La fusion du verre éclaire le Mudac

ArtisanatFrançois Daireaux expose le lien qu’il a soufflé entre les artisanats indien et français.

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Toutes debout, fières, uniques et vibrantes, les 404 empreintes de verre accueillent le visiteur avec une explosion de couleurs. Impossible de laisser son regard analyser une pièce bien particulière sans qu’il ne soit attiré par sa voisine ou par sa sœur de teinte. D’où viennent ces vases tous différents, dont les goulots non terminés témoignent d’une certaine urgence, de la volonté de les arracher au souffleur pour les plonger dans l’eau avant de les exposer ainsi, inachevés?

Leur origine double est au cœur du travail de François Daireaux, au même titre que la différence et la répétition, l’unique et les multiples. Le CV de l’artiste français est la meilleure illustration de son obsession à raconter des histoires grâce à différents supports. Chacun de ses voyages, chacune de ses quêtes, il les documente en photos, en films, et il remplit sans cesse ses bagages de souvenirs divers et variés, souvent points de départ à une nouvelle réflexion.

Blow Firozabad Bangles from François Daireaux on Vimeo.

«Je suis quelqu’un qui se balade beaucoup, souffle-t-il doucement alors que c’est justement ce qu’il est en train de faire au sein des murs du Mudac. Je suis hanté par la disparition d’univers et fasciné par certains gestes liés à l’artisanat. Quand je me promène, je ramasse des objets, comme chacun l’a fait avec un caillou ou un coquillage. Cette fois-là, en Inde, je suis tombé sur une tour de toras de bangles, ces bracelets de verre fins et de toutes les couleurs que portent les femmes indiennes. Cette superposition a titillé l’architecte que je suis à la base. J’ai imaginé en faire des murs…»

La transformation de la matière
L’idée est plantée dans son cerveau et prendra des années à germer puis à donner une plante aux ramifications mon­diales. Il se rend à Firozabad, cette ville industrielle ultrapolluée où il existe encore près de 400 manufactures verrières dont les ouvriers travaillent encore comme dans les années 1920. «La transformation de la matière m’interpelle, ce bricolage de base pour finir par produire en masse. Comment ne pas lier cette profusion à l’absurdité du système capita­liste? Mon travail prend une tournure politique quand je pousse au questionnement sur la notion de marchandise. Je ne suis pas un architecte qui dénonce, ou un acti­viste. Je réfléchis le monde sans le juger. Je n’impose pas une pensée, je m’applique à la déclencher.»

Dans une approche de collectionneur, François Daireaux rassemble des fragments de quelque 404 teintes diffé­rentes de verre. Un inventaire minutieux et merveilleux de bracelets dont le prix d’achat est ridicule alors que son coût humain est énorme. «La forme des toras m’a toujours rappelé une cage thoracique et donc fait penser à la pollution à laquelle les ouvriers font face au quotidien.»

Pour comprendre complètement l’exposition Blow Firozabad Bangles, il faut du souffle. Pas autant que pour sculpter le verre, mais assez pour grimper tout en haut du bâtiment de la Cité, où une salle rassemble des bracelets en toras, leurs emballages de papier aux calligraphies et illustrations souvent improbables et des tentatives d’intégrer ces bracelets fondus à de nouvelles œuvres soufflées cette fois-ci à Meisenthal en Lorraine (en photo ci-dessus). «Je ne voulais toucher à rien, simplement mettre le travail des Indiens entre les mains des Lorrains pour voir ce qu’ils en feraient. Ils ont notamment soufflé des boules de verre transparent autour des bangles, mais la matière s’est parfois fissurée. J’ai forcément pensé à la faille entre les civilisations…» (24 heures)

Créé: 30.10.2017, 16h14

Au centre, une tora de bracelets de verre de Firozabad et son papier d’emballage. Les autres pièces sont issues de la refonte de ces «bangles» à Meisenthal.

Informations pratiques

Lausanne, Mudac
Jusqu’au 11 février 2018. Ma-di 11h-18h
Visite guidée avec l’artiste di 5 nov. 11h
www.mudac.ch

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