Quand le pop art dialogue avec le manga

ExpositionLa Maison d’Ailleurs accroche des originaux de Tadanori Yokoo, le «Warhol du Japon», et d’Osamu Tezuka, père d’Astro Boy.

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Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, à Yverdon-les-Bains, se plaît à débusquer des liens là où il semble a priori ne pas y en avoir. Sur l’impulsion de Pierre Keller, ancien directeur de l’ECAL et commissaire de l’exposition, le musée présente simultanément 48 affiches sérigraphiées du graphiste et peintre Tadanori Yokoo, et 79 planches originales du dessinateur Osamu Tezuka, créateur notamment d’Astro Boy.

Si les deux créateurs sont très connus au Japon, la comparaison entre eux s’arrête en général là. Designer et peintre, Tadanori Yokoo est considéré comme le «Warhol du Japon». L’artiste de 80 ans s’est ainsi vu remettre le «Praemium imperiale» (le Prix de l’empereur) l’an dernier. Quant au défunt Osamu Tezuka (1928-1989), il fait figure de «Dieu du manga» dans son pays. «Ce dialogue qui semble improbable ne l’est pas tant que ça. L’impression de mouvement perpétuel qui se dégage des mangas se retrouve dans les œuvres de Tadanori Yokoo», remarque Marc Atallah.

Inspirations occidentales

De plus, surprise, tous deux s’inspirent en partie de l’Occident. Le nouvel accrochage du musée vient ainsi changer notre regard sur ces mangas qui déferlent chez nous depuis les années 90. L’exposition le montre ainsi notamment dans l’Espace Jules Verne, où sont présentées des planches originales d’Osamu Tezuka, inventeur du manga moderne. Sous son impulsion, les histoires se sont allongées, jusqu’à devenir de vraies intrigues racontées sur un mode très cinématographique. Il livre ainsi La nouvelle île au trésor (1947) et Lost World (1948). Un dessin montre par ailleurs Astro Boy qui vole au-dessus de buildings inspirés de ceux du Metropolis de Fritz Lang. Une autre arbore un vaisseau qui rappelle le Nautilus du Capitaine Nemo, créé par Jules Verne justement.

Fou de cinéma depuis sa tendre enfance, le dessinateur n’a jamais revendiqué d’influences occidentales. Trois films parsèment cependant son œuvre, par touches. Outre Metropolis figurent L’île au trésor de Robert Louis Stevenson et La guerre des mondes de H.G. Wells. «A 11 ans, il avait déjà dessiné une histoire de Martiens qui attaquent la Terre, raconte Mika Suzuki, curatrice de l’œuvre d’Osamu Tezuka. Au Japon, beaucoup d’artistes de mangas ont ensuite été inspirés par Tezuka. Et ceux-ci influencent à leur tour la création en Occident.»

Dans deux salles se déploient les œuvres de Tadanori Yokoo. L’artiste présente un style très inspiré par le mouvement pop art. Il s’empare de références produites en masse pour les réinterpréter librement en des sérigraphies aux couleurs qui explosent. Des compositions qui se chargent souvent de mille détails. Des références typiquement japonaises se mêlent à cette iconographie. Là une vague qui rappelle celle de Hokusai, ici le mont Fuji ou des geishas en arrière-fond. Adepte des associations improbables, il représente Nietsche et Jules Verne sur la même affiche. Multipliant les significations, le titre de l’exposition «Pop art mon amour» se lit «à la fois comme référence à ce courant artistique mais aussi à la culture populaire du manga», explique Marc Atallah. Ou encore à Hiroshima mon amour d’Alain Resnais.

Le traumatisme de la guerre

Car, autre point commun, les deux auteurs ont été marqués par les bombardements. Une œuvre de Tadanori Yokoo de 2002 pour le Musée d’art contemporain de Tokyo montre la capitale sous un nuage résultant d’une explosion atomique. Seul le musée est épargné. Elle ne sera jamais utilisée. Le père d’Astro, de son côté, voulait «transmettre l’importance de la vie dans tous ses dessins, remarque la curatrice de son œuvre. Il a vécu la guerre et ne voulait pas que ça se reproduise. Il voyait dans le manga la meilleure manière de transmettre son message.» (24 heures)

Créé: 21.09.2016, 22h36

Infos pratiques

Yverdon, Maison d’Ailleurs
Jusqu’au 30 avril 2017, ma-di 11h-18h
Vernissage public sa 24 sept. dès 15h30
www.ailleurs.ch

«Le manga, ce n’est pas que pour les enfants»

La Maison d’Ailleurs présente «la première exposition dédiée au phénomène manga dans un musée», remarque Marc Atallah. Une salle retrace son évolution depuis «La nouvelle île au trésor» (1947), premier manga de l’ère moderne d’Osamu Tezuka, en passant par les auteurs de Goldorak et d’Albator, puis aux auteurs des années 80 qui s’affranchissent de leurs aînés. Et, preuve que, comme l’assure le directeur du musée, «le manga n’est pas que pour les enfants», l’exposition montre comment les mangakas ont contribué au genre cyberpunk (hybridation homme-machine). Enfin, outre un catalogue d’exposition très fourni qui reproduit toutes les planches exposées, un dépliant propose la sélection de mangas de Marc Atallah. S’il faut n’en retenir qu’un: «Akira», de Katshuhiro Otomo (1982). Ce «chef-d’œuvre qu’il faut avoir lu» plonge dans le Tokyo de 2019 pour mieux réfléchir à la jeunesse nippone des années 80. Le désarroi et l’ennui y ont remplacé l’euphorie post-guerre mondiale.

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