L'écrivain Patrick Chamoiseau raconte son enfance de l’art créole

LittératureLe Prix Goncourt 1992 rencontrait mardi à Pully 400 gymnasiens de Chamblandes. Morceaux choisis d’un discours sur ses singularités littéraires

L’auteur Patrick Chamoiseau, avant-hier dans le foyer de l’Octogone, juste avant de détailler ses arcanes d’écriture et de culture devant 400 élèves.

L’auteur Patrick Chamoiseau, avant-hier dans le foyer de l’Octogone, juste avant de détailler ses arcanes d’écriture et de culture devant 400 élèves. Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est un Patrick Chamoiseau frigorifié qui arrivait mardi au Théâtre de l’Octogone de Pully pour rencontrer 400 élèves du Gymnase de Chamblandes, tous fervents lecteurs d’Une enfance créole, œuvre autobiographique en trois volumes (1990, 1994 et 2005) inscrite à leur programme d’études. Au moment de s’attabler sur scène pour une longue série de questions préparées en classe, l’écrivain des Caraïbes est accueilli par un crépitement nourri d’applaudissements et de vivats. «Merci pour cet accueil chaleureux, vous savez, en Martinique, quand il fait 22 °, on a déjà très froid.»

L’assistance oubliera pourtant très vite les tardifs frimas du dehors pour se plonger dans les réponses du Prix Goncourt 1992 – décerné au roman Texaco –, prompt à évoquer un climat plus clément où s’épanouissent la goyave et la mangue. Mais les clichés ne figurent pas au répertoire de Patrick Chamoiseau, qui explicite volontiers sa pratique de l’écriture sur un axe historique et socioculturel.

Rappelant les héritages constitutifs de son île natale, la Martinique – les Amérindiens «génocidés», les colons et les esclaves africains, l’immigration asiatique –, il détaille le double regard qui lui a été légué et dont il prend conscience lors de sa première arrivée en métropole. «J’avais le regard du fils, nourri de littérature française et récitant «nos ancêtres les Gaulois», mais j’avais aussi le regard d’un étranger, vu mon appartenance à la culture créole».

«Je craignais de chouchouter le créole»

La créolité, Patrick Chamoiseau en développe la complexité et la défense en invoquant évidemment Aimé Césaire et Edouard Glissant, soulignant son métissage constant. «Cette culture est la résultante de la colonisation et de la diversité qui en découle. C’est perceptible dans la cuisine, la musique ou la langue, qui comprend des éléments de vieux français, de lexiques africains, d’anglais – les échos du monde comme les appelle Glissant.»

Le racisme originel des maîtres a donné à cette mixité exubérante des connotations négatives que l’auteur a dû surmonter pour trouver sa voie, entre le «monde de la sensibilité» du créole au lexique très mouvant et la langue française puisée dans ses références littéraires, mais qui impliquait de «devenir Français». «Où trouver l’authenticité sans perdre mon «antillanité»? Je me perdais dans le français comme dans un palais et je craignais de chouchouter le créole, alors que l’écriture se doit de bousculer. Il fallait relier les deux langues et bâtir son langage. Pour cela, il n’y avait pas de recettes: il fallait faire ses expériences.»

Selon lui, le caractère autobiographique d’Une enfance créole vaut surtout par l’exploration des prémices de son intérêt pour la littérature, ses coups de sonde dans les prédispositions de sa jeunesse, dans la «saisie» d’émotions originaires. «Ce qui est inventé devient réel, donc tout est réel», répond l’écrivain quand il lui est demandé jusqu’où il a retravaillé ses souvenirs. «Le romancier est du côté du mystère, de l’indicible, commente cet épris de poésie. Il se doit d’inaugurer un regard inédit sur le réel et échapper aux perspectives rigidifiées.» Sa technique de travail consiste ainsi à accoucher en premier lieu d’un «gribouillis», éruption de réminiscences et d’émotions souvent illisible, pour ensuite les travailler, les peaufiner.

La place manque pour témoigner de son aperçu de la société martiniquaise «matrifocale» ou des raisons qui l’ont conduit à parler de lui-même en se désignant du terme de «négrillon», mais, dans la délectation de la parole et la précision de son système explicatif, Patrick Chamoiseau a su capter son auditoire en plaidant pour cet art du mélange en passe de devenir universel. La flamme de son discours éclairait, elle réchauffait aussi.

Créé: 27.04.2016, 21h02

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.