Le très beau roman graphique d’un Goncourt

Bande dessinéeQuand les traits de la Libanaise Zeina Abirached s’associent aux mots de Mathias Énard, lauréat du prix en 2015.

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Ils se sont rencontrés à Beyrouth. La dessinatrice libanaise Zeina Abirached y présentait son formidable «Piano oriental», et l’écrivain Mathias Énard son roman «Boussole». Féru de bande dessinée, le Prix Goncourt 2015 a rapidement lancé l’idée d’une collaboration inédite. Deux ans plus tard, celle-ci débouche sur «Prendre refuge», somptueux roman graphique au long cours dans lequel deux histoires d’amour se répondent à plus de 70 ans d’écart. Juxtaposition poétique de récits différents en miroir, le scénario s’intéresse à ces moments où l’existence vacille, sur un plan personnel ou historique. Comment se fait et se défait une relation, tandis que l’état du monde se transforme. Une réfugiée syrienne tente de refaire sa vie à Berlin et un jeune architecte allemand s’éprend d’elle. Parallèlement, d’autres séquences montrent deux femmes troublées l’une par l’autre, fuyant une Europe en guerre en 1939, aux pieds des fameux bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan. L’histoire est inspirée très librement d’un épisode relaté par Ella Maillart dans un de ses livres, «La voie cruelle».

À partir des mots de Mathias Énard, Zeina Abirached a découpé les scènes à sa convenance, s’appropriant le verbe de l’écrivain pour le retranscrire à travers un superbe traitement graphique. Évoquant tout à la fois le théâtre d’ombres, certaines estampes de Félix Vallotton ou les BD de Marjane Satrapi, le noir et blanc tranché de l’auteure libanaise séduit par son travail sur la répétition des motifs. On aime aussi ses effets de zoom, quand la dessinatrice cadre les visages au plus près. Des doubles pages contemplatives alternent avec des scènes au découpage plus rythmé. Suggérant davantage qu’il ne montre, l’ensemble dégage une poésie envoûtante. Et c’est beau.


«Prendre refuge»
Zeina Abirached et Mathias Énard
Éd. Casterman, 344 p.
(24 heures)

Créé: 17.10.2018, 16h10

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