Manuel de rire gothique

Littérature«Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle» dissèque la suave cruauté de l’enfance. Jouissif.

Rowan O’Grady, une mère de famille venue à la littérature à la quarantaine et à redécouvrir de toute urgence.

Rowan O’Grady, une mère de famille venue à la littérature à la quarantaine et à redécouvrir de toute urgence. Image: DR

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C’est l’Américain Edward Gorey (1925-2000) qui illustre la couverture avec une délicatesse gore. En parfaite symbiose avec le biotope d’«Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle», où se pratique l’atrocité avec une finesse exquise.

En Colombie-Britannique, province canadienne à la jungle luxuriante, se fomente le projet d’un crime macabre. L’affreux Sylvester Murchinson-Gaunt, sans doute descendant d’un loup-garou, veut éliminer son pupille, riche orphelin dont il pourra accaparer ainsi l’héritage. Barnaby, 10 ans, cancre invétéré, se méfie de ce tuteur croque-mitaine et sympathise avec Christie, une autre malheureuse expédiée sur cette île fantastique par sa mère alcoolique. Avec la maladresse burlesque de Laurel et Hardy, l’intrépidité de Bonnie et Clyde et un courage qui en appelle à l’Alice de Lewis Carroll, ces deux-là vont lutter contre l’adversité, quitte à laisser les plumes d’une perruche cardiaque dans leur sillage.

«Ici, nulle question de douce innocence de l’enfance et de baratin lénifiant»

Car le matou, fût-il du Cheshire, ne peut être tenu responsable de toutes les bêtises de ces exotiques cousins des orphelins de Baudelaire. Ici, nulle question de douce innocence de l’enfance et de baratin lénifiant, qui ne concernera que le pauvre d’esprit Desmond à la cervelle d’étourneau. Ce roman soi-disant pour enfants, enchantera les générations. Ceux qui en doutent n’ont qu’à se référer au Sergent Albert Edward George Coulter, qui veille sous son feutre d’officier de la police canadienne.

Car, dernier détail, guette dans les fourrés, pas encore réduit à une carpette, un couguar qui autrefois mangea un enfant par erreur tactique. Baptisé «Une-Oreille», le chat sauvage devient l’allié de Barnaby et Christie, un peu contre son gré. En effet, l’idée d’arborer un collier de pâquerettes ne vient pas de lui.

Tombé du ciel par la grâce des Éditions Monsieur Toussaint Laventure, émanation de la maison Monsieur Toussant Louverture, cette réédition d’un roman oublié garantit l’évasion. Les plus jeunes y apprendront les mérites à braver les interdits et à s’assurer des amis, plus encore que le plaisir d’un gratin de macaronis. Entre autres, les adultes y retrouveront la saveur d’un paquet de chewing-gum mâché en une seule bouchée.

L’éditeur apprend encore que l’auteur Rowan O’Grady cache une mère de famille sous ce pseudo masculin. Fille d’un bûcheron américano-irlandais, Margaret O’Grady, petite main au country club du golf de Vancouver mais poète, l’imaginative range ses ambitions littéraires en épousant Frederick Skinner. Trois enfants plus tard, désœuvrée à la quarantaine, la bonne dame publie trois romans dans les années 60. Puis, après quelques succès de vente, renonce à une carrière pour cause d’isolement.

Son gendre précise qu’elle s’est éteinte à 92 ans en 2014, dans la quiétude anonyme du foyer familial. Qu’importe. Encapsulant l’enfance, ses bonheurs et ses terreurs, Mrs O’Grady savait cuisiner les émotions autant que le vin de framboises.

Créé: 17.08.2019, 20h34



«Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle»

Rowan O’Grady
Ed. Monsieur Toussaint Laventure, 304 p.

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