«La rançon de la gloire», un hommage au muet qui rançonne

Le cercueil de Charlot (1/2)A l’affiche du film La rançon de la gloire, Benoît Poelvoorde se raconte comme il conduit. Gare aux accélérations!

Eddy (Benoît Poelvoorde) et Osman (Roschdy Zem) dans les rôles des ravisseurs, qui se firent prendre en téléphonant d’une cabine.

Eddy (Benoît Poelvoorde) et Osman (Roschdy Zem) dans les rôles des ravisseurs, qui se firent prendre en téléphonant d’une cabine. Image: WHY NOT PROD

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«Fameux popotin!» L’œil gourmand de Benoît Poelvoorde fenveloppe pendant quelques secondes la croupe vraisemblablement cubaine d’une épaisse chanteuse de boléro. La peinture très colorée enjolive la cheminée du spacieux fumoir, dans les fauteuils duquel l’acteur préférera la vodka aux cigarettes. Deux verres, à l’heure de l’apéro. Fameuse descente!

Poelvoorde est en promo mais Benoît s’en fiche, comme toujours. Rencontrer le plus célèbre Belge du cinéma français revient à laisser son bloc-notes en poche et tenter de slalomer entre les sujets de conversation qu’il vous impose. Tutoiement de rigueur. Energie de dingue. «Tu as vu mon doigt? Je me suis coupé hier dans ma chambre et j’ai voulu faire comme dans les films en brûlant la plaie. Je déteste les hôtels, mais j’y passe un temps fou. Note, j’ai adoré celui de Vevey, où j’ai logé durant le tournage de La Rançon de la gloire. J’aime bien la Suisse, je pourrais y vivre, mais on me suspecterait de vouloir planquer mon pognon. J’apprécie votre sens de la courtoisie. A Paris, on ne peut pas dire 20 mots sans être interrompu» s’exclame-t-il en 89 mots effectivement sans interruption.

70'000 francs pour Les randonneurs

De cultissime freluquet tueur de vieilles dames (C’est arrivé près de chez vous, 1992) en César millionnaire du cinéma franchouillard (Astérix aux Jeux Olympiques, 2008), Benoît Poelvoorde est passé des marges acides à la starification populaire. Il en a payé le prix fort (une vilaine dépression en 2008) mais dévoile un caractère inchangé, accessible et déconneur, loin des paillettes parisiennes. Le fils d’épicière n’en revient toujours pas de son premier salaire, «70 000 francs pour Les randonneurs, deux mois de vacances en Corse et parfois une seule phrase à dire par jour!» Il avoue oublier ses rendez-vous, mais collerait contre un mur tous les attachés de presse personnels, «ces emmerdeurs qui pullulent, ces parasites qui flattent l’acteur et se rendent insupportables auprès de tout le monde pour justifier leur salaire.»

Il voue aux mêmes Gémonies les animateurs télé («j’ai arrêté les grosses productions parce que je ne supportais plus de devoir faire des émissions débiles pour les vendre») et s’assume en «employé du cinéma». «Je suis sur un tournage pour bosser, je ne veux pas sacraliser ce métier.»

Il aime le cinéma navrant des années 70

Le fumoir du ronronnant palace prend des allures de quai de métro faubourien à mesure que tintent les verres. Dans un fauteuil à quelques mètres, le réalisateur Xavier Beauvois passe lui aussi à confesse. Poelvoorde le hèle, l’un et l’autre se charrient, la paire d’interviews en duo devient quatuor où l’on cause grosses cylindrées. Nul chiqué: l’une des stars du cinéma francophone actuel se fiche du septième art avec toute l’authenticité prolétaire de ses origines. Ses références récitent bien moins l’œuvre de Kubrick ou de Truffaut que «le cinéma navrant des années 1970», ces ovnis anars portés par des tronches du nom de Marielle, Carmet, Blier ou Audiard. En septembre dernier, il confiait aux Inrockuptibles: «quand je rentrais de l’internat, gamin, j’étais seul. Ma mère travaillait et je n’avais rien d’autre à foutre que d’aller au cinéma. J’ai vu de ces merdes!»

