«Marciel» ne fera pas le bonheur du 2.21

LausanneLes représentations du nouveau Cinéma-Théâtre d’Hollogne sont reportées.

Marc Hollogne tourne actuellement les images de son nouveau spectacle de cinéma-théâtre.

Marc Hollogne tourne actuellement les images de son nouveau spectacle de cinéma-théâtre. Image: Jean-Paul Guinnard

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C’était l’événement exceptionnel de cette fin d’année, au 2.21. Emballée par le nouveau projet de Cinéma-Théâtre (24 heures des 30 juin et 19 décembre) de Marc Hollogne – l’artiste belge qui marie la magie du cinéma à la poésie du spectacle vivant – la direction du théâtre lausannois avait décidé de garder ses feux allumés jusqu’au 31 décembre afin de passer les fêtes avec, à l’affiche, Marciel ou le bonheur oblique de la conférence intérieure. Même mieux: pour accueillir les 1300 spectateurs attendus lors des 17 représentations annoncées, un gradin a spécialement été installé dans la «salle-cabaret» et des espaces conviviaux aménagés sous la voûte de l’entrée.

Après un premier report des représentations prévues mardi 20 et mercredi 21 décembre, l’artiste et l’équipe du 2.21 ont pris la décision, jeudi, d’annuler toutes les dates lausannoises. Les fans de l’artiste – aussi frappé qu’original ou passionné – devront donc faire le déplacement au Théâtre de Carouge où sera, désormais, dévoilée sa nouvelle création, le 5 janvier, avant un passage par le Pré-aux-Moines, à Cossonay, le 26 janvier. A Lausanne, le spectacle ne devrait pas être inscrit au menu du 2.21 avant la saison 2017/2018.

Les raisons de cette annulation soudaine? Le projet a pris une «ampleur initialement insoupçonnée» depuis la première idée lancée en juin dernier. Avec, comme revers de la médaille des ambitions revues à la hausse, des délais qui n’ont pu être respectés: le tournage et le montage du long-métrage d’une heure quarante-cinq – qui constitue l’élément fondamental des créations de Cinéma-Théâtre – n’ont pu être finalisés dans les temps. «La décision prise est un vrai crève-cœur, assure la direction du 2.21, mais personne n’a envie de décevoir le public et nous voulons absolument que la proposition artistique soit, au final, à la hauteur de toute l’énergie mise dans cette aventure. Le rêve de Marc Hollogne est audacieux, il n’est pas question de le brader.» Eric Lazor, directeur technique et fondateur du théâtre multisalles, d’ajouter: «Produire un spectacle de Cinéma-Théâtre est très lourd et nous savions que le pari était risqué. Mais, depuis bientôt vingt et un ans, la mission du 2.21 est d’accompagner jusqu’au bout toutes les créations dans lesquelles nous croyons. L’équipe a eu un vrai coup de cœur pour Marc et son univers poétique, pour son engagement, son enthousiasme et son authenticité. Pour lui permettre d’aller jusqu’au fond des choses, il a fallu oser dire stop à temps. Une telle décision nécessite du courage et constitue, aussi un gage de professionnalisme de ce grand artiste.»

Un événement rare

De mémoire de spécialiste, l’annulation ou le report d’une production pour raison artistique, peu de temps avant son lever de rideau, est exceptionnelle dans le paysage théâtral romand. La météo joue parfois des tours lors de rendez-vous en plein air. Des accidents physiques ou des maladies empêchent régulièrement à des artistes de se produire, quand ce ne sont pas des problèmes liés aux infrastructures ou des soucis de billetterie qui ne viennent jouer les trouble-fête à la dernière minute. Mais, ces dernières années, très peu d’épisodes ont laissé sur le carreau des spectateurs pour des questions artistiques. En 2010 à Vidy, le metteur en scène Valentin Rossier a dû se résoudre à tirer la prise d’un Richard III très attendu, à cause de tensions provoquées par son comédien principal Jean-Quentin Châtelain. En octobre 2015 au Théâtre Pitoëff, le spectacle d’adieux du Genevois Marcel Robert a viré au désastre et débouché sur des annulations pour cause de démesure et de manque d’argent. Quelques semaines plus tard, du côté du Grand Théâtre, c’était une Flûte enchantée dont la production a été arrêtée in extremis pour cause de désaccord entre le directeur de l’institution, Tobias Richter, et le metteur en scène David Kramer, finalement débarqué. Au-delà de ces trois cas (largement médiatisés), rien à signaler.

