La belle tranche jubilatoire de «Jambon dodu» d’Olivier Sillig

Prix des lecteurs 1/6L’auteur touche-à-tout est le premier candidat de cette édition du Prix littéraire lausannois à se présenter, samedi, au Cercle littéraire. Rencontre.

«De plus en plus écrivain», Olivier Sillig est aussi cinéaste et peintre.

«De plus en plus écrivain», Olivier Sillig est aussi cinéaste et peintre. Image: GIUSEPPE POCETTI

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Olivier Sillig n’est jamais là où on l’attend. Si tant est qu’on puisse prévoir son prochain trait de plume. Naviguant entre la SF, le roman historique, érotique, ou encore ancré dans des thèmes d’actualité, l’auteur lausannois s’amuse des frontières. Jambon dodu, son dernier opus, le confirme. Ce polar grand-guignolesque qui se déploie dans le Marais des années 1950-1960 exulte de mots et des jeux qu’ils permettent. Les noms des protagonistes donnent le ton. Sur la piste des assassins de l’infortuné boucher surnommé «Jambon dodu», qu’on retrouve la gorge tranchée dans le caniveau, le commissaire Confit enquête, flanqué d’un Rognon rapidement flambé, puis de Braisé et de Lévi.

L’intrigue à ressort de cette farce jubilatoire marquée au noir est à l’unisson. Les situations ubuesques s’enchaînent dans une chasse à l’assassin jalonnée de cadavres et de calembours. Certains renvoient à la culture populaire, d’autres aux classiques de la littérature française. Tel «N’en déplaise au poète, ce n’est pas un dormeur, Duval.» Dans les remerciements «pour leur innocente et littéraire participation» sont notamment cités Rimbaud, mais aussi Hugo, Lamartine ou Stendhal. Des classiques qu’Olivier Sillig a étudiés à l’école, mais dans lesquels il n’a «affectivement pas du tout baigné. Il avoue d’ailleurs une nette préférence pour les romans du XX et XXIe siècles.» Quant à Brel ou Brassens qui apparaissent également, ils ont bercé son adolescence.

«Navigateur de mots»

Ce «navigateur de mots» comme le qualifie Pierre-Yves Lador, auteur de la postface du roman, enjoint toutefois à «ne pas chercher à comprendre les jeux de mots, il faut se laisser porter». Adepte du contre-pied, Olivier Sillig avoue: «En général, je déteste les jeux de mots, mais ce livre a été conçu de manière particulière. Normalement, j’écris à la main, car la page manuscrite me donne la structure, puis je retranscris sur mon ordinateur. Or, un jour, j’ai tapé directement une trentaine de pages pour m’amuser. Je les ai reprises longtemps après pour en faire ce roman.» D’ordinaire, à la recherche formelle, l’écrivain privilégie l’histoire. Ce livre est donc «tout ce que je ne fais pas d’habitude». Mais il l’admet: «Chaque fois que je commence un roman, j’ai envie d’écrire le contraire du précédent. J’aime prendre des risques, s’ils restent calculés.»

Toute sa carrière le démontre. Après des études de psychologie, il bifurque vers l’informatique. Il se découvre conteur avec ses filles, alors âgées de 4 et 6 ans: «Je leur ai inventé une introduction à l’histoire de l’humanité, puis raconté les Mille et une nuits à ma façon.»

A vélo ou en marchant

Son premier roman, il en conçoit la moitié sur son vélo. Publié à L’Atalante en 2000, Bzjeurd décrit un monde post-apocalyptique sombre, comme le sont souvent ses livres. Suivent notamment Lyon, simple filature, son œuvre la plus autobiographique, Prix Bibliomedia 2009, ou récemment Jiminy Cricket, chronique d’un été meurtrier nominée pour le Roman des Romands 2016-2017.

Aujourd’hui, quand il ne rédige pas sur une île retirée, le matériau narratif se tisse en marchant. «Puis lorsque j’ai engrangé sept ou huit pages, je m’installe dans un café pour écrire.» De «plus en plus écrivain», l’auteur est aussi cinéaste, peintre, et crée de petits bateaux à l’aide de boîtes de conserve. Il ne s’avoue pas méticuleux mais aime travailler de ses mains, changer une porte ou réaliser une fresque murale au pochoir. Une manière de se libérer le cerveau. Sans qu’il sache jamais vraiment où cela va le mener.

Créé: 05.10.2016, 11h06

Infos pratiques

Lausanne, Cercle littéraire
Sa 8 oct. à 11h, rencontre avec Olivier Sillig suivie d’un apéritif gourmand.
Entrée libre, inscription par mail à prixdeslecteurs@lausanne.ch
www.lausanne.ch/prixdeslecteurs

Le livre



«Jambon dodu»
Olivier Sillig
Ed. Hélice Hélas, 298 p.

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