La Fondation Bodmer brosse un Hodler inédit

ExpositionLes Archives Jura Brüschweiler dévoilent les fleurons de leurs collections à Cologny.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les lieux étaient prédestinés. La dernière promenade de Ferdinand Hodler le mena, avec les siens et en calèche, jusqu’aux coteaux colognotes. Le lendemain, le 19 mai 1918, il mourait dans son appartement du quai du Mont-Blanc. C’est à la Fondation Martin Bodmer, sise dans cette même campagne, que sont dévoilés pour la première fois les fleurons des collections des Archives Jura Brüschweiler (AJB). En une centaine de textes, photographies, esquisses et objets, «Ferdinand Hodler, documents inédits» dresse un portrait en mosaïque du grand peintre suisse, offrant un regard neuf sur des aspects méconnus de sa vie et de son œuvre.

Un double hommage

«Cette exposition constitue la première étape d’une présentation publique des archives, souligne Niklaus Manuel Güdel, commissaire scientifique et directeur des AJB. Elles sont en cours d’inventaire et de numérisation, un processus qui devrait s’achever en 2020. À terme, l’ensemble est destiné à devenir accessible à tous, à Genève.» Estimée à 80'000 pièces, cette documentation exceptionnelle a été réunie par l’historien de l’art Jura Brüschweiler, qui y consacra sa vie.

Le parcours en quatorze étapes au sous-sol de la Fondation Martin Bodmer rend donc un double hommage: il célèbre le centenaire de la mort de Hodler, tout en mettant en lumière le remarquable travail de collection de Brüschweiler. On y découvre, par thèmes, les moments importants ou ignorés de la carrière et de la personnalité du peintre.

Ce dernier entretint par exemple une correspondance très fournie avec Marc Odier, un indéfectible ami de jeunesse dont il fit trois portraits. Jamais montré jusqu’à ce jour, l’un de ces tableaux est exposé avec une série de lettres riche d’enseignements. «Beaucoup de ce que l’on sait de la vie de Hodler à l’étranger à cette époque provient de cet échange épistolaire, indique Niklaus Manuel Güdel. Il y raconte son séjour en Espagne puis ses succès viennois.» Sur une carte postale envoyée de la capitale autrichienne en 1903, le grand Ferdinand écrit au camarade Odier: «On m’a fait une grande fête à Vienne.»

Plus loin, la visite révèle un Hodler bibliophage, passionné de théories artistiques. Il possédait notamment le «Traité des proportions du corps humain» d’Albrecht Dürer, ainsi que le «Traité de la peinture» de Léonard de Vinci. Ses intérêts esthétiques le portent tant vers la Grèce et l’Égypte antiques que vers Léon Tolstoï. Profondément marqué par «Qu’est-ce que l’art?», il tente plusieurs fois, en vain, de rencontrer l’écrivain russe.

Par ailleurs, divers objets font pénétrer dans l’intimité du génie. Les incontournables pinceaux, palette et boîte de couleurs côtoient l’étui à cigares, le passeport, mais aussi le tambour et l’accordéon. «Il voyait dans la musique la capacité universelle à exprimer un sentiment, explique le spécialiste. Il a même suivi un cours de rythmique à l’Institut Jaques-Dalcroze.»

Amours extraconjugales

Le propos n’oublie ni l’amant ni le père attentif. Des courriers échangés avec la maîtresse Valentine Godé-Darel, seules deux lettres ont subsisté aux efforts de destruction entrepris par l’épouse bafouée, Berthe. L’un de ces mots dit l’émotion de Hodler à la naissance de sa fille Paulette, née de ces amours extraconjugales en 1913. Une photo montre le lien tendre qui unit la petite et son géniteur barbu, sous les bienveillants auspices d’un ours en peluche assis sur un radiateur.

L’exposition dévoile encore un homme enclin aux mondanités – le menu d’un dîner donné à son domicile ne comprend pas moins de sept plats – et, bien sûr, l’artiste célébré dans l’Europe entière, auteur de fresques historiques colossales et récipiendaire de nombreux honneurs. Le point d’orgue réside sans doute dans la présentation d’images filmées lors de l’Exposition nationale suisse de 1896 à Genève. On y voit un joyeux quadragénaire plein de charme, œil qui frise et moustache avantageuse sous son chapeau rond, se mêler à la foule, manifestement ravi de son sort.

