Farouche, la Menthue se cache en pleine forêt

L'esprit des rivières Sans cesse mis sous pression par l’activité humaine, les cours d’eau jouent un rôle crucial dans la biodiversité. Pour sensibiliser les Suisses à leur importance et à leur vulnérabilité, le WWF a répertorié les «Perles de rivière», soit les cours d’eau les mieux préservés du pays. Chaque semaine, nous partons à travers le canton à la découverte d’une de ces pépites.

Discrète et sauvage, la Menthue coule au fond de vallons boisés sur la presque totalité de son cours.

Discrète et sauvage, la Menthue coule au fond de vallons boisés sur la presque totalité de son cours. Image: FLORIAN HAENGGELI WWF

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Comme les castors désormais établis sur l’entier de son cours, la Menthue (avec ou sans «h» selon les inscriptions) aime se dissimuler sous les branchages. Sur les 34 km tracés par ses méandres entre les bois du Jorat et le lac de Neuchâtel, elle ne coule à travers champs que sur trois petits kilomètres. «Son décor forestier est une de ses grandes particularités, une autre étant son encaissement», constate Roland Rapin, garde forestier du Groupement de la… Menthue et habitant de la commune fusionnée de Jorat -… Menthue. «C’est pourquoi, en matière de gestion forestière, nous intervenons sur ses berges de la manière la plus légère possible.»

Avec ses abords souvent escarpés et recouverts de végétation dense, la rivière est protégée naturellement. «Du coup, il y a sur ses berges des coins à champignons exceptionnels», sourit le garde forestier, amateur de chanterelles ou de cornes d’abondance. Celles et ceux faisant fi de la déclivité et de la végétation luxuriante pour rejoindre le cours d’eau sont récompensés, paradoxalement, par un lit de rivière très accueillant. La Menthue coule en effet sur des plaques de molasse, très faciles à fouler lorsqu’on veut la descendre à pied (ou la remonter) en période de basses eaux. Habitant une maison en bordure de la rivière du côté de Naz, un riverain témoigne de son amour pour cette rivière qu’il ne connaissait pas avant d’emménager sur sa berge. «On a atterri ici par hasard et on en veut plus repartir. La Menthue nous effraie parfois lorsqu’elle se déchaîne, mais la plupart du temps elle nous berce et nous amène de la fraîcheur en été.» Heureux de disposer d’une petite plage privée, l’homme aime observer le ballet des canards et des hérons. Au point de vouloir protéger sa tranquillité en refusant toute photo, ou même que son nom soit publié.

Garde forestier du triage de la Menthue, Roland Rapin connaît les coins à champignons. Photo: Sylvain Muller

En contrebas d’Oppens, le spectaculaire décor des falaises de molasse bordant la Menthue a inspiré la création d’un des sites d’interprétation du paysage du Chemin des blés. Baptisé «Un paysage, 25 millions d’années d’histoire», il est présenté par le site Internet de cette grande boucle pédestre comme étant «le plus intimiste» des neuf sites existants. Ce n’est pas un hasard. Toujours blottie au fond de son écrin forestier, la Menthue coule ensuite en contrebas de Donneloye avant de pénétrer dans le vallon auquel elle a donné son nom. «Un havre de paix inexploité depuis cinquante ans», souligne l’Office du tourisme d’Yverdon, qui y propose une balade en boucle de 7 km. Devenu «réserve forestière» officielle en 2012, il est aussi un des derniers lieux de frai des truites lacustres, qui remontent le cours d’eau depuis le lac de Neuchâtel entre octobre et décembre pour donner naissance aux générations futures.

À la sortie du vallon, le passage du cours d’eau sous l’immense viaduc de l’autoroute Yverdon-Berne est toutefois synonyme de changement de décor radical: la Menthue se retrouve pour la première fois en terrain plat et dégagé, traçant sa route au milieu des cultures agricoles.

Jenny Scheidegger vient de reprendre le Restaurant du Camping de la Menthue, à Yvonand. Photo: Sylvain Muller

Mais juste avant de se jeter dans le lac de Neuchâtel, sur le territoire de la commune d’Yvonand, elle redisparaît dans un écrin végétal bordant le bien nommé Camping de la Menthue. Jenny Scheidegger vient d’en reprendre la buvette, qu’elle a immédiatement repabtisée Restaurant de la Menthue. Alain Tschanz y mangera certainement. Ce campeur passe en effet ses étés sur les rives du lac depuis vingt-trois ans. «La Menthue? On la côtoie sans la côtoyer. Elle est là, mais on ne la voit pas vraiment. On la laisse vivre. Et puis sur le lac, il vaut mieux ne pas trop approcher son embouchure, les remous sont mauvais.» Chassez le naturel…

Alain Tschanz passe tous ses étés depuis vingt-trois ans au bord du lac de Neuchâtel, à proximité de l’embouchure de la Menthue. Photo: Sylvain Muller (24 heures)

Créé: 14.07.2018, 14h52



Boucle du Vallon de la Menthue au départ de Donneloye, Cronay ou La Mauguettaz (Yvonand). Longueur 7,1 km, dénivelé 373 m, durée 2 h.

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