L’urinoir de Marcel Duchamp fête ses 100 ans à Cully

AnniversaireLe micro-musée de la Place d’Armes évoque «Fountain», ready-made centenaire et l’une des plus célèbres œuvres d’art du XXe siècle

L’une des répliques de la fameuse «Fountain» de Marcel Duchamp de 1917, œuvre refusée lors de la «Première exposition annuelle de la Société des artistes indépendants» au Grand Central Palace de New York.

L’une des répliques de la fameuse «Fountain» de Marcel Duchamp de 1917, œuvre refusée lors de la «Première exposition annuelle de la Société des artistes indépendants» au Grand Central Palace de New York.

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La Kunsthalle Marcel Duchamp de Cully, micro-musée installé dans une boîte sur la place d’Armes de Cully, ne pouvait que célébrer le centenaire de la plus célèbre œuvre d’art de l’artiste auquel il doit son nom. Sous le titre de Fountain, l’artiste français avait en effet soumis en 1917, par l’intermédiaire d’une amie, un urinoir signé R. Mutt à la Society of Independant Artists de New York dont il faisait partie du comité d’organisation.

L’œuvre n’était pas le premier de ses ready-made, soit, selon sa propre définition de 1938, «un objet ordinaire élevé à la dignité d’œuvre d’art par le simple choix de l’artiste», mais il devait devenir le plus célèbre d’entre eux, notamment en raison du scandale qui lui est associé. Car la proposition fut refusée par les organisateurs, en dépit d’un règlement qui stipulait que la seule condition d’admission d’un artiste serait le paiement d’un montant de 6 dollars…

De la disparition à l’omniprésence

A Cully, la mini-exposition de Stefan Banz et Caroline Bachmann recrée en miniature le fameux urinoir tout en le replaçant devant une reproduction du tableau de Marsden Hartley, The Warriors, qui avait servi de fond à la seule image de l’original qu’en avait donné le photographe Alfred Stieglitz. Au deuxième étage de ce musée «boîte à chaussures», les artistes ont placé la copie de huit livres traitant de Fountain et jugés déterminants pour saisir cette œuvre au destin artistique et théorique hors du commun. Car ce produit industriel transmué en art par la volonté et l’idée de l’artiste ne tardera pas à disparaître. «Il avait été caché derrière un rideau après la photographie de Stieglitz, détaille Stefan Banz, et, après cela, on ne l’a plus jamais revu.»

Mais cet anéantissement ne sera pas définitif et Fountain ne cessera de réapparaître, sous des formes variables. «En 1950, un galeriste contacte Marcel Duchamp pour lui demander la permission d’exposer l’œuvre», poursuit Stefan Banz, fasciné par la persistance historique de la création duchampienne et de ses avatars. «L’artiste lui apprend qu’elle n’existe plus, mais l’encourage à en acheter une nouvelle, qu’il signera. Même si l’urinoir qui lui est présenté a une autre forme que l’original, il l’accepte tout de même.»

D’autres répliques suivront, du vivant de son auteur, jusqu’en 1964, où il est décidé d’en inaugurer huit nouvelles, sur le modèle exact de l’exemplaire de 1917. «Ce sont les plus connues aujourd’hui. Mais, ce qui est très intéressant à noter, c’est que Duchamp ne voulait pas que les urinoirs soient achetés. Il les voulait construits à la main, au fond sur le modèle de la sculpture classique!» Joli retournement de situation d’un ready-made redevenant œuvre d’art au sens traditionnel du terme mais sur le mode du camouflage. Une manière aussi de signifier par la bande la reconnaissance de cette œuvre désormais canonique, dont il existerait aujourd’hui 17 exemplaires mais aucun original.

Reste à savoir si Marcel Duchamp avait anticipé son geste comme un détonateur de polémique et donc de notoriété puisque l’épisode de l’exclusion de son œuvre lui a permis de discuter le cas et de le décrier dans la revue The Blind Man. Pour Stefan Banz, la question demeure ouverte. «C’est une possibilité, mais il ne l’a peut-être pas envisagé uniquement en ces termes, mais aussi comme un commentaire sur la pensée bornée d’une scène de l’art qui se piquait d’avant-garde. Duchamp lui-même s’était abstenu d’intervenir dans les discussions du comité alors qu’il était très respecté dans le milieu. Le moindre de ses commentaires favorables faisait grimper la cote d’un artiste.» Certaines interprétations sur le pseudonyme choisi iraient dans ce sens, le R. (pour Richard) dénonçant un milieu bourgeois et Mutt pouvant se traduire par «crétin» en anglais… (24 heures)

Créé: 31.07.2017, 08h49

L'exposition

Cully, Kunsthalle Marcel Duchamp, Place d'Armes
Jusqu'au 27 août
www.akmd.ch

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