Une Genevoise rajeunit le château de La Sarraz

1929 Tout ce qui est moderne plaît à Hélène Revilliod. Mais son château est médiéval…

Le château de La Sarraz et deux aspects des collections: l’ancien (meubles de l’ébéniste suisse Funk du XVIIIe siècle) et le moderne (créations des années 20), mobilier préféré de la châtelaine genevoise Hélène Revilliod.

Le château de La Sarraz et deux aspects des collections: l’ancien (meubles de l’ébéniste suisse Funk du XVIIIe siècle) et le moderne (créations des années 20), mobilier préféré de la châtelaine genevoise Hélène Revilliod. Image: LDD

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À La Sarraz, l’automne n’est pas synonyme de fermeture complète. Ce château vaudois accessible par l’autoroute Lausanne-Yverdon organise ces prochaines semaines de joyeux rendez-vous, notamment un jeu de rôle appelé «Donjons & Dahus», ce dimanche 29 septembre, le 13 octobre et le 10 novembre de 14 h à 17 h 30. On y attend aussi du monde le jeudi 3 octobre dès 17 h pour le sixième «Afterwok au château», dans la salle du grand cellier de l’antique demeure. Une animation qui ne serait pas pour déplaire à la dernière châtelaine des lieux, la Genevoise Hélène Revilliod. Cette dame aux goûts modernes et même avant-gardistes était la femme d’Henry de Mandrot, dont les ancêtres appelés Gingins-La Sarraz étaient les maîtres du château depuis le Moyen Âge.

Après la mort de son mari, en 1920, Hélène de Mandrot-Revilliod garde la jouissance du domaine, où elle reçoit des artistes contemporains, peintres, architectes et cinéastes. Parmi ceux-ci, Sergueï Eisenstein, 31 ans, participe en septembre 1929, au château de La Sarraz, au Congrès international du cinématographe indépendant (CICI). Son «Cuirassé Potemkine» est sorti quatre ans plus tôt. Sur un document envoyé aux futurs congressistes, on peut lire que Madame de Mandrot «s’est toujours dépensée efficacement en faveur des tentatives les plus modernes de la pensée et de l’art contemporain». Elle finira ses jours en 1948 dans une villa construite pour elle par Le Corbusier, mais elle reçoit ses amis artistes entre les murs et dans les jardins d’un édifice construit du XIe au XVe siècle. Le contraste est saisissant entre le long passé des sires de Gingins-La Sarraz, qui imprègne les escaliers tortueux et les salles glaciales du vieux castel, et les aspirations de la châtelaine. Les participants au Congrès préparatoire international d’architecture moderne, en 1928, ne sont pas venus pour les vieilles pierres. Cet été-là à La Sarraz, leur but est «d’arracher l’architecture à l’impasse académique et de la mettre dans son véritable milieu économique et social».

Le Corbusier et les armures

Ce CIAM offre l’occasion à Pierre Jeanneret dit Le Corbusier de faire des croquis des armures et des sculptures gothiques conservées au château. La rencontre entre deux mondes… Née Revilliod, Hélène de Mandrot est apparentée au mécène de l’Ariana, son grand-oncle Gustave. Elle passe l’hiver avec son mari dans l’ancien hôtel de Sellon, à la rue des Granges, à Genève, puis au Pradet (Var), où elle mourra. Sa passion pour les artistes et le génie artistique – Max Ernst est parmi ses invités – n’est pas étrangère au fait qu’elle-même crée des objets et des œuvres d’art.

Plutôt que de pratiquer la peinture et la broderie en amateure, comme les jeunes filles de son milieu, Hélène se mêle dès 1879 aux étudiants de l’École des arts industriels de Genève, puis à ceux de l’Académie Julian, à Paris. Après un passage à Münich, l’une des capitales du Jugendstil, la Genevoise s’oriente vers la création de meubles et de broderies aux formes et aux motifs modernes. Avec les artisans de son Groupe de La Sarraz, elle participe à des expositions internationales d’Arts décoratifs au début des années 20. La paire de fauteuils de jardin du modèle Adirondack de Thomas Lee, réalisée pour elle par Pierre Dariel, témoigne du goût de la châtelaine pour la nouveauté. Le temps de six étés, elle reçoit des créateurs venus en «vacances d’artistes», genevois d’abord, puis de plus en plus cosmopolites et avant-gardistes. Une petite dizaine d’œuvres seulement restera au château à la suite de ces séjours que l’on devine plus récréatifs que productifs.

Le château est propriété depuis 2016 de la Fondation du château de La Sarraz, qui a succédé à la Société des amis du château de La Sarraz – Musée romand, fondée par le mari d’Hélène Revilliod. Voir chateau-lasarraz.ch

Créé: 28.09.2019, 12h23

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