«Ferdinand Hodler, Documents inédits» Jusqu’au 28 avril 2019 à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny. fondationbodmer.ch


Des peintres influencés par Hodler hantent les caves de la Maison Tavel

L’ancrage genevois est obligatoire à la Maison Tavel. L’exposition «L’Esprit de Hodler dans la peinture genevoise» y a donc sa place. Quelque 50 tableaux de 26 artistes d’ici, sortis des réserves du Musée d’art et d’histoire (MAH) et de collections privées, garnissent les antiques parois des caves du 6, rue du Puits-Saint-Pierre.

Sur l’un des murs, une constellation de portraits domine deux chaises et une commode anciennes. «Les œuvres de ces peintres influencés par Hodler ont figuré dans bien des intérieurs genevois. C’est pourquoi nous avons groupé les portraits comme dans un appartement», explique Alexandre Fiette, conservateur responsable de la Maison Tavel.

Les thèmes successifs abordés par Holder sont représentés par ses émules. Là, c’est le portrait, signé Charles-Alexandre Mairet, Paul Mathey ou Albert Schmidt. Plus loin le paysage, brossé par Alexandre Perrier, Alfred Rehfous ou John Torcapel. Enfin le symbolisme: un tableau comme «Angoisse I» de William Müller, ou la copie par Albert Schmidt du «Chant lointain» de Hodler, entrent dans cette catégorie.

On découvre la peinture de Georges Darel dit Georges Erath, qui fut modèle, puis assistant d’atelier du grand Ferdinand. On admire la patte de la seule femme de l’exposition, Stéphanie Guerzoni, élève de Hodler et sa biographe en 1957. Nés respectivement en 1892 et 1887, ces deux artistes sont les contemporains de la plupart des «suiveurs» retenus.

Quelques-uns sont plus proches de l’âge du maître, comme Daniel Ihly, David Estoppey ou Albert Silvestre, ou carrément nos contemporains, comme Pierre Montant, né en 1941, ou Michel Grillet, né en 1956, qui présente six paysages hodlériens minuscules peints sur des pastilles de gouache.

Jusqu’au 24 février à la Maison Tavel, 6, rue du Puits Saint-Pierre. (24 heures)

Créé: 05.11.2018, 10h47

«Hodlermania»: Hallebardes et carnets

Après les expositions «Hodler parallélisme» (qui s’est terminée en en août au Musée Rath) et «Hodler intime», le Musée d’art et d’histoire (MAH) poursuit sa plongée à Genève dans l’œuvre du talentueux artiste bernois.

Soucieuse de mettre en valeur et faire interagir entre eux les différents départements de la ville, l’institution de la rue Charles-Galland propose depuis la semaine dernière trois nouvelles présentations (sans date de fin) autour du peintre.

La plus spectaculaire est dans la salle des Armures, qui retrouve peu à peu sa vocation de conservatoire des armes anciennes du MAH. Ainsi apprend-on que Ferdinand Hodler venait y copier les hallebardes, épées à deux mains et autres équipements de guerre représentés sur ses grands tableaux de l’histoire suisse.

L’exposition «Hodler et le guerrier suisse: de la figure historique à l’icône patriotique» dit bien par son titre où le visiteur met les pieds. Tableaux et armes voisinent donc dans cette intéressante section mêlant arts appliqués et beaux-arts.

Dans une salle de ce dernier département, une autre nouveauté attend les amoureux du tout petit détail. Quelques-uns des 241 carnets de travail de Hodler y sont exposés. Des pages couvertes de notes et de croquis que Jura Brüschweiler a contribué à sauver du feu de cheminée dans lequel la veuve de l’artiste, décédée en 1957, avait prévu de les jeter.

Cette contribution du Cabinet d’arts graphiques s’accompagne d’un très éclairant catalogue.

À l’occasion du 100e anniversaire de la mort de Ferdinand Hodler, plusieurs de ses toiles ont été restaurées. Quelle bonne occasion pour les ateliers de restauration de présenter leur travail. Ils le font à travers un documentaire et un petit accrochage dans les galeries beaux-arts du premier étage.

Les étapes de la restauration du «Garçon enchanté», de «L’homme à la jambe de bois» et du «Portrait de Francine Maylac» y sont expliquées de la manière la plus didactique.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.