La Suisse romande s’essaie à la photographie

1840 La Fondation Auer Ory dévoile ses plus anciens clichés à la Maison Tavel, à Genève.

En haut, des crinolines et pas encore de maisons aux abords de l’église russe, par Auguste Garcin (1865). En bas, la précision du daguerréotype, l’un de Samuel Heer (vers 1842), l’autre d’Auguste Garcin (vers 1850).

En haut, des crinolines et pas encore de maisons aux abords de l’église russe, par Auguste Garcin (1865). En bas, la précision du daguerréotype, l’un de Samuel Heer (vers 1842), l’autre d’Auguste Garcin (vers 1850). Image: FONDATION AUER ORY

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L’exposition «Pionniers de la photographie en Suisse romande» commence vendredi qui vient et dure jusqu’au 29 mars 2020. Cela ne l’empêche pas de figurer au programme de la Biennale de la photographie de Genève, No’Photo, commencée ce 21 septembre et qui finira le 5 octobre. On peut donc prendre son temps pour aller dans les caves de la Maison Tavel, et même y retourner plusieurs fois, car plus de 200 images ne se laissent pas admirer en coup de vent.

Du daguerréotype au calotype

Les documents exposés sont issus de la fabuleuse collection genevoise de Michèle et Michel Auer, qui les ont prêtés à la Maison Tavel pour l’occasion. Sur place, Alexandre Fiette et Mayte García, tous deux conservateurs au Musée d'Art et d'histoire de Genève et cocommissaires de cette exposition, nagent dans les anciennes photographies. À quelques jours de l’inauguration, toutes les vitrines sont ouvertes et les tirages sous verre et encadrés attendent d’être fixés au mur. «Les pionniers utilisaient des procédés qui ont rapidement évolué depuis l’invention du daguerréotype, mais une exposition comme celle-ci montre que les sujets n’ont guère changé depuis les premiers temps de la photographie», fait remarquer Alexandre Fiette. «Sa famille, son animal de compagnie, sa maison de campagne, les paysages à ne pas manquer, ici ou à l’étranger, voilà ce qui intéresse déjà les gens.»

Les portraits post-mortem

Peu de particuliers réalisent eux-mêmes les fameux daguerréotypes. L’un d’eux est Jean-Gabriel Eynard, bâtisseur du palais du même nom, qui fait défiler sa famille et ses amis devant son appareil. «Hors des grandes villes où les premiers photographes ont leur studio, ceux-ci viennent à la rencontre de la population de manière itinérante», rappelle Mayte García. «Leur venue est annoncée dans les journaux. Tout comme certains services qui nous étonnent aujourd’hui, comme les portraits post-mortem, pour lesquels l’opticien genevois Artaria faisait de la publicité dans le «Journal de Genève» en 1840. Nous exposons un daguerréotype d’une vieille dame décédée, réalisé vers 1842 par le Lausannois Samuel Herr.»

«Le daguerréotype a l’inconvénient d’être une image unique, impossible à reproduire», enchaîne Alexandre Fiette. «En revanche, il est d’une précision extraordinaire. Le procédé appelé calotypie, développé à la même époque par l’Anglais William Henry Fox Talbot, permet de faire plusieurs tirages, grâce à un négatif qui n’est alors qu’une feuille de papier traitée chimiquement. La collection Auer compte plusieurs de ces négatifs et leurs tirages, ainsi que des tirages d’après des négatifs sur verre, représentant notamment des vues de Genève, Lausanne, Vevey, Fribourg, Neuchâtel, le Valais, même de Jérusalem.» Un catalogue très complet et bien illustré, réalisé sous la direction de Michèle et Michel Auer, permet de poursuivre la visite chez soi.

Exposition. du 27 septembre au 29 mars à la Maison Tavel, Genève. Catalogue de 223 pages en vente sur place.

Créé: 21.09.2019, 18h02

Daguerréotype: Le hobby de M. Eynard

Michel Auer narre dans le passionnant catalogue de l’exposition «Pionniers de la photographie en Suisse romande» comment il est devenu collectionneur de daguerréotypes de Jean-Gabriel Eynard. À la fin des années 1940, Michel Auer chine sans répit. Il déniche des photos et des appareils anciens, part en apprentissage à Zurich, puis revient à Genève où il ouvre un atelier en 1955, tout en continuant à collectionner.

Il met la main sur ses premiers daguerréotypes d’Eynard en 1962, dans l’ancienne maison de Budé au Petit-Saconnex. Grâce à une mention figurant derrière l’un des documents – «Daguerréotype fait par M. Eynard» – et aux noms des familles de son entourage inscrits au dos de plusieurs de ces prises de vue (Eynard-Lullin, Vernet, Budé, Beaumont, etc.), Michel Auer découvre que le banquier philhellène maîtrisait parfaitement cette technique nouvelle, avec l’aide de son jardinier qui actionnait la boîte quand Eynard voulait figurer sur l’image.

Le collectionneur tombe sur d’autres de ses œuvres au Musée des sciences, où une descendante de la fille adoptive de leur auteur les a déposés. Il obtient de Marc Cramer, directeur, de pouvoir disposer des pièces qui n’intéressent pas l’institution. Bien plus tard, à la recherche de fonds pour éditer leur «Encyclopédie internationale des Photographes de 1839 à nos jours» (1985), les Auer acceptent l’offre du Musée Getty de Los Angeles de leur acheter plusieurs daguerréotypes d’Eynard.

Si Jean-Gabriel occupe aujourd’hui une place de choix dans l’histoire de la photographie, c’est bien grâce au couple Auer. Les daguerréotypes de lui, exposés à Tavel, sont ceux qu’ils ont encore. La BGE en possède aussi, visibles sur le site du centre iconographique (CIG). B.CH.

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