«J’ai été dépassé par l’ampleur du projet qui est, sans doute, le plus intime et le plus libre de tous ceux que j’ai réalisés»

Cette réalité plonge Marc Hollogne dans le désarroi. «Je suis gêné et embarrassé, confie l’artiste. De toute ma carrière, je n’ai jamais trahi mon public et je n’ai jamais dépassé ni un délai ni un budget, assure-t-il, la gorge serrée. mais, cette fois-ci, j’ai été dépassé par l’ampleur du projet qui est, sans doute, le plus intime et le plus libre de tous ceux que j’ai réalisés.» Il l’avoue: habitué, par le passé, à produire des spectacles d’envergure promis, le plus souvent, à des tournées internationales, il n’a pas mesuré toutes les difficultés de créer dans une petite structure, avec peu de moyens et dans un laps de temps restreint. Contre les 40 techniciens qui participaient à certains de ses tournages, il a dû composer, cette fois-ci, avec une petite équipe d’à peine dix personnes.

Cette mésaventure aura-t-elle des conséquences financières pour ses producteurs? Les coûts – 165 000 francs, dépenses et prestations confondues – ont essentiellement été assumés grâce à des avances sur recette. Et l’investissement du théâtre lausannois – principal coproducteur avec Carouge – s’est surtout réalisé à travers la mise à disposition de plusieurs techniciens qui ont, depuis deux mois, travaillé à plein-temps sur le projet. «Dans l’immédiat, la situation s’avère un peu délicate, reconnaît Marc Hollogne, mais je n’ai aucun souci à plus long terme. Mon spectacle verra véritablement le jour le 5 janvier et des discussions sont déjà amorcées pour qu’il circule en suite.» En attendant, le Belge met actuellement la touche finale au montage de son film. Et donne, tous les soirs au 2.21, rendez-vous aux spectateurs lausannois déçus. Pour leur dévoiler des bribes de son projet. Et ouvrir la discussion sur les affres de la création. (24 heures)

Créé: 23.12.2016, 18h37

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Le spectacle en préparation

Les soucis qui viennent perturber la production de la nouvelle création de Marc Hollogne ne doivent pas faire oublier qu’il y a, surtout, un projet artistique sur le point d’être bouclé. Marciel ou le bonheur oblique de la conférence intérieure est un spectacle dans lequel l’artiste part des souvenirs liés à sa participation au jeu télévisé des années quatre-vingts, La Course autour du monde, pour questionner l’homme qu’il est devenu, le monde tel qu’il a évolué. La force de proposition du Cinéma-Théâtre inventé par le Belge dans les années 1980 repose sur l’originalité du dispositif: le comédien est sur scène, dans un véritable décor de théâtre, avant de disparaître avec agilité du plateau pour réapparaître en ombre cinématographique sur grand écran. La force de persuasion qui permet à Marc Hollogne de convaincre artistes, théâtres et producteurs d’entrer dans ses aventures, repose, quant à elle, sur la réelle poésie qui se dégage de ses créations. Dans Marciel ou le bonheur oblique…, une trentaine de personnalités devraient justement apparaître aux côtés du comédien-réalisateur. Des Patrick Dujani, Denis Lavant, Jean-Charles Simon, Michel Zendali, Carine Barbey ou Valentin Rossier qui jouent leurs propres rôles ou incarnent les différents personnages sortis de passé comme de l’imagination du créateur.

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