Michael Douglas: «Ma dynastie se porte bien !»

BILANL’acteur de 73 ans se réjouit à l’idée de voir la dynastie Douglas avancer vers ses 100 ans à Hollywood avec l’arrivée d’une nouvelle génération, celle de ses enfants.

Michael Douglas lors du tournage de la série The Kominsky Method de Netflix, qui sera diffusée à partir du 16 novembre.

Michael Douglas lors du tournage de la série The Kominsky Method de Netflix, qui sera diffusée à partir du 16 novembre.

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De «Wall Street» à «Basic Instinct» en passant par «Liaison fatale»,Michael Douglas est incontournable depuis près de 50 ans à Hollywood. Star de cinéma, il est aussi un redoutable producteur qui a remporté un Oscar pour «Vol au dessus d’un nid de coucou». C’est dans un palace de Pasadena, à une heure de Los Angeles, que Michael Douglas reçoit «Bilan Luxe» en exclusivité. «Bonjour et bienvenue, dit-il dans un français parfait. Je ne parle pas assez bien pour faire toute l’interview dans votre langue, mais sachez que j’adore la Suisse et que j’ai soutenu votre équipe durant la Coupe du monde de foot. Katherine et moi n’avons raté aucun de leurs matches !»

L’époux de Katherine Zeta-Jones a accepté de répondre à nos questions sur la dynastie Douglas et ouvrir son cœur sur son père comme ses enfants. «Ma dynastie se porte bien, merci. Et les Douglas sont à Hollywood pour encore longtemps !»

Vous auriez pu rester dans l’ombre de votre père. Quelles ont été vos clés pour ne pas l’être?

J’ai toujours été attiré par la comédie. C’est quelque chose d’impossible à expliquer mais je crois que c’est dans mon sang. Mon père m’a dit un jour: «J’ai travaillé aussi dur sur mes films qui ont fait des bides que sur ceux qui ont été de grands succès.» Je me suis dit que si j’arrivais à accepter cela et bosser dur sur chaque projet, j’aurais une chance de suivre ses traces sans rester dans son ombre.

La production a-t-elle été un moyen de tracer votre route?

Oui. Après le succès de la série «Les rues de San Francisco», j’ai voulu produire pour casser mon image. Je suis devenu producteur pour être en charge de mes projets à une époque où cela ne se faisait guère à Hollywood. Mais là encore, j’ai eu l’exemple de mon père qui s’engageait à tous les niveaux d’un film, cherchant les meilleurs scénariste, réalisateur, techniciens. J’ai cherché ce même engagement dans ma carrière. J’ai également essayé de faire de la mise en scène, mais cela demande des années de préparation et un travail assidu derrière la caméra. Je me sens plus utile comme producteur.

Quels conseils avez-vous reçus de votre père que vous n’avez jamais oubliés?

Je n’oublierai jamais lorsqu’il m’a parlé de prendre soin de mon corps. Papa a eu de nombreux rôles très physiques comme «Spartacus» et, dès mes débuts, il m’a conseillé de surveiller ma santé. Pour lui, c’était l’une des clés de la longévité dans sa carrière. Et il suffit de le voir à 101 ans pour réaliser qu’il avait raison. Je n’ai pas toujours appliqué son conseil au pied de la lettre mais j’ai eu suffisamment d’ennuis de santé pour réaliser aujourd’hui à quel point mon père avait raison et qu’il n’y a rien de plus précieux qu’être en bonne forme pour continuer à travailler.

Lesquels retransmettez-vous à vos enfants?

Le plus important est d’avoir la passion du métier de comédien. Si vous voulez entrer dans le show-biz parce que vous rêvez d’être une célébrité, cela n’est pas la peine de perdre son temps de cette manière. J’ai vu suffisamment de gens autour de mes parents devenir célèbres puis disparaître en quelques années. Il n’y a rien de pire! Les dépressions, les suicides, les gens qui tombent dans la drogue ou l’alcool…Katherine et moi avons expliqué à nos enfants qu’il fallait travailler dur pour s’imposer à Hollywood. Nous avons souvent vu Dylan et Carys dans des spectacles d’école et ils ont un vrai talent. Nous n’essayons pas de les pousser, ni de les empêcher s’ils veulent devenir des artistes. Comme mon père l’a fait pour moi dans ma jeunesse, je ne peux que les regarder grandir et être là lorsqu’ils me demanderont de l’aide ou des conseils.

Le nom Douglas est un signe de dur labeur. Nous sommes des acteurs mais aussi des producteurs qui connaissons tous les détails des métiers artistiques

Quels expériences ou conseils vous sont plus personnels pour eux?