On tente de l’amener sur ce terrain de l’enfance, mais le renard s’échappe. «Je ne regarde jamais le passé. J’ai du bol: j’ai 50 ans, mais je ne suis pas nostalgique, au contraire de pas mal de mes amis. Je ne regarde pas beaucoup le futur non plus, note. Je n’ai pas de but, je trouve le temps toujours long.» Pour se ressourcer entre deux tournages, qu’il enchaîne d’autant plus volontiers qu’il chérit depuis quelques années «les films fauchés», l’amoureux de l’Afrique a acquis une maison au Sénégal, où il aime lire, boire et se baigner. Il ajoute sans ciller que sa femme rêvait de ce pied-à-terre. On ne rebondit pas sur les rumeurs d’une liaison avec Chiara Mastroianni. Poelvoorde l’officialisera quelques jours plus tard. L’homme a beau se prêter à l’interview avec une franchise déconcertante, il ne lâche pas tout.

Quelques indices, tout de même: «je peux déménager demain, mon environnement importe peu. Par contre, je suis un maniaque de l’archivage. J’ai conservé tous mes tickets d’avion, billets de concerts, petits mots de copains. Et aussi mes premières lettres d’amour. Pas beaucoup. J’ai eu peu d’histoires et elles furent longues.» La voix est restée ferme, l’œil sec. Poelvoorde a déjà changé de sujet.

Charlot: du vagabond au châtelain de Corsier

Question 1 sur 15:

Quel est le nom complet du créateur (et interprète) de Charlot?

Charles Spencer Chaplin

Charlie John Chaplin

Charlie Paul Chaplin

 

(24 heures)

Créé: 02.01.2015, 11h44

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Critique du film

Benoît Poelvoorde et Roschdy Dem en sympathiques niqués du destin déménageant le cercueil de Charlie Chaplin, en 1978, dans la nuit helvétique: le coup des Pieds nickelés sur la Riviera semblait prometteur de bonheur cinématographique. D’autant que le Français Xavier Beauvois passe à la comédie avec de sacrés états de service.

Le cinéaste, formé chez Jean Douchet, Manuel de Oliveira et André Téchiné, a toujours su mêler à des prétentions d’auteur une sensibilité plus provinciale, venue de son enfance en milieu ouvrier dans le Pas-de-Calais. Cette acuité se manifestait déjà pleinement dans Le petit lieutenant. Elle était sublimée dans Des hommes et des dieux. De là, La rançon de la gloire allait kidnapper le spectateur.

Comme les paumés de cette histoire, il faut un peu déchanter. L’ombre de Charlie Chaplin plane sur la mise en scène, qui tente plusieurs pistes pour finir par n’en prendre aucune. La cinéphilie se manifeste un peu tard, quand l’intention du réalisateur prend enfin la forme d’un portrait bicéphale: Osman (Roschdy Zem), en charge d’une gamine esseulée, évoque The Kid, Eddy (Benoît Poelvoorde) et sa caravane brinquebalante, La ruée vers l’or. Parfaits, les comédiens obéissent à une gestuelle digne de l’âge d’or de Charlot.

Cet hommage, par contre, est dilué dans une mise en scène qui égare plutôt qu’elle ne précise. Réaliser un hommage au muet avec des couleurs et des dialogues relevait d’un pari auquel peut-être seul un Aki Kaurismaki, dans ses blues finlandais, aurait pu rêver.

Ainsi, le cirque ambulant qui s’installe à Vevey au bord d’un Léman désenchanté éveille quelques souvenirs. Mais l’épisode passe sans que la magie, même dispensée par Chiara Mastroianni en écuyère, ne subsiste. Face au miroir des illusions perdues, dans une loge où un Poelvoorde fardé interroge dans le blanc des yeux la noirceur de son âme, Les feux de la rampe renvoie soudain un reflet cruel: celui de la distance entre le maître et l’élève.

Fugitif, un ange passe, comme pour indiquer à quoi se vouait l’entreprise.
La bande-son , signée Michel Legrand, cherche à honorer la mémoire du clown triste par de fastueux élans orchestraux, mêlés d’impros jazzy où émerge Les lumières de la ville, voire de références d’époque comme Les demoiselles de Rochefort.

Sans doute ne faut-il pas attendre de La rançon de la gloire plus qu’un fait-divers qui serait resté anodin sans son illustre squelette. Les tirades shakespeariennes dans la Cour de justice amusent. Authentiques, elles sortent de la bouche du légendaire Willy Heim, procureur général d’anthologie. Par contre, les peines requises ont été modifiées. S’arrêter à ces détails anecdotiques indique combien la comédie reste à quai. Dommage, même si, à Vevey, il ne manque pas de charme. Du coup, on se laisse rançonner.

Cécile Lecoultre

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