Les grands ballets classiques font toujours le plein

ScèneSouvent peu considérés, les chefs-d'œuvre du répertoire essaiment pourtant, et éclairent la création contemporaine. La preuve avec un «Lac des cygnes» russe, à savourer dès lundi en Suisse romande.

Créé en 1877, «Le lac des cygnes» continue d’attirer les foules et de motiver des passions.

Créé en 1877, «Le lac des cygnes» continue d’attirer les foules et de motiver des passions. Image: LDD

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Ces jours prochains, les amateurs de ballet classique devraient être comblés. Dimanche, ils pourront se délecter au cinéma de «La Bayadère» du Bolchoï, sur très grand écran et en direct de Moscou. Lundi et mercredi, un «Lac des cygnes» leur sera proposé successivement à Yverdon et à Lausanne par le Ballet classique russe de la ballerine Evgeniya Bespalova. Le même «Lac» a été dansé en novembre dernier à Lausanne par une autre troupe russe, le Ballet classique de Saint-Pétersbourg. Preuve que cet evergreen conserve tout son pouvoir de fascination, il est en ce moment même à l’affiche de l’Opéra de Rome, ainsi que – revisité – à celle du Ballet du Rhin à Strasbourg, à Mulhouse et à Colmar.

Des classiques qui rayonnent autour du monde

Mais ce chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre n’est pas seul à faire les beaux soirs des amateurs. Ces deux derniers mois, différentes versions de «Casse-noisette» étaient visibles à Vienne, à Prague, à Birmingham, à Berlin, à Paris et à Madrid. On pouvait également applaudir «Don Quichotte» à Hambourg, «Raymonda» à Munich, «Giselle» à Copenhague et au Mikhailovski de Saint-Pétersbourg, «La fille mal gardée» à Bordeaux et «La Bayadère» à Berlin. Ouf! Ce répertoire que d’aucuns disent poussiéreux ne se porte pas si mal que cela. N’en déplaise à l’opinion des décideurs culturels qui, favorisant exclusivement la création contemporaine, estiment qu’il n’a plus à être programmé!

S’interroger sur l’opportunité de continuer à présenter les ballets du répertoire classique fait sursauter Alfio Agostini, le directeur du magazine international «Ballet2000». «C’est une question qui ne devrait pas se poser. Personne ne se demande s’il faut continuer à jouer Molière ou Mozart. La danse en tant qu’art chorégraphique est relativement jeune. Mais c’est un art majeur doté d’un patrimoine remarquable d’œuvres que les jeunes générations ont le droit de connaître. Qu’il s’agisse des spectateurs ou des danseurs eux-mêmes.»

«Personne ne se demande s’il faut continuer à jouer Molière ou Mozart»

Maurice Béjart n’était pas d’un avis très différent. Iconoclaste durant les années 60 et 70 avec des spectacles qui révulsaient alors les «balletomanes», il avait fait ses classes chez les professeurs russes blancs avant de se colleter au grand répertoire au sein de l’International Ballet. «J’étais en train de devenir un danseur classique, dira-t-il plus tard. Je n’en remercierai jamais assez le ciel! Se priver d’une telle formation (ndlr: classique), c’est comme si un architecte n’avait jamais mis les pieds dans une abbaye romane ou une cathédrale gothique.»

Responsable de la filière danse – études à l’établissement de Béthusy, à Lausanne, Marjolaine Piguet emmène ses élèves voir les grands ballets donnés en tournée par les compagnies de l’Est: de «Casse-noisette» à «Don Quichotte». Présenté l’an dernier par l’Académie Vaganova de Saint-Pétersbourg – quatre-vingts jeunes danseurs de 12 à 18 ans —, «La fée des poupées» a fait aussi forte impression sur eux. «Cela les a clairement boostés. Ils ont besoin de modèles auxquels ils peuvent s’identifier. À leur âge, la danse contemporaine ne leur en offre pas. Lorsqu’elles débutent, les filles ne rêvent que de tutus, de pointes et de diadèmes… Les clichés font encore recette. Au terme de leur formation, certaines opteront pour le néo­classique ou pour le contemporain. Mais à ce stade de leur parcours, c’est de ballet classique, à voir et à faire, qu’elles se nourrissent.»

Le fait est que «Le lac des cygnes», avec ses deux actes blancs où les nuées d’oiseaux s’ordonnent selon d’oniriques géométries, est le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre. C’est d’ailleurs celui auquel va la faveur du public. Il réunit une musique qui relève du meilleur Tchaïkovski, une chorégraphie portant la signature de deux maîtres — Marius Petipa et Lev Ivanov — et une thématique qui procède du romantisme le plus éthéré.


Objet de trop de délires créatifs, «Le lac des cygnes» sort souvent déplumé

Preuve que «Le lac» n’est pas à court de sortilèges, les chorégraphes contemporains n’en finissent pas de s’en inspirer. Passons sur la ridicule version pour trois danseurs (!) d’Andy DeGroat. Matthew Bourne a réglé un «Swanlake» qui tient magnifiquement la route avec des cygnes masculins, comme un retour au mythe de Léda. L’an dernier, à Düsseldorf, notre compatriote Martin Schlaepfer en a donné une version pesante (visible encore quelques jours sur Arte Concert). Mais le pompon revient sans doute à Radhouane El Meddeb qui, à Strasbourg, s’est employé à déconstruire le ballet. Coupures dans la musique, longues séquences de silence, dissolution de l’action, effacement des personnages, danseur en jupette, pas des quatre petits cygnes dansés par des garçons barbus, le tout à l’avenant. Bruno Boucher, le directeur du Ballet national du Rhin, s’est félicité de cette «dramaturgie entièrement nouvelle». Ah çà oui: on n’y comprend plus rien! À ce taux-là, pour faire moderne, on pourrait tout aussi bien mettre des moustaches à la Joconde. (24 heures)

Créé: 19.01.2019, 17h58

Les représentations

«Le lac des cygnes» par le Russian Classical Ballet.

Yverdon-les-Bains, La Marive, lundi 21 janvier à 20 h. Lausanne, salle Métropole, mercredi 23 à 20 h.

«La Bayadère» en direct du Bolchoï.

Lausanne, Pathé Flon, dimanche 20 janvier à 16 h. Vevey, Cinérive. Genève, Pathé Balexert.

Maurice Béjart

Danseur et chorégraphe



«Se priver d’une formation classique, c’est comme si un architecte n’avait jamais mis les pieds dans une abbaye romane ou une cathédrale gothique.»

Marjolaine Piguet

Professeure



«Les jeunes ont besoin de modèles auxquels s’identifier. La danse contemporaine ne leur en offre pas. Lorsqu’elles débutent, les filles ne rêvent que de tutus, de pointes et de diadèmes.»

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