flash ( ndlr: un bougé avec l’obturateur ouvert, où le flash vient fixer un instant ), ce qui donnait des images assez bizarres, nettes et floues à la fois. La séance a fait office d’exorcisme. Elle a ensuite cessé de les imiter.»

«Images réalisées avec le cœur»

Alors que bien des tirages de l’époque ont été perdus, cette série vintage de vingt personnages se présente au complet et elle est mise en vente en bloc pour éviter sa dispersion. Ces images tranchent sur une production variée, entre glamour fashion un peu kitsch et incursions plus secrètes dans la vie derrière le personnage. «Tout avait commencé par l’idée de documenter sa démarche, son changement identitaire. Il s’agissait de témoigner. Sa garde-robe incroyable m’a donné envie de réaliser des photos de mode. Coco me donnait envie de créer des images. Elles ont toutes été réalisées avec le cœur. Les montrer est un hommage, mais aussi une thérapie de deuil, une façon de tourner la page.»

Coco, extravagante en public mais «posée et silencieuse» en privé, n’a pourtant pas trouvé l’épanouissement escompté. Souffrant d’ostéoporose suite à son opération, toujours en proie à des démons intérieurs, elle se donnera la mort en 1998. «Sa notoriété aurait pu lui ouvrir des portes, mais elle se trouvait dans une spirale autodestructrice», estime Paul Riniker.

(24 heures)

Créé: 01.03.2019, 10h07

Une expo et un livre

Lausanne, La Chambre Noire
Vernissage du livre ve 1er mars (dès 17 h)
et exposition jusqu’au 1er juin.
www.la-chambre-noire.ch

«Coco»
Olivier G. Fatton (photos)
Dunia Miralles (textes)
Éd. Patrick Frey, 264 p. (134 illustrations)

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