L'Alhambra de Van Cleef & Arpels a 50 ans

Tribune des ArtsC’est au changement du style de vie des femmes que le bijou iconique de Van Cleef & Arpels doit son apparition.

Nicolas Bos, CEO de Van Cleef & Arpels.

Nicolas Bos, CEO de Van Cleef & Arpels. Image: Van Cleef & Arpels

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Elle fut lancée en 1968, en plein Flower Power. Cinquante ans plus tard, la collection Alhambra, qui n’a jamais cessé d’exister, reste la plus identifiable et la plus portée de Van Cleef & Arpels. Retour sur une naissance bénie des fées, en compagnie de Nicolas Bos, CEO de la marque joaillière.

Qu’est-ce qui est à l’origine de la collection Alhambra?

Une réflexion sur l’évolution des portés en joaillerie. Qui part d’une tradition extrêmement exclusive, avec des matériaux très précieux, liée aux aristocraties et aux grandes élites industrielles de la fin du XIXe siècle, début du XXe, et qui correspond à un art de vivre assez formel. La haute joaillerie était alors portée à des moments bien précis: célébrations, grands bals, soirées. Puis, dans les années 50, il y a eu une évolution de la société et du style de vie, allant vers plus de liberté. Les femmes sont devenues actives et indépendantes. Il fallait les suivre.

Comment la marque s’est-elle adaptée à ce changement?

En créant la ligne «La boutique Van Cleef & Arpels». L’idée était d’utiliser le même savoir-faire et de répondre au même niveau d’exigence présent dans la haute joaillerie, sur des pièces précieuses mais de plus petite taille, plus faciles à porter et ornées de pierres moins chères. Une joaillerie haut de gamme, mais prêt-à-porter. Comme l’ont fait les grands couturiers avec la haute couture.

Sautoir Alhambra en or rose, nacre grise et diamants.
© Van Cleef & Arpels

Le motif central d’Alhambra est inspiré du trèfle à quatre feuilles. Mais d’où vient son petit air d’exotisme?

À la fin des années 60, un ensemble d’influences a contaminé la joaillerie et tout un tas de secteurs comme le design, la mode, la décoration d’intérieur ou l’architecture. On les a aussi retrouvées dans beaucoup de contre-cultures comme le mouvement hippie. Elles viennent de la redécouverte de certaines cultures, telles que l’Inde ou l’Orient. Alhambra est vraiment issue de cela. Nous avons par exemple emprunté les grands sautoirs et l’usage des pierres ornementales à la culture indienne, pour apporter matières, couleurs et fluidité.

La toute première pièce était un sautoir en or jaune martelé et perlé, avec une demi sphère au centre des trèfles. Y a-t-il eu des évolutions majeures depuis?

Cela a plus été un enrichissement qu'une évolution, puisque cette pièce existe toujours. Et quasi immédiatement après, sont apparues des versions en pierres dures; onyx, lapis lazuli, cristal de roche, nacre, etc. Puis au fil des décennies, cette version d'origine s'est maintenue au gré des aléas des pierres que l'on trouvait ou que l'on ne trouvait plus, et des modes en matière de couleurs. Mais on a vu, à la fois, le motif devenir plus petit ou plus important, se présenter de façon asymétrique ou revêtir des atours très polis... Pas mal de versions ont cohabité.

Qu’est-ce qui fait que ce bijou est devenu une icône?

Les raisons pour lesquelles il a été créé restent pertinentes. L’indépendance des femmes s’est développée de par le monde. Et le style du bijou, qui correspondait vraiment à son époque, était suffisamment sobre et subtil pour rester d’actualité quelles que soient les modes traversées.

Romy Schneider portant un sautoir Alhambra dans le film de Michel Deville, «Le Mouton Enragé», sorti en 1974.
© Catherine Rotulo

Une star l’a-t-elle aidé à devenir célèbre?

Nous n’avons jamais eu d’ambassadeur officiel au service de la maison. Même si ce bijou fut beaucoup porté par Grace Kelly. Il existe de très belles images d’elle en princesse portant une tiare Van Cleef & Arpels ou ses bijoux de fiançailles achetés à New York par le prince Rainier. Ici, c’est l’apparat qui prime. Mais il y en a d’autres où l’on voit plutôt la mère, la femme au quotidien, dans des activités caritatives ou jouant avec ses enfants, et où elle porte des sautoirs Alhambra. Bien sûr, ça a été vu. Mais on peut encore citer Romy Schneider, qui était assez proche de la maison dans les années 70, ou Françoise Hardy. Et il y a deux trois ans, j'ai été voir un concert d'Adèle en famille. Elle portait des bracelets Alhambra. On les voyait bien lorsqu'elle tenait le micro. J'étais ravi! (24 heures)

Créé: 06.06.2018, 18h57

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