Je leur répète régulièrement qu’ils doivent être prêts à être rejetés lors des auditions. Ce sentiment de n’être jamais assez bon, assez doué ou assez beau, assez grand ou que sais-je encore… c’est la chose la plus difficile à accepter dans le show-biz. C’est tellement subjectif, qu’un directeur de casting va vous dire non sans aucune explication. J’ai souvent fait cette expérience durant ma carrière et pas seulement à mes débuts. Mais je me suis rapidement créé une armure. C’est mon expérience la plus personnelle que je partage souvent avec mes enfants car il faut être capable de prendre un coup dans l’estomac et continuer à sourire en arrivant à l’audition suivante.

Quel trait de caractère pensez-vous avoir hérité de Kirk?

Je pense avoir hérité de mon père sa force de travail et justement cette carapace de ne pas avoir peur qu’on me dise «non» ou que l’on me ferme la porte au nez. Et je fais tout pour transmettre cela à mes enfants. Dylan a eu 18 ans cet été. Katherine et moi avons assisté à sa remise de diplôme de l’école Masters High School de Dobbs Ferry en juin dernier. Dylan va pouvoir désormais décider d’entrer dans la carrière d’artiste de manière active dès qu’il le souhaite.

Le patronyme, le sentiment d’appartenance, la famille redeviennent des valeurs centrales aujourd’hui. Quelles en sont les raisons selon vous?

A l’heure de la mondialisation, il est plus important que jamais de connaître ses origines et de cultiver son individualité. J’ai malheureusement perdu toute trace des origines du côté de mon père car mon grand-père Danielovich est parti de Biélorussie à une époque où les cosaques étaient au sommet des purges et où les gens disparaissaient sans laisser de traces. Heureusement que j’ai beaucoup plus de détails du côté de ma mère.

C’est-à-dire?

Ma famille maternelle habite sur l’île des Bermudes depuis 400 ans.

J’ai réussi à remonter tout l’arbre généalogique depuis leur arrivée il y a 4 siècles car tout a été méticuleusement conservé dans les livres et les écrits locaux. Je suis remonté jusqu’à mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, soit plus de 7 générations. A l’origine, ils étaient venus d’Ecosse.

Est-ce que vos enfants connaissent aussi ces histoires?

Absolument. Nous voyageons comme des gypsies au gré des tournages mais nous considérons toujours les Bermudes comme notre résidence principale. Nos enfants adorent voir des noms de rues ou des plaques commémoratives où sont inscrits nos aïeux.

Que pensez-vous que les «Douglas» auront transmis au cinéma?

A nous deux, mon père et moi avons tourné près de 150 films et nous participons à l’histoire de Hollywood depuis 80 ans. Le nom Douglas est un signe de dur labeur. Nous sommes des acteurs mais aussi des producteurs qui connaissons tous les détails des métiers artistiques.

Est-il important pour vous que la «dynastie» Douglas continue dans le 7e art?

Bien sûr et je suis ravi de voir que la nouvelle génération des Douglas est en train de prendre la relève. Cameron Douglas, mon fils aîné, est déjà artiste et comédien. Nos deux plus jeunes en prennent également le chemin et feront certainement leurs débuts devant les caméras d’ici quelques années. Même ma nièce Kelsey est également comédienne. C’est la fille de mon frère Peter. J’espère être en vie pour célébrer le centenaire de la dynastie Douglas à Hollywood. Cela serait extraordinaire et l’occasion de faire une grande fête, non?

Quelle est la part d’atavisme ou de hasard dans cette lignée d’acteurs?

En voyant Carys qui a 15 ans, je me dis qu’il y a une part génétique car elle a la beauté de sa mère mais aussi son talent d’artiste. Ensuite je ne sais pas si j’appellerai cela le hasard. Il faut bosser très dur et faire les bonnes rencontres au bon moment.

Quels sont vos projets pour les prochains mois?

J’ai 73 ans et tourner mon premier feuilleton comique à mon âge est un vrai bonheur. Je n’ai tourné que 3 ou 4 comédies au cinéma dans toute ma carrière. Ce n’est pas le projet que j’aurais imaginé tourner à présent. Chuck Lorre est le créateur de «The Kominsky Method». Il a signé «The Big Bang Theory», «Mom» et tellement de sitcoms à succès que je me savais entre de bonnes mains en m’associant à lui. J’incarne un comédien qui a connu le succès dans sa jeunesse mais a dû se reconvertir en prof d’arts dramatiques pour survivre. Cette série de 8 épisodes a été produite pour Netflix, ce qui permet de ne pas avoir de censure ni de limitation dans le langage ou les situations comiques.

