Luc Plamondon: Il cultive le noir et est heureux d’écrire

La RencontrePour célébrer ses 10 ans d’installation à Montreux, il a joué le jeu de Tous en chœur le mois dernier. Il revient sur une carrière longue de quarante-cinq ans

Luc Plamondon s'est installé il y a dix ans à Montreux pour «passer une retraite paisible».

Luc Plamondon s'est installé il y a dix ans à Montreux pour «passer une retraite paisible». Image: CHRISTIAN BRUN

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Dans son loft du centre de Montreux, la baie vitrée offre une vue à couper le souffle. Mais Luc Plamondon reçoit sans chichis, des amuse-bouches disposés sur le bar de sa cuisine. La clarté des lieux sied à sa crinière et contraste avec ses éternelles lunettes fumées et son look de rocker. «Le jeans, c’est ma jeunesse!» s’exclame-t-il alors qu’on s’étonne de le voir pour la première fois porter une autre couleur que le noir. Le parolier aux centaines de chansons et millions de spectateurs se ravisera, troquant cette chemise bleue contre son cuir habituel et plaisantant à l’adresse du photographe: «Ne me mets pas dans ma chemise d’ouvrier!»

Lui qui a écrit pour des dizaines d’interprètes – de Barbara à Johnny en passant par Céline Dion – ne garde «ni affiches ni trophées dans mes maisons». Discret, on ne lui connaît ni compagne ni enfants. «C’est ma vie privée.» Rompu aux interviews, il ne se laisse pas mener où il ne veut pas. Mais se montre intarissable sur ses «personnages».

«J’aurais voulu être un artiste», avez-vous écrit. Et votre rêve à vous?
A 16 ans, je voulais être un chanteur et même un acteur: j’ai pris des cours de théâtre à 20 ans. Mais un metteur en scène m’a dit que je n’avais aucun talent et une prof de chant que je n’avais pas une bouche faite pour chanter (rires). Au final, je rêvais d’écrire des chansons et mon rêve s’est réalisé: je suis un auteur.

Mais un journal écrivait que vous auriez voulu être peintre…
Cette erreur revient tout le temps! J’avais dit que j’étais entré au séminaire pour être prêtre et que j’en étais sorti poète. Mais le mot peintre a remplacé celui de poète dans l’interview… Je collectionne les tableaux, j’aime la peinture abstraite. J’ai étudié l’histoire de l’art mais n’ai jamais touché un pinceau de ma vie!

Que vous a apporté le séminaire?
J’y ai cru, au début. J’aimais le décorum, le côté théâtral et les chants. La musique religieuse m’a donné accès à la grande musique. Un apport très précieux de ces études littéraires: je n’aurais pas écrit Notre-Dame de Paris si je n’étais pas passé par là. J’y ai vécu au milieu des prêtres. C’est pourquoi Frollo (ndlr: l’archidiacre) me fascinait. Avec Gringoire, ils constituaient deux antithèses de moi-même qui s’affrontaient et m’attiraient.

Pourquoi avoir renoncé à la prêtrise?
Mes parents ont déménagé à Québec, et j’ai complètement viré ma cuti (rires): je suis devenu un teenager qui dansait le rock. J’ai arrêté le piano classique – appris dès 8 ans dans mon village natal, avec Mlle Augustine, l’organiste. J’ai commencé à improviser, d’abord en posant des mots sur des sonates. Je me suis mis à aimer toute la grande chanson française d’un coup: Brassens, Trenet, Gainsbourg, Nougaro… Je trouvais que ce que j’écrivais n’était pas à leur hauteur, donc je n’osais montrer mes textes à personne. J’ai pu en faire mon métier du jour au lendemain. Grâce à mon premier succès en 1970, je n’ai pas eu à signer mon premier engagement de professeur d’allemand et d’espagnol.

SOS d’un Terrien en détresse, Stone, sans parler des assassinats, suicides, etc. Etiez-vous déprimé en écrivant Starmania et Notre-Dame de Paris?
(Sourire.) En réalité, je ne suis pas du tout d’une nature dépressive. Je suis heureux! En plus, j’oublie dès le lendemain les choses négatives et je passe à autre chose. Au moment où Notre-Dame de Paris se jouait au Palais des Congrès et Starmania était encore à l’affiche, j’ai constaté que les deux finissent sur le mot «mourir». C’est incroyable, à vingt ans d’intervalle! (Rires.)

Votre plus belle rime?
«J’aurais voulu être un artiste/Pour pouvoir dire pourquoi j’existe.»

Est-il vrai que vous aviez pensé ce texte parodique et que la musique de Berger l’a placé au 1er degré?
Sa musique est partie de cette dernière rime vers une direction lyrique. Alors que, pour moi, le businessman était une caricature de beaucoup de producteurs! Mon frère – prof de maths puis businessman puis politicien – pensait que je l’avais écrit pour lui, qui avait fait du théâtre amateur. En fait, non. Il aurait aimé que je dise oui! (Rires.) J’écris les gens. Michel Berger me disait: «J’écris ce que je vis; toi, tu écris ce que tu vois.» Je me sens plus proche d’un auteur de théâtre ou d’un scénariste de cinéma que d’un poète.

Mais en ambassadeur francophone…
Au Québec, j’ai été à l’avant-poste de la lutte pour les quotas de chansons françaises à la radio. Nous avons gagné. Mais il faut régulièrement remonter au créneau. Il y a le même combat en France en ce moment. Je ne peux pas me plaindre, car les radios passent mes chansons. Mais il faut que les gens comprennent que nos salaires sont nos droits d’auteur!

Malgré des tonnes d’autres tubes, vous restez Monsieur Starmania…
Ce n’est pas à moi de m’en vanter, mais je comprends ceux qui disent que Starmania était visionnaire, notamment sur la télé-réalité, les banlieues ou les hommes d’affaires dirigeant le monde. Partout où je vais, je suis considéré comme Monsieur Starmania. Je l’accepte, car cette œuvre a changé ma vie. Certaines de mes chansons sont devenues des classiques. J’ai eu la chance de rencontrer de grands interprètes et mélodistes. Un tube est la rencontre entre un texte fort, une grande mélodie et une interprétation extraordinaire, d’une star ou d’un inconnu.

Vos projets? Il se chuchote que vous préparez un film basé sur Starmania
Je ne peux en parler, mais nous préparons une nouvelle version scénique de Starmania, intégrant les toutes dernières technologies. Le film en sera donc une émanation. Sinon je travaille depuis dix ans sur un projet qui ne verra probablement jamais le jour, mais que j’écris sur mon temps libre. Sur Rosamunde, de Schubert. Ces personnages m’inspirent des situations, des histoires. Le critère pour savoir si ces textes constitueront de bonnes chansons: ai-je du plaisir? (24 heures)

Créé: 10.01.2016, 08h16

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