La transmission est-elle importante à vos yeux, et quelle forme prend-elle?

Je m’efforce de transmettre à mes enfants l’importance du partage. On fait beaucoup de critiques à l’encontre des États-Unis mais c’est le pays qui a inventé la philanthropie. Bien sûr il existe des disparités énormes en Amérique avec 1% de la population qui continue à s’enrichir sur le dos des plus pauvres. Mais vous avez aussi d’énormes organismes de charité comme la fondation Gates qui arrive à se battre contre la polio au niveau mondial sur la simple notion de charité pour éradiquer ce mal. Il suffit de remonter au plan Marshall, une idée 100% américaine pour reconstruire l’Allemagne et aider à créer un nouvel équilibre de paix. Je suis toujours sidéré quand j’entends les querelles et conflits entre chiites et sunnites, qui sont de même confession religieuse. Regardez le chemin que nous avons accompli depuis 70 ans, où les meilleurs partenaires commerciaux des États-Unis sont leurs anciens ennemis durant la Seconde Guerre mondiale. Les Américains ont réussi à régler leurs différences en quelques décennies avec le Japon et l’Allemagne alors que d’autres se battent ou se disputent depuis des siècles.

Le puritanisme ambiant qui a fait son retour aux USA avec l’avènement de Trump est-il un frein à l’expression artistique?

Je crois davantage que c’est le système de distribution et de financement de certains films qui a totalement changé. Les films d’auteur n’ont plus de place dans les salles de cinéma. Certains de mes grands films des années 1980 seraient refusés aujourd’hui par les patrons de studios de cinéma pour de multiples raisons. Sur grand écran, Hollywood veut avant tout des franchises, des personnages connus, des super héros comme les films Marvel auxquels je suis fier de participer. Mais un film comme «Wall Street» d’Oliver Stone aurait certainement énormément de mal aujourd’hui à être financé pour sortir en salles de cinéma. De nos jours, Netflix ou Amazon sont les plateformes où l’on peut éviter cette forme de puritanisme qui limite l’expression artistique imposée par les financiers. Les services de diffusion sur internet sont les derniers à pouvoir prendre des risques en payant pour des films d’auteur ou des longs métrages qui n’attirent pas forcément les foules. Pourquoi? Parce qu’un film peut avoir une durée de vie de plusieurs années sur Netflix alors qu’il est retiré des affiches en 2 ou 3 semaines au cinéma.

Mon père pourrait parler de cette nouvelle forme de maccarthysme mieux que moi puisqu’il a, en quelque sorte, brisé la liste des artistes bannis de Hollywood par la chasse aux sorcières organisée par les puissants de Washington dans les années 1950, après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors qu’il préparait «Spartacus», mon père a engagé un auteur qui était sur la liste noire des studios et que personne ne voulait faire travailler, Dalton Trumbo. Je ne pense pas que la situation aujourd’hui soit aussi grave car il y a énormément de moyens d’exprimer ses opinions. Le grave souci actuel, c’est la désinformation ou la manipulation des faits.

Comment voyez-vous votre avenir?

Mon film«Ant-Man et la guêpe» sort en DVD et Blu-ray à la fin du mois de septembre. Dans une grande séquence du film, les techniciens ont utilisé de nouveaux effets spéciaux par ordinateur pour me donner l’apparence que j’avais il y a 30ans. Et ils ont utilisé la même technique pour Michelle Pfeiffer qui incarne mon épouse. Me revoir à 40 ans dans ce film m’a donné une idée: je pourrais reprendre ma carrière à mes débuts et réaliser des remakes de mes grands succès en ayant l’apparence d’un jeune débutant (rires). Vous me posiez la question plus tôt de la dynastie Douglas à Hollywood, eh bien ces trucages nous permettraient de rester jeunes pour toujours. Sérieusement, il y a un film que je pourrais refaire, c’est «La guerre des Rose». On en parle avec Katherine car je suis certain que le public adorerait voir ce remake avec Katherine Zeta-Jones et Michael Douglas en têtes d’affiche. Nos disputes ne sont jamais aussi terribles que dans cette comédie dramatique mais ça serait fun pour nous deux à jouer.

Le film Wall Street du réalisateur Oliver Stone (1987) a influencé la carrière de Michael Douglas (à gauche).

Un des rôles mythiques de Kirk Douglas, le père de Michael:Spartacus de Stanley Kubrick en 1960.

Michael Douglas lors du tournage de la série The Kominsky Method de Netflix, qui sera diffusée à partir du 16 novembre.

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Créé: 01.11.2018, 10